Glass

Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn – l’homme incassable – poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…

Incassable, Split et Glass, trois films, trois segments de la trilogie la plus inattendue et la plus imprévisible qui soit, dirigée par l’un des cinéastes à la filmographie la plus clivante, M. Night Shyamalan. Rappelez-vous lors de la sortie de Split, nous nous étions posé cette question : Shyamalan, est-il un génie ou un vicieux roublard ? À l’époque notre réponse était loin d’être évidente, mais son dernier-né et chapitre final, Glass tend à nous faire répondre par le deuxième choix. Bien que celui-ci possède des qualités indéniables et des pistes de réflexions plutôt intéressantes, le résultat est majoritairement décevant, allant même jusqu’à briser le mythe, instauré il y a maintenant 19 ans.

D’Incassable, en passant par Split, la volonté et le but de Shyamalan est évidente. Réutilisant les thématiques récurrentes de sa filmographie (les créatures, la famille, l’amour au sens large, et la quête d’identité), le cinéaste les utilise cette fois afin de décortiquer la complexité de la psyché de ses personnages. Malheureusement, cette volonté est tellement omniprésente dans Glass, qu’elle devient sa seule est unique obsession de traitement pour conclure sa trilogie. Une faille qui créée de multiples problèmes d’écritures qui nuit au rythme du récit. L’envie et l’excitation d’arriver le plus rapidement possible au second acte (l’hôpital psychiatrique), fait qu’il néglige la profondeur et la crédibilité de son introduction. Cette carence brise l’impact de la première confrontation entre les super-protagonistes, qui est amenée bien trop rapidement pour que l’alchimie fonctionne pleinement. Bien que l’intention de présenter une méthode d’investigation pour traquer la Horde (James McAvoy) soit présente, celle-ci peine à convaincre tant elle manque cruellement de consistance. La sensation d’un traitement bâclé prédomine et peine à nous impliquer dès les premières minutes du récit. Il faut malheureusement attendre que le deuxième acte dévoile pleinement ses enjeux et ses réelles motivations pour commencer à entrer pleinement dans la proposition de Shyamalan, là où auparavant il arrivait à capter l’attention de son auditoire dès les premières minutes.

L’hôpital psychiatrique n’est pas sans rappeler l’asile d’Arkham de l’univers de Batman, par son but et ses méthodes de fonctionnement. C’est arrivé à ce moment du film que les intentions et les ambitions du cinéaste se dévoilent totalement. En effet, c’est à l’intérieur de ce bâtiment que réside l’intérêt (le seul ?) de Glass, offrant des pistes de réflexions très intéressantes qui communiquent entre elles. Prolongeant les interrogations sur la naissance et la construction des « supers », introduit en 2000 par Incassable, puis impliquant Split de façon détourné, Glass à l’audace d’y répondre par le prisme de la foi et de l'(auto-)conviction, pour déconstruire ses personnages de façon osé et intelligente. Le réalisateur profite des moments d’introspection pour faire parler ses images (comme dans Incassable), plutôt que ses personnages. Le meilleur exemple étant une scène dans la cellule de David Dunn (Bruce Willis) : le cinéaste y utilise son habituel jeu des reflets qui déforme son personnage, symbolisant son questionnement intérieur. Il réutilise d’ailleurs le même principe une deuxième fois, au travers du personnage du Docteur Ellie Staple (Sarah Paulson), dans un but similaire. Le réalisateur ne se contente pas seulement de sonder le fondement de ses personnages hors-normes, il cherche surtout à les démystifier dans le but les rendre à nouveau humain. Shyamalan va même encore plus loin. Il pousse la réflexion jusqu’à interroger le genre super-héroïque, tout en le célébrant à nouveau. En plus d’être la pièce maîtresse du récit, l’hôpital psychiatrique possède les plus belles trouvailles visuelles (la salle rose d’interrogatoire) et inventives. C’est le cas notamment des cellules équipés des kryptonites respectives pour David Dunn et la Horde, à l’exception de celle de Elijah Price (Samuel L. Jackson) qui est avant tout une protection pour lui-même. 

Cependant c’est dans son dernier acte que Shyamalan brise totalement ce qu’il a construit via un double twist, que nous ne révélerons pas. Bien que le second twist fasse écho, tout en donnant la justification à son titre, c’est loin d’être le cas du premier twist qui sonne le glas de la trilogie. Absolument grotesque, cette « révélation » va même jusqu’à s’embourber dans une théorie fumeuse, surfant sur le terrain du complotisme actuel. Bien que l’interaction entre ces deux retournements donne, in fine, une dimension et une importance supplémentaire aux personnages de second plan, Casey Cooke (Anya Taylor-Joy), Joseph Dunn (Spencer Treat Clark) et la mère d’Elijah (Charlayne Woodard), fidèle à la thématique de la famille et de l’amour qu’apprécie l’auteur, celle-ci ne convainc pourtant pas. Pire encore, elle semble même palier un pur manque d’idée créative. Un loupé inhabituel pour Shyamalan qui n’arrive même plus à utiliser ce qui faisait pourtant sa marque de fabrique, depuis Sixième Sens. Clôturant sa trilogie de façon décevante, au lieu de confirmer le retour d’un cinéaste décrié, Glass est une désillusion. Le constat amer est maintenant évident, M. Night Shyamalan fait partie de ces cinéastes qui n’arrivent pas à se renouveler sur la durée. Dommage !

RÉALISATION : M. Night Shyamalan
AVEC : James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Sarah Paulson, Anya Taylor-Joy, Spencer Treat Clark, Charlayne Woodard, Luke Kirby…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Thriller, Fantastique
DATE DE SORTIE : 16 janvier 2019

DURÉE : 2h10
BANDE-ANNONCE

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