Aucun Homme Ni Dieu

Au fin fond d’un Alaska sauvage et hostile, un spécialiste des loups à la retraite reprend du service pour enquêter sur la disparition d’un enfant.

Quatrième film de Jeremy SaulnierAucun Homme Ni Dieu est une adaptation du roman éponyme écrit par William Giraldi. Alors qu’il a l’habitude d’être à l’écriture de ses propres films, le réalisateur a cette fois confié sa plume à son acteur fétiche : Macon Blair (qui fait d’ailleurs une apparition dans un second rôle). À travers ce nouveau long-métrage, le cinéaste explore à nouveau le comportement humain face un milieu hostile. Ces derniers étant poussés généralement jusque dans leurs derniers retranchements afin de survivre, découvrant ainsi une facette de leur personnalité qui était jusqu’alors inconnue. En revanche, là où Blue Ruin et Green Room ne prenaient aucun détour dans son écriture et son intrigue, Aucun Homme Ni Dieu joue pleinement la carte du symbolisme et du mystérieux. Profitant d’une mise en scène majoritairement flottante, voire contemplative, à l’instar de Blue RuinAucun Homme Ni Dieu se construit exclusivement autour des non-dits et de l’infini détail, quitte à perdre les spectateurs les moins attentifs. En ce sens, Aucun Homme Ni Dieu fait parti de ces rares œuvres qui deviennent rapidement clivantes. Ne nous prenant jamais par la main, Jeremy Saulnier et son compère scénariste disséminent les rares indices et les clés de compréhension au compte-gouttes (une réplique, une photo, etc…), à l’image du grand silence qui prédomine parmi les habitants de ce village perdu au fin fond de l’Alaska. Ces derniers préférant essentiellement le mutisme, craignant de quelconques répercussions s’ils venaient à dévoiler un indice à quelqu’un d’extérieur à la communauté. Ainsi, Jeremy Saulnier épouse ce parti pris dans tous les aspects créatifs et narratifs, qu’il dispose.

Une discrétion totalement compréhensible quand on voit le prix que coûte toute tentative d’entorse au « mal secret », qui fait resurgir la violente la plus brutale, voire carnassière, comme le dit très justement un personnage lors d’une scène faussement anodine, en plein cœur du conflit irakien. Une violence aussi épisodique que dans Blue Ruin, mais qui explose soudainement jusqu’à atteindre le même paroxysme que celui présenté dans Green Room. Une agressivité brute qui fait écho à la thématique centrale du récit, à savoir l’animalité qui sommeille en chaque humain, et qui peut se révéler à la lumière quand notre survie est en jeu. Ce parallèle est fait dès l’introduction lors d’une scène avec les loups, puis ensuite à travers un masque en bois qui est utilisé à plusieurs reprises, montrant deux facettes différentes d’une même personne. En ce sens, le titre original (Hold the Dark) est d’ailleurs plutôt explicite sur le propos du film. Après le visionnage, le film donne clairement la sensation qu’avec Aucun Homme Ni Dieu, Jeremy Saulnier a réalisé ici la symbiose parfaite de ses deux précédentes propositions cinématographique. On y retrouve à la fois l’ambiance mélancolique de Blue Ruin et la radicalité bestiale de Green Room. En plus de cela, le cinéaste y a ajoute une aura mystique à la photographie lugubre et sophistiquée qui donne une dimension supplémentaire à son travail, comme s’il avait franchi avec ce film un nouveau palier, ainsi que trouvé le style qui lui convient. Il s’agit maintenant pour lui, de le perfectionner. En tout cas, pour nous, Jeremy Saulnier est incontestablement un réalisateur à suivre.

RÉALISATION : Jeremy Saulnier
AVEC : Jeffrey Wright, Alexander Skarsgård, Riley Keough, James Bloor, James Badge Dale, Jonathan Whitesell, Macon Blair…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Thriller
DATE DE SORTIE : 28 septembre 2018 sur Netflix
DURÉE : 2h05
BANDE-ANNONCE

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