Cronos

RÉALISATION : Guillermo Del Toro
AVEC : Federico Luppi, Ron Perlman, Claudio Brook, Margarita Isabel, Tamara Shanath, Mario Iván Martínez, Daniel Giménez Cacho…
ORIGINE : Mexique
GENRE : Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : 18 août 2001 en DVD
DURÉE : 1h34
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Au XIVe siècle, un alchimiste enferme le secret de l’éternité dans une petite boite. Plus de six siècles après, en 1997, un antiquaire est sur le point de libérer cette force inconnue.

Le pacte du sang

Le cinéaste Guillermo Del Toro est l’un des auteurs-réalisateurs, à juste titre, les plus populaires de ces dernières années. Son style à la fois très personnel et référentiel croise régulièrement le cinéma de genre et la pop culture, séduisant ainsi un vaste public hétéroclite. Bon nombre de ses films sont considérés comme cultes par toute une génération et une référence pour des artistes et cinéastes en herbe. Mais pour beaucoup de cinéastes, leur premier film n’a pas toujours la chance de connaître une sortie salle peu après leur conception. C’est le cas de Cronos premier long-métrage du réalisateur mexicain. Pourtant, il aurait pu en être autrement au vu de son succès dans de nombreux festivals à travers le monde, avec une vingtaine de récompenses dans dix festivals, dont un au Festival de Cannes en 1993 et un au BIFFF. En France, il aura fallu le succès de son troisième film, L’Échine du Diable (en 2001), pour que Cronos puisse enfin sortir directement en vidéo. Une entrée en matière, certes imparfaite, mais qui contenait déjà toutes les obsessions et le goût pour l’étrange qui peuplent l’univers du réalisateur. En plus d’y retrouver «la muse» de Guillermo, avec la présence au casting de Ron Perlman.

Cronos, comme son nom l’indique est un film dont le temps est l’élément central du film. Un élément clé matérialisé par un mystérieux objet, un curieux scarabée en or, dont le secret est la porte vers l’immortalité. Une boîte de pandore ou une pierre philosophale dont le mécanisme sophistiqué et sa fonction de portail n’est pas sans rappeler le cube de la saga Hellraiser. Bien que dans cet appareil mécanique se cache un insecte aux pouvoirs étranges, inspiré d’un «bijou» mexicain, le Makech (coléoptère décoré vendu vivant et porté comme une broche), qui a marqué l’enfance de Guillermo Del Toro par son horreur. Pour traiter du sujet de l’immortalité, Guillermo Del Toro choisi une approche à la fois vampirique et religieuse pour travailler son histoire, au travers du sang et de sa symbolique de la vie. Bien que le sang soit une pièce maîtresse, ou une fontaine de jouvence vers la voie de l’immortalité, les codes classiques du récit vampirique sont soit absents, ou soit détournés de leur sens premier, avec épisodiquement, une approche burlesque. Difficile de ne pas voir un pastiche du Cauchemar de Dracula, dans cette scène où Jesus Gris (Federico Luppi), paronyme de Jésus Christ, dort confortablement avec des peluches dans un cercueil. Autre figure mythique de la Hammer ou d’Universal Monsters dont Guillermo Del Toro n’a de cesse de déclarer son amour, l’ombre de la créature de Frankenstein hante Cronos. Le corps en décomposition de Jesus Gris, bien que faisant appel au langage du body horror, est une référence manifeste dans son design et son attitude au célèbre monstre créé par Mary Shelley. Bien que la douleur qu’il exprime face aux rayons du soleil empreinte aux mythes du vampire, ses réflexes pour s’en protéger rappelle le comportement de la créature de Frankenstein face au feu, interprété par l’inoubliable Boris Karloff, dans les films de James Whale.

Guillermo Del Toro qualifie lui même son film de «conte de fées désabusé». A l’instar de L’Échine du Diable et Le Labyrinthe de Pan, Cronos possède une narration dramaturgique bouleversante qui plonge son personnage principal, Jesus Gris, dans une longue descente aux enfers, transformant ce qui faisait de lui en son radical opposé. Mercedes (Margarita Isabel), la petite-fille de ce dernier se retrouve face à l’horreur qui envahie son quotidien. Sans une ligne de dialogue mais avec amour, elle fait tout son possible pour prendre soin de son grand-père et essayer de maintenir une once d’humanité chez lui. De son innocence et de sa relation avec son grand-père naît une profonde mélancolie poétique dont la quintessence est souligné dans un final particulièrement émouvant. On peut toutefois reprocher à Cronos quelques longueurs et le classicisme de sa mise en scène (hormis les plans à l’intérieur du Cronos) ainsi qu’un humour noir qui prête parfois à sourire (la séquence d’embaumement), mais cela ne retire pas la sympathie que l’on peut éprouver pour ce premier film dans l’univers fantastique de Guillerme Del Toro.


Bien qu’imparfait, Cronos séduit par son approche original du mythe du vampire et de l’immortalité ainsi que par la naïveté touchante de ses personnages. Bienvenue dans le monde fantastique de Del Toro.

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