Godzilla

RÉALISATION : Ishiro Honda
AVEC : Haruo Nakajima, Takashi Shimura, Kin Sugai, Akihiko Hirata, Momoko Kochi, Akira Takarada, Kenji Sahara…
ORIGINE : Japon
GENRE : Fantastique
DATE DE SORTIE : 14 mars 1957
DURÉE : 1h38
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Au large des côtes japonaises, plusieurs navires disparaissent mystérieusement. Alertées, les autorités dépêchent une expédition scientifique qui recueille les témoignages de pêcheurs terrorisés. Tous assurent avoir vu un monstre remonté du fond des mers. Lequel s’avère être un dinosaure réveillé par des explosions atomiques. Rasant tout sur son passage, le saurien géant marche sur Tokyo obligeant les forces d’auto-défense à intervenir… 

Une légende est née

Les années 50, c’est un peu l’âge d’or du cinéma de monstres géants, avec une pléthore de films mettant en scène le retour de créatures préhistoriques réveillés par les nombreux essais nucléaires ou des animaux devenus énormes suites aux expériences de scientifiques fous. Un film aura donné l’élan à toute cette vague de créatures venues terroriser les populations et les cinéphiles à travers le monde : Le Monstre des Temps Perdus d’Eugène Lourié, avec les effets spéciaux visuels du maître Ray Harryhausen. Après avoir vu ce film, le producteur Tomoyuki Tanaka eu l’idée de créer le genre du kaiju eiga ou cinéma des monstres. Genre qui va créer son icône et un emblème du septième art avec Godzilla. Prononciation occidentale du nom japonais Gojira, formé d’une combinaison de deux mots japonais voulant dire gorille et baleine. Le Japon encore traumatisé par les bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki en août 1945, va voir en ce film, le parfait exutoire et l’espoir d’un meilleur lendemain.

Les bombardements atomiques ne sont d’ailleurs pas le seul drame mis en lumière par le film d’Ishiro Honda. Il y a également la contamination du thonier japonais Daigo Fukuryū Maru par les retombées radioactives des essais nucléaires de la bombe H américaine, Castle Bravo, dans l’atoll Bikini. Triste événement qui inspire Ishiro Honda pour introduire son film et ainsi réveiller le Roi des Monstres. Histoire non assumée par les américains qui vont minimiser l’impact des essais nucléaires dans le film en amputant celui-ci de 17 minutes dans sa version internationale. Il faudra attendre 1997 pour pouvoir voir le montage original, en France, grâce à la sorti en VHS chez HK Vidéo, et aujourd’hui dans un élégant Blu-Ray à la restauration exemplaire (Metropolitan/HK). Car au delà du pur film de divertissement qu’inspire en général les films de kaiju eiga pour le tout venant, ce premier Godzilla est avant tout un film politique. Dès premières minutes, avec l’apparition du célèbre logo de la Toho et son travail sonore martial, jusqu’à la dernière réplique, Ishiro Honda dresse un plaidoyer volontairement anti-nucléaire, où Godzilla incarne la force de la nature vengeresse. D’où les séquences de destructions, en suitmation, où le Roi des Monstres déchaîne sa fureur sur la ville de Tokyo en l’écrasant comme un vulgaire château de carte ou « les mers de flamme » provoqués par son souffle atomique. De plus, Ishiro Honda filme les conséquences de ce retour du bâton avec une approche documentariste en montrant les nombreux réfugiés et victimes du désastre se faire soigner dans les hôpitaux, comme cet enfant dont on contrôle la radioactivité avec un compteur Geiger. Certaines répliques et situations viennent d’ailleurs amplifier cette puissance dramatique et fataliste. On pense entre autre à cette scène où une mère de famille sert ses enfants dans ses bras face à la mort qui les attends en disant : « Nous allons rejoindre papa ». Ou encore cette scène où des journalistes voient Godzilla foncer sur eux en disant : « Il se rapproche, c’est la fin ». 

Au delà de la forme spectaculaire, Ishiro Honda met ses personnages face à leurs propres dilemmes moraux, en les opposants à différentes opinions. Notamment sur la course effrénée à l’armement via le personnage de Serizawa (Akihiko Hirata) qui devient au fur à mesure du récit une antithèse de Robert Oppenheimer, au travers de son invention qu’est l’Oxygen Destroyer. Ou encore via le docteur Yamane (Takashi Shimura) dont l’interrogation sur l’étude de Godzilla est un questionnement perpétuel sur le bien fondé du nucléaire et de comment s’en préserver. Une des dernières répliques du film, attribué à ce dernier, est d’ailleurs toujours autant d’actualités quand on repense au drame de Fukushima : « Si les essais nucléaires doivent se poursuivre un autre Godzilla surgira peut-être quelque part dans le monde », et qui donne encore plus d’écho avec le récent Godzilla Resurgence. Mais dans cette noirceur et ce pessimisme, Ishiro Honda laisse furtivement une lueur d’espoir à travers l’innocence d’enfants qui entonnent une prière pour la paix, comme pour symboliser que le salut est à la portée de notre postérité. Il suffit d’y croire !


60 ans plus tard, Godzilla reste un sommet du septième art, un chef d’oeuvre dont la noirceur est un pamphlet anti-nucléaire.

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