Blade Runner 2049

RÉALISATION : Denis Villeneuve
AVEC : Ryan Gosling, Harrison Ford, Ana de Armas, Jared Leto, Sylvia Hoeks, Robin Wright, Dave Bautista…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Science-fiction, Thriller
DATE DE SORTIE : 4 octobre 2017
DURÉE : 2h44
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…

Les loges du vide

Bien que les critiques du Blade Runner initiales aient été divisées à l’époque, le film de Ridley Scott a gagné, à raison, son statut de film culte avec le temps, pierre angulaire du cinéma de science-fiction dont la postérité est aussi nombreuses que les thèmes qui le compose. Un métrage intemporel à l’esthétique bluffante qui sert un récit aussi dense que métaphysique, et dont certaines répliques pourraient figurer dans un recueil de poésie. Chaque ingrédients qui composent Blade Runner, forment un tout cohérent fonctionnant en une parfaite symbiose. Faire une suite, 35 ans plus tard, d’un monument comme celui-ci s’avère une tache autant ardue que risquée. D’autant que la postérité de Blade Runner s’est déjà chargée de la faire à de nombreuses reprises, dont certaines avec réussite (Ghost in the Shell, Brazil, Dark City, Battlestar Gallactica et dans une moindre mesure Her, etc…). Pour ce faire, Ridley Scott a eu, cette fois, l’intelligence de confier le projet, plutôt que de s’y atteler lui même et de se vautrer en beauté comme il l’a fait avec Prometheus et Alien : Covenant. C’est donc à Denis Villeneuve qu’a été confié le bébé. Au départ, très confiant à cette idée après l’excellent Incendies (son chef d’oeuvre) et les très bon Prisonners et Enemy et le correct Sicario. Mais malheureusement, le très moyen Premier Contact est passé par là. Premier voyage de Denis Villeneuve sur le terrain de la science-fiction, qui montrait les limites d’un conteur d’histoire, malgré un bon travail visuel, en nous tenant continuellement par la main pour être sur qu’on avait bien compris son film. De quoi commencer à avoir peur pour l’avenir de Blade Runner 2049. Une crainte qui s’est malheureusement confirmée au fur et à mesure de la séance.

Car sous couvert de son bel artifice photographique, signé Roger Deakins (qui peut aller concourir pour les Oscars), ne se cache qu’un brouillard fumeux incessant. Car à l’instar de ses décors brumeux qui cache l’absence de vie ou de ses décors complètement vides, Blade Runner 2049 dissimule sous ses dialogues interminables (qui ne racontent finalement pas grand chose) et ses longues po(au)ses silencieuses : le néant lui même. Pendant 2h44, nous déambulons dans ce grand vide au côté d’un Ryan Gosling désincarné sans trop savoir où aller. Même si la nouvelle coqueluche d’Hollywood tente épisodiquement de proposer autre chose que son non-jeu habituel, qui ressemble par moment à une crise d’adolescence un peu trop tardive. Tardive, comme le temps de réaction de son personnage pour réfléchir à sa propre identité, alors qu’on lui tend sous le nez ce questionnement depuis le début du métrage. Mais il faudra presque 1h40 au personnage pour qu’il daigne avoir un déclic. Et pourtant, les Nexus 8 (nouvelle race d’humanoïde de ce Blade Runner 2049) sont supposés être plus évolué que les Nexus 6 du premier Blade Runner… Le temps de réaction de leurs aînés étaient tout de même nettement plus évolués. On distingue toutefois dans ce flux d’information, aussi vague qu’inconsistant, quelques tentatives de thèmes sous-jacents. Mais ceux-ci servent finalement à nous détourner de l’intrigue principale, car ils n’arrivent jamais à poser les fondements d’une quelconque réflexion philosophique. Alors que les films a posteriori du premier Blade Runner, le faisait sans détour et bien plus facilement. Prenons l’exemple de l’histoire d’amour entre K (Ryan Gosling) et Joi (Ana de Armas), similaire sur le fond à celle de Theodore et Samantha dans Her, ce dernier allant jusqu’au bout de la réflexion proposée. Alors que celle de K et Joi ne fait qu’office de remplissage pour faire avaler la mauvaise pilule des presque trois heures de cette matrice visuelle. Plutôt que de proposer ce faux labyrinthe, il aurait été plus judicieux de retirer une heure de métrage totalement inutile.

Difficile de maintenir nos synapses en éveil, tellement le contenu bien pauvre de ce Blade Runner 2049 tente à vouloir faire venir une sieste bienfaitrice. Mais c’était sans compter sur la maudite présence de Hans Zimmer à la «musique» qui, au lieu de réutiliser ses habituels thèmes pompeux, à la plus mauvaise idée de mettre des infra-basses encore plus désagréable que les vieux réveils-matins. A tel point que même les enceintes du cinéma criait eux-aussi de douleurs. Et pourtant les multiplexes ont l’habitudes des musiques qui font «poiiiiinnnnnnnnnn». On a mal pour Vangelis et son sublime score inoubliable, bien que par-ci par-là, ses thèmes resurgissent pour tenter de raviver une fibre nostalgique de ce mauvais papier calque. Car oui Blade Runner 2049 tente maladroitement de copier son aîné, tout du moins épisodiquement, en reprenant certains plans iconiques. Mais ceux-ci n’arrivent jamais au niveau de Blade Runner, car ils en suppriment tous les détails qui faisaient parler les images, plutôt que par des mots. Le plan d’ouverture sur l’œil étant l’exemple le plus marquant. Car bien que la majorité des critiques de Blade Runner 2049 soient unanime dans cette triste éloge du vide, qui encense plus Denis Villeneuve que le film lui même, il reste de cette contrefaçon marketing une photographie sublime. Quand bien même cette extase nous ai été supprimée par la campagne de promo qui en a fait son argument de vente. Car c’est malheureusement le seul argument en faveur de Blade Runner 2049, qui ne gagnera pas son statut de film culte. Mais qui, au contraire, finira par perdre son succès actuel, bien trop éphémère pour affronter le défi du temps.


Blade Runner 2049 n’est qu’une pale copie désincarnée de Blade Runner, qui se noie dans un brouillard vide de tout propos et de vision.

Partenariat

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire