Godzilla Resurgence

RÉALISATION : Hideaki Anno et Shinji Higuchi
AVEC : Hiroki Hasegawa, Satomi Ishihara, Yutaka Takenouchi, Hiroki Hasegawa, Ren Ohsugi, Akira Emoto, Kengo Kora, Mikako Ichikawa…
ORIGINE : Japon
GENRE : Action, Fantastique, Science-fiction
DATE DE SORTIE : Inconnue
DURÉE : 2h00
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Un raz de marée inonde une partie de la côte de Tokyo. Après avoir pensé qu’il s’agissait d’une catastrophe naturelle, les scientifiques se rendent compte que le responsable de ce désastre n’est autre que Godzilla, une créature géante prête à tout détruire sur son passage.

Godzilla Mutation

Godzilla Resurgence (ou Shin Godzilla au Japon) est le troisième reboot japonais de la célèbre franchise de la Toho, après celui de 1984 (ère Heisei) et 1999 (ère Millénium). Derrière la caméra de cette relecture, on retrouve le géant Hideaki Anno (Evangelion) et Shinji Higuchi (le film L’Attaque des Titans). Au Japon, cette nouvelle mouture est un énorme succès, ayant reçu six Academy Prize, (équivalent des Oscars) dont ceux pour meilleure réalisation et meilleur film, et le Blue Ribbon Award du meilleur film. Avec une telle reconnaissance, il est quand même dingue de se dire que le film n’a pas eu les honneurs d’une sortie française, que ce soit en salle ou ne serait-ce qu’en DTV. Il ne subsiste que très peu d’espoir pour que la tendance s’inverse pour cette année, malgré une diffusion au PIFFF en décembre dernier. Bref, revenons en à cette relecture du mythe. Faire renaître Godzilla, sans faire du réchauffé n’est pas une mince affaire. D’autant que le Godzilla de Gareth Edwards, dans le cadre du Monsterverse, est passé par là. Mais pourtant le tandem Anno-Higushi a réalisé un ravalement de façade impressionnant, tout en gardant l’essence de l’original et de la licence. Higushi ayant travaillé sur le reboot de 1984, en tant qu’assistant pour recréer Godzilla, s’est servi de cette expérience pour cette nouvelle relecture, en se chargeant du nouveau design du roi des kaiju et de la réalisation des VFX. Hideaki Anno se chargeant quant à lui de la mise en scène.

Ce qui frappe en premier lieu c’est bien évidemment le design évolutif de Godzilla. Ici, le roi des monstres est en constante mutation (en trois phases pour être précis), telle une masse rocheuse en fusion qui se transforme constamment avant d’atteindre sa forme finale qui culmine à 118 mètre de haut (soit 10 mètre de plus que la version de Gareth Edwards). Cette métamorphose impacte Godzilla à un tel point qu’on pourrait croire qu’il en souffre intérieurement. De ce fait, ses difficultés pour se mouvoir et les catastrophes que cela occasionne paraissent plutôt comme des dommages collatéraux qu’une intention première de tout détruire. Cette origine mutante rappelle d’ailleurs un adversaire issu du bestiaire de la franchise : Destroyah, apparu en 1995 dans Godzilla vs Destroyah de Takao Okawara (auteur du reboot de 1999). Ces modifications apportant également des nouveautés dans les facultés de Godzilla, que ce soit dans les lasers qu’il peut tirer ou encore le changement de couleur du célèbre souffle atomique.

Au delà de l’icone populaire qu’est devenu Godzilla en plus de soixante ans d’histoire, son image est indissociable de son symbolisme premier : la peur du nucléaire. Là ou le film de Ishiro Honda était une allégorie des armes nucléaire et des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, le point de vue de Hideaki Anno est beaucoup plus actuel. Bien qu’il garde l’approche effrayante de Godzilla (d’ou le design terrifiant apporté par Shinji Higuchi), la métaphore de Godzilla Resurgence fait référence de manière globale à l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi et du tremblement de terre et du tsunami de Tōhoku. Que ce soit les scènes de destruction et les montagnes de débris, les scènes de paniques ainsi que la contamination radioactive laissé par le passage de Godzilla, mais encore la lenteur et l’inefficacité de la bureaucratie japonaise à gérer l’apparition de ce monstre géant renvoie immédiatement aux tristes événements qu’ont vécus les japonais lors des catastrophes de 2011 et son écho à l’internationale. 

Au delà l’aspect satirique qui prédomine durant la quasi-totalité du métrage. Godzilla Resurgence est impressionnant visuellement, atteint ici un paroxysme rarement atteint au Japon grâce à la fusion du numérique et des effets à l’ancienne. D’autant que la puissance et l’invincibilité de Godzilla est absolument dévastateur. Les grands plans d’ensemble sur les villes dévastées (plans iconiques de la franchise), conjugués à certaines séquences filmées à l’échelle humaine (jouant sur les perspectives) participent pleinement à cette ampleur particulièrement impressionnante. Les plus nostalgiques auront même le plaisir de réentendre le cri originel, qui provoque toujours autant d’effet. Godzilla Resurgence est clairement le meilleur reboot et remake japonais du film de Ishiro Honda, car le tandem Hideaki Anno et Shinji Higuchi a su se réapproprier les codes du Godzilla originel en les transposant à notre époque contemporaine, tout en gardant sa puissance mythologique et symbolique. Longue vie à Godzilla !


Hideaki Anno et Shinji Higuchi ont réussi le pari fou de ressusciter le roi des monstres avec la même ferveur et la même saveur que le film de Ishiro Honda, tout en l’adaptant à notre époque. Godzilla n’est pas près de perdre son titre de roi des monstres et à encore de belles années devant lui.

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