Frontière(s)

RÉALISATION : Xavier Gens
AVEC : Karina Testa, Samuel Le Bihan, Estelle Lefebure, Aurélien Wiik, David Saracino, Chems Dahmani, Maud Forget…
ORIGINE : France, Suisse
GENRE : Thriller, Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : 23 janvier 2008
DURÉE : 1h48
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Alors que l’extrême droite est sur le point d’arriver au pouvoir, de jeunes banlieusards commettent un braquage. Poursuivis par des flics hargneux, les membres de la bande dépassent la « frontière » de leur propre violence. Ils s’enfuient en voiture et débarquent dans une auberge perdue en pleine forêt, à la limite de la « frontière » luxembourgeoise.
Les tenanciers de cet étrange établissement, accueillants dans un premier temps, vont peu à peu montrer leurs vrais visages : celui de la folie et de la mort ! Crochets de boucher purificateurs, porcs agressifs, coups de flingue mal placés, armes blanches aiguisées à l’extrême, cannibalisme déjanté, néo-nazi sur le retour : les potes vont devoir affronter la douleur absolue et dépasser la « frontière » de l’horreur la plus extrême. Tout ça dans un seul et unique but : survivre. Ou mourir vite !

Exutoire

21 avril 2002, «coup de tonnerre politique» titrait, à raison, la majorité des journaux. Qui aurait prédit, à cette époque, que l’extrême droite passerait le premier tour des présidentielles françaises ? Et pourtant ce jour là nous vivons, à 82,21%, un vrai cauchemar éveillé ! Un événement majeur qui, a contrario, a de quoi offrir sur un plateau d’argent une manne de création contestataire, pour que plus jamais nous n’ayons un tel second tour. Frontière(s) de Xavier Gens est un bon exemple de film exutoire. Car comme le dit le réalisateur lui même après cette élection «J’ai alors pris conscience de l’extrême gravité de la situation et c’est quelque chose qui m’a fait intimement peur (…) Je voulais essayer de retraduire cette angoisse à travers un scénario». Frontière(s) est donc un film à revoir aujourd’hui, alors que le fantôme de 2002 plane à nouveau, dans le cadre de la nouvelle élection présidentielle.

Bien évidemment, le titre du film n’est pas choisi innocemment. Celui-ci à bons nombres de significations qu’il soit figuré ou non. La première étant une référence à l’entre deux tours de cette fameuse élection auquel nous étions tous à la frontière de voir le FN arriver à l’Élysée. La seconde est que le lieu de l’atrocité du film se trouve à proximité de la frontière luxembourgeoise, comme le dit le synopsis. La troisième concerne que les protagonistes devront franchir la frontière de la violence pour survivre à l’horreur frontal qu’ils vont subir. La principale force de Frontière(s) est bien évidement son contexte qui sert le font du propos et discours anti-totalitaire de Xavier Gens. Dès l’introduction, le film fait état de la violence urbaine sociologique entre les cités et la police. Phénomène toujours d’actualité, où les cités sont toujours incomprises par les forces de police ou par la majeure partie des politiques.

En revanche la forme n’est pas toujours en faveur de Frontière(s), notamment dans l’écriture de certains dialogues ou dans le surjeu de plusieurs comédiens qui peuvent prêter à sourire, le père Von Geisler (Jean-Pierre Jorris en parodie de Jean-Marie Le Pen nazi) ou encore le personnage d’Estelle Lefebure étrangement grimée. Mais cela permet toutefois au deux comédiennes Karina Testa et Maud Forget de se démarquer du lot, ce qui tend à croire que c’est un choix pleinement assumé de Xavier Gens vu le parcours de leurs personnages. Par contre, le bémol majeur vient de certaines scènes d’actions bien trop clipesque pour être réellement appréciées. Est-ce dû à l’influence d’EuropaCorp qui formate souvent leurs productions ? Fort heureusement, même si ces défauts dérangent beaucoup, ils sont vite oubliés par la générosité de la mise en scène de Xavier Gens dans les scènes où l’horreur et la tension prennent une ampleur viscérale. On en veut pour preuve les 400 litres de faux sang qui ont été nécessaires au tournage des séquences gores du film. Certes, on peut voir les très nombreuses références de Xavier Gens à travers son film, le cultissime Massacre à la tronçonneuse est une évidence avec la fameuse séquence du repas. Mais même si ses influences ne sont pas toujours digérés et restent visibles, les scènes chocs sont toutefois particulièrement réussis. Notamment la scène de la scie sauteuse ainsi que celle du caisson à oxygène, bourrés d’inventivités dans la compositions des plans et dans leurs montages. 


Même si on est bien loin de la perfection, Frontière(s) montre tout le talent et surtout l’extrême générosité d’un réalisateur qui à des choses à dire et qui ne lésine pas sur la marchandise pour mieux les exprimer.

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