Death Note

RÉALISATION : Adam Wingard
AVEC : Nat Wolff, Willem Dafoe, Margaret Qualley, Lakeith Stanfield, Paul Nakauchi, Shea Whigham, Michael Shamus Wiles…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Thriller, Horreur, Fantastique
DATE DE SORTIE : 25 août 2017 sur Netflix
DURÉE : 1h41
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Un étudiant trouve accidentellement un Death Note. Il suffit d’écrire le nom de la personne à châtier et d’avoir en tête son visage pour que cette dernière meure d’une crise cardiaque.

Pomme pourrie

Les adaptations live de mangas à la sauce ricaine sont pour le moment très peu nombreuses. Fort heureusement diront certain-e-s. Mais il y a fort à parier que cette tendance va s’inverser, comme ce fut le cas pour les adaptations de jeux vidéos. Mais tout comme ces derniers, ces adaptations ont jusqu’alors rarement convaincu que ce soit les immondes Dragon Ball : Evolution, Ken le survivant, Blood : The Last Vampire ou le mal-aimé Ghost in the Shell. A l’heure actuel, seul un réalisateur français a su briser la malédiction de ces adaptations ratés : Christophe Gans. Que se soit avec Crying Freeman, côté manga et Silent Hill, côté jeu vidéo. Malheureusement, comme vous avez pu le voir via nos actus sur la vision d’Adam Wingard concernant Death Note, on était loin d’être optimiste au vu des images proposées. Mais on ne s’attendait pas à un résultat aussi avarié.

Bien que le manga et sa version anime ne soient pas parfaite, ils possédaient tout deux des forces indéniables. Que ce soit la confrontation cérébrale entre ses deux personnages principaux Light/Kira et L, la descente aux enfers de Light/Kira, ou encore la complexité du personnage de Ryuk. Trois ingrédients primordiaux qui ont fait de Death Note une énième oeuvre majeure venu du Japon. Ces ingrédients sont aux abonnés absents de cette relecture. A tel point que l’on se demande, très rapidement, si Adam Wingard et son équipe de scénaristes ont compris les enjeux majeures de l’oeuvre de Tsugumi Oba et Takeshi Obata. Visiblement non ! Le jeu d’échec psychologique entre Light et L est édulcorée à un basique jeu du chat et de la souris. Mais c’est loin d’être la plus mauvaise surprise. Car le pire c’est que leurs personnages sont à l’antipode de leurs pendants japonais, ne montrant jamais une once de leurs génies durant la centaine de minutes qui nous est montré. Light (Nat Wolff) est relégué à un personnage tout à fait commun, en plus d’être très indiscret sur son rôle de Kira et surtout fortement manipulable que ce soit par Ryuk (Willem Dafoe) ou Mia (Margaret Qualley). Le cliché misogyne de la femme manipulatrice nous avait manqué… Créant par la même occasion une erreur majeure en victimisant constamment le personnage de Light, a contrario de la version japonaise qui lui agit de façon consciente provoquant une longue descente aux enfers sans retour possible. L est d’ailleurs tout autant maltraité, car celui-ci est incapable de garder son calme et sombre dans une forme d’obsession impulsive qui le rend tout aussi vulnérable et inutile. Pourtant avant ce changement radical, il était probablement le personnage le plus « fidèle » du métrage. Son interprète, Lakeith Stanfield, ayant d’ailleurs assez bien assimilés les postures et tocs alimentaires de l’oeuvre originelle. Quant à Ryuk, bien que toujours très friand des pommes, perd toute sa complexité qui faisait de lui un personnage haut en couleur. Le dieu de la mort, bien que peu présent finalement, a perdu son rôle « d’anthropologue du genre humain » pour devenir un vulgaire manipulateur qui se complaît à faire passer son Death Note de possesseurs en possesseurs, juste pour rire de leurs actions. Supprimant ainsi le lien d’amitié et de complicité qui se tissait aux travers des pages ou des épisodes entre Ryuk et Light.

Au delà de l’importance des personnages, ce qui faisait la qualité intrinsèque de Death Note, c’est son intrigue policière. Certes, l’anime possédait de nombreuses longueurs pouvant occasionner des moments de lassitude, mais la qualité de l’écriture et les nombreux rebondissements venaient régulièrement minimiser cette sensation. D’autant plus que ces rebondissement étaient bien mieux amenés que la majorité des cliffhangers ou twists gratuit (de fin d’épisodes) des séries actuelles, tentant vainement de masquer la pauvreté d’écriture et les enjeux de la majorité des productions télévisuels grands publics. Mais dans cette adaptation, Adam Wingard néglige totalement l’intrigue policière en la mettant entièrement de côté, devenant dès la seconde moitié du film sans importance, voir inexistante. De ce fait, L est non seulement maltraité, mais il est surtout totalement décrédibilisé jusqu’à être raillé. Un vrai scandale quand on connait la qualité de ce personnage d’origine ! Au contraire de Light  dont les agissement sont traités avec une complaisance déconcertante voir nauséabonde, allant jusqu’à minimiser ses actes. De cette manière on qualifier cette version d’Adam Wingard de réactionnaire. Pour achever le tout, d’un point du vue purement cinématographique, Death Note ne propose aucune vision artistique. Adam Wingard laisse constamment ses comédiens en totale roue libre, dès les premières minutes. La première rencontre en Ryuk et Light en est d’ailleurs le meilleur exemple, celle-ci en devient pathétique. Fort heureusement l’expérience de Willem Dafoe vient sauver les dégâts d’écriture sur le personnage de Ryuk, ce qui est loin d’être le cas concernant l’interprète de Light. Car Nat Wolff est tout simplement ridicule ! Ce dernier ne fait que réciter son texte avec une passivité déconcertante. Son absence d’interprétation fait qu’on aimerait être à sa place lorsqu’il se met des claques pour se réveiller. En plus de l’absence de direction d’acteurs, Adam Wingard met en scène Death Note avec une platitude soporifique, ponctué vainement par des scénettes gores fauchées montées en jump-cut, pour titiller le spectateur lambda. On en reste encore totalement dubitatif. La seule question qu’on se pose à la fin de ce calvaire, au delà du final aussi raté que le film, est de savoir quel est l’intérêt scénaristique de faire une suite ? Car, ce premier métrage ne proposant rien d’autre que le néant absolu en terme de narration, sur quel élément «d’intrigue» Adam Wingard compte rebondir pour lancer une suite ? On a beau chercher, on n’a clairement aucune idée de ce que pourrait être la réponse. D’ailleurs, on est même pas sur de vouloir la connaître. La seule chose que l’on peut deviner, c’est qu’on peu s’attendre à un résultat encore bien pire que ce premier film, tant il est impossible de sauver les meubles. Death Note est comme le fruit défendu, celui-ci aurait du rester dans l’arbre paradisiaque où il était jadis. Mais il a fallu qu’Adam Wingard vienne le cueillir pour nous empoissonner de son fruit avarié.


Death Note n’est rien d’autre qu’une pomme pourrie qui continue de faire déborder le panier des adaptation ratés.

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