Dark Crystal

Il était une fois, vingt ans avant la fabuleuse adaptation du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, un certain âge d’or de la fantasy au cinéma, celle des années 80. Durant cette décennie, une bonne dizaine de films du genre ont vu le jour, et ont gagné pour la plupart d’entre eux, leur statut de film culte. L’un d’eux fait particulièrement parler de lui aujourd’hui, suite à la sortie de sa série préquelle distribué par Netflix : Dark Crystal de Jim Henson et Frank Oz, deux artistes talentueux qui ont joué un rôle important dans l’histoire de la culture populaire. C’est en effet au premier cité que nous devons la création des séries d’animations à succès le Muppet Show et 1 rue Sésame. Quant au second, il n’est autre que le célèbre marionnettiste qui a donné vie à Yoda. Difficile de trouver un meilleur binôme que ces deux amis au travail et à la ville, pour créer l’univers fabuleux de Dark Crystal. Avant de voir le jour, le film est avant tout un projet de longue haleine pour son créateur initial, Jim Henson. Pendant six ans il peaufine son univers visuel et donne naissance au fabuleux monde fictif de Thra et son improbable et généreux bestiaire, bien aidé par l’illustrateur Brian Froud qui en conçoit une grande partie . L’artiste croit tellement en sa création, qu’il n’hésite pas à y investir sa fortune personnelle. L’avenir lui donnera raison, et ce quoiqu’en ai pensé les premières critiques à sa sortie. Un succès garanti qui se repose principalement sur le schéma narratif archétypal du monomythe, comme de nombreuses œuvres qui ont connu le même statut culte.

Dès son introduction, Dark Crystal nous immerge dans son univers. Notamment grâce au narrateur qui nous conte les origines du monde fictif de Thra et son contexte, tout en détaillant ses nombreuses créatures qui y vivent. Un univers riche qui sous ses allures faussement manichéennes se cache une dualité complémentaire proche du Yin et du Yang, d’où la préférence des auteurs d’employer les termes lumière et ténèbres, plutôt que bien et mal. Bien que leurs définitions paraissent assez proches, la fusion de l’un et de l’autre est un concept essentiel au sein du récit, pour maintenir un certain équilibre. L’un ne peut vivre sans l’autre. Suite à un phénomène cosmique cette balance est mise à mal, créant « deux forces en puissance » qui sont représentés au travers des cruels Skeksès et des doux Mystiques. Restaurer cet équilibre devient donc l’enjeu majeur du récit. Celui-ci prend forme au travers d’une quête initiatique pour son personnage central et héros : Jen, un survivant des Gelflings, une race décimée par les Skeksès.

Fort heureusement, les qualités et l’attrait de Dark Crystal ne se reposent pas uniquement sur le monomythe. Comme explicité plus haut, son principal point fort est la richesse de son univers qui jouit d’une direction artistique irréprochable, aussi bien dans ses environnements féeriques que lugubre. Le travail abattu sur les décors est titanesque et fourmille de détails. Citons par exemple les textures gravées sur les visages des Mystiques qui apportent une authenticité supplémentaire à leurs personnages, tout en augmentant leur sagesse dont ils sont la représentation incarnée. En le redécouvrant aujourd’hui, on serait d’ailleurs prêt à parier que Dark Crystal est probablement une influence visuelle majeure pour Guillermo Del Toro, car on retrouve des textures similaires dans le personnage du faune du Labyrinthe de Pan, ainsi que les kaijus de Pacific Rim. L’autre composante majeure et figure de proue de notre évasion dans cet univers est incontestablement son design sonore qui bénéficie d’un travail tout aussi minutieux, tout autant que sa musique alternant entre registre festif et envolée lyrique. Le compositeur Trevor Jones y propose sa plus belle partition avant de signer, quelques années plus tard, son chef-d’œuvre qu’est la bande originale du Dernier des Mohicans de Michael Mann.

Trente-sept ans plus tard, Dark Crystal a certes vieilli, car nous ne vous l’apprenons pas les effets spéciaux ont nettement évolué depuis, mais cela n’altère en rien la magie omniprésente de ce conte familial, à mi-chemin entre les contes de Grimm et les œuvres de Tolkien, qui continue et continuera toujours de nous effrayer, puis de nous émerveiller avec le poids des âges. Et ça, c’est très certainement le plus beau des cadeaux que nous offrent encore et toujours les œuvres cultes de cinéma !

AFFICHE

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SYNOPSIS

Un autre monde, un autre temps, à l’âge des miracles… Jen et Kira, seuls survivants de la race des Gelfings, partent à la recherche d’un éclat de cristal gigantesque, abîmé dans une commotion planétaire, qui donne force et puissance aux Mystiques, un peuple sage et pacifique. Ils doivent affronter les terribles et cruels Skekses qui tiennent ces derniers en esclavage.

CASTING

RÉALISATION : Jim Henson, Frank Oz
PRODUCTION : Henson Associates, ITC Entertainment, Universal Pictures
AVEC : Jim Henson, Kathryn Mullen, Frank Oz, Dave Goelz, Brian Muehl, Jean-Pierre Amiel, Hugh Spight…
SCÉNARIO : David Odell, Jim Henson
PHOTOGRAPHIE : Oswald Morris
MONTAGE : Ralph Kemplen
MUSIQUETrevor Jones
ORIGINE : Royaume-Uni, États-Unis
GENRE : Fantasy, Aventure
DATE DE SORTIE : 23 mars 1983
DURÉE : 1h33

BANDE-ANNONCE

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