Crimson Peak

Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : « Prends garde à Crimson Peak ». Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse « imagination », Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael.

C’est peu de temps après la sortie du Labyrinthe de Pan que Crimson Peak connait ses premiers balbutiements. L’occasion pour Guillermo Del Toro de retravailler avec son co-scénariste de Mimic, Matthew Robbins. Repoussé plusieurs fois par Del Toro, qui préférait travailler sur d’autres projets, Crimson Peak aura mis neuf ans pour voir le jour. Décrit par le cinéaste mexicain comme étant une romance gothique, le métrage a «bénéficié» d’ajout de la dramaturge et scénariste anglaise Lucinda Coxon, dans le but d’apporter au script une soit-disante touche de «perversité et d’intelligence». Si on peut éventuellement accordé qu’il y a une touche de perversité, en revanche on est bien plus circonspect sur l’apport d’intelligence… Car en réalité, Crimson Peak souffre bel et bien d’une extrême pauvreté d’écriture, dont la surprise est aux abonnés absents. Une narration sans âme qui laisse planer le doute d’être vraiment devant un film de Del Toro.

Pourtant, tous les éléments chers au cinéaste sont présent. Un film de monstres à l’esthétique irréprochable où ces derniers vont réveiller les fantômes du passé, dont l’humain est le seul bourreau. Peut-être sentez-vous comme une sensation de déjà-vu chez Del Toro ? Rassurez-vous, c’est tout à fait normal. Car oui, Crimson Peak ressemble à l’intrigue de L’Échine du Diable (jusqu’à reprendre le même design de fantôme pour l’un de ses personnages, en fin de métrage). Tout du moins l’intention est identique, les fantômes dans les deux métrages sont là pour déterrer le passé d’un horrible crime. Si L’Échine du Diable gardait tous ses secrets jusqu’au climax, tout en développant au maximum ses personnages et leurs interactions, ce n’est pas le cas de Crimson Peak. Dès le premier tiers, l’histoire et la mise en scène très académique (le pire étant la scène de meurtre dans la salle de toilette d’un club) délivrent toute les clés, éliminant ainsi tout enjeu et effet de surprise. Pire encore, Del Toro tombe dans la répétition et la surenchère d’explication. De plus, le casting pourtant luxueux peine à convaincre. La faute à des rôles sous-développés qui ne permet à leurs interprètes d’exprimer tous leurs talents, en étant souvent trop fade (Mia Wasikowska et Tom Hiddleston) ou comme absent (Charlie Hunnam), voir même caricatural (Jessica Chastain). En même temps, comment voulez-vous proposer une belle partition quand la vacuité scénaristique se repose principalement sur double triangle amoureux étirer jusqu’à la rupture pendant deux heures durant ? D’autant que le seul rebondissement est la révélation finale, dont on connait déjà dès l’introduction les tenants et les aboutissants. Le comble étant que ce fameux twist culpabilise seulement un des deux personnages fautifs, innocentant l’autre dans un soit-disant sursaut de conscience que cela en devient pathétique… L’hommage évident aux célèbres films gothiques du studio Hammer (allant jusqu’à réutiliser le nom de famille de l’un de ses principaux interprète, Peter Cushing) en devient très vite gênant quand on voit le résultat final. 

Pour se consoler on se rattrape à la seul qualité intrinsèque de Crimson Peak : la superbe direction artistique. La richesse du design intérieur comme extérieur du manoir de la famille Sharpe fait que cette demeure devient un personnage à part entière. A la fois sublime et oppressant, celui-ci est à l’image du destin funeste de cette famille, qui rappelle très fortement le poème d’Edgar Allan Poe La Chute de la Maison Usher. D’ailleurs, certaines répliques des personnages en sont comme des références non dissimulées. Les extérieurs du domaine Allerdale Hall ne sont pas en reste, avec la neige qui vient cacher la terre rouge, symbole des profondes blessures et des actes innommables qui ont eu lieu en ses murs. Ce qui laisse à penser que la beauté de ce décor et sa richesse thématique ont probablement inspirés un certain Ryan Johnson pour son épisode VIII de la saga Star Wars, ce qui ne serait pas impossible. Et enfin, comment ne pas citer le design des nombreux fantômes qui hante la pellicule ? Ces derniers étant immortalisés sous une forme ectoplasmique aussi différente qu’unique. Espérons tout de même qu’au delà de l’aspect visuel du métrage, Crimson Peak sera le dernier faux pas de son auteur. Une chimère qui n’aurait peut-être pas dû voir le jour sous les ordres de Del Toro, comme l’avait souhaité la productrice Donna Langley, qui comme contraint et forcé, a préféré le réaliser plutôt que de le déléguer à un autre réalisateur. «Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point», disait l’adage de Blaise Pascal, c’est ce que fait penser cette expérience de Guillermo Del Toro d’avoir réalisé Crimson Peak. Sous son plus bel apparat visuel, Crimson Peak cache un scénario bien trop fantomatique pour nous faire frémir. Dommage…

RÉALISATION : Guillermo Del Toro
AVEC : Mia Wasikowska, Tom Hiddleston, Jessica Chastain, Charlie Hunnam, Jim Beaver, Burn Gorman, Leslie Hope, Doug Jones…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Épouvante, Horreur, Drame, Romance
DATE DE SORTIE : 14 octobre 2015
DURÉE : 1h59
BANDE-ANNONCE

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