Border

Ali Abbasi n’avait pas pour ambition première de faire du cinéma, privilégiant plutôt une carrière d’architecte, après avoir commencé comme nouvelliste dans son pays d’origine, l’Iran. Tombé amoureux du brillant film Morse de Tomas Alfredson, il s’intéresse très rapidement au livre dont le long-métrage est adapté (Laisse-moi entrer de John Ajvide Lindqvist) et prolonge son aventure dans l’univers de l’auteur, dont il est séduit. Il découvre finalement la nouvelle dont est tiré Border et souhaite ardemment l’adapter. Après avoir tourné son premier film, Shelley, il entre dans un long processus d’écriture, accompagné de l’auteur de la nouvelle et d’Isabella Eklöf (réalisatrice d’Holiday, qui était en compétition au dernier FEFFS), afin d’ajouter au récit une intrigue secondaire (une enquête criminelle), la nouvelle ne faisant qu’une cinquantaine de pages.

Auréolé du prix Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, Border, comme son nom et sa traduction l’indiquent, se construit sur l’idée de la frontière et de l’universalité de sa signification. On y suit dès l’introduction l’histoire de Tina (Eva Melander), une douanière au physique atypique, qui on le devine à connu de nombreuses difficultés afin de s’insérer dans la société. Elle est rejetée par la plupart des gens pour ses apparentes difformités, pointé du doigt tel un monstre qui vit en marge de la société, jusqu’au jour ou elle rencontre, sur son lieu de travail, Vore (Eero Milonoff). Un personnage qui présente les mêmes particularités physiques. À partir de cet instant, le quotidien et la construction en tant que personne de Tina se bouleversent entre deux mondes qui s’opposent en apparence, l’obligeant à faire un choix qui aura, d’une manière ou d’une autre, un impact sur elle-même. Ne prenant jamais parti, le cinéaste dépeint ainsi un univers non manichéen, où tout est en nuances de gris. La frontière n’étant jamais pleinement définie, Ali Abbasi brise toute forme de norme, sans émettre aucune forme de jugement. En flirtant entre les lignes, le réalisateur nous implique en faisant du déchirement de son personnage, notre propre tiraillement. Notre degré d’empathie étant mis à contribution, on éprouve chaque questionnement et révélation au côté de Tina, jusque dans les ultimes secondes.

Soucieux d’être toujours à la lisière entre les genres, Border est une oeuvre difficilement étiquetable, bien que l’on soit en terrain connu. Oscillant entre drame et poésie et entre fantastique et réalisme, Ali Abbasi s’affranchit de toutes limites, faisant de l’univers présenté, une réalité. Filmé avec une élégante sobriété, Border dévoile un quotidien certes souvent horrible, mais ou il subsiste tout de même une lueur d’espoir, incarné avec brio par Eva Melander qui fait de son personnage taciturne et fragile, un être profondément bon.

border

Synopsis : Tina, douanière à l’efficacité redoutable, est connue pour son odorat extraordinaire. C’est presque comme si elle pouvait flairer la culpabilité d’un individu. Mais quand Vore, un homme d’apparence suspecte, passe devant elle, ses capacités sont mises à l’épreuve pour la première fois. Tina sait que Vore cache quelque chose, mais n’arrive pas à identifier quoi. Pire encore, elle ressent une étrange attirance pour lui…

RÉALISATION : Ali Abbasi
AVEC : Eva Melander, Eero Milonoff, Jörgen Thorsson, Viktor Åkerblom, Matti Boustedt, Andreas Kundler, Ann Petren, Sten Ljunggren…
ORIGINE : Suède, Danemark
GENRE : Drame, Fantastique
DURÉE : 1h48

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