Grave

RÉALISATION : Julia Ducournau
AVEC : Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Bouli Lanners, Marion Vernoux…
ORIGINE : France, Belgique
GENRE : Horreur, Drame
DATE DE SORTIE : 15 mars 2017
DURÉE : 1h38
BANDE-ANNONCE
SYNOPSISDans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Pulsion cannibale

Grave s’apprête à débarque sur les écrans français le 15 mai prochain, précédé d’une réputation colossale. Avec pas moins de dix prix dans plusieurs festivals, on pourrait qualifier ce premier long-métrage de Julia Ducournau comme un film événement. D’autant plus que le cannibalisme a rarement été traité dans le cinéma français. Quatre films étant des symboles (différents) du genre, Frontière(s) de Xavier Gens, Trouble Every Day de Claire Denis, Dans ma peau de Marina de Van et Delicatessen de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet. Là où la majorité des films de cannibales jouent la carte du gore à outrance, Julia Ducournau choisit une approche plus intimiste, tout d’abord psychologique puis charnelle. Malgré tout, Grave détient son lot de scènes chocs, d’où l’interdiction aux moins de 16 ans. Dès les premières minutes, on découvre Justine (Garance Marillier) qui nous est présentée comme une jeune femme surdouée, issue d’une famille de vétérinaires végétariens, qui vit dans son propre cocon. Mais c’est lors de son entrée dans une école de vétérinaire que sa chrysalide va se fissurer, peu à peu, par un choc psychologique dû au bizutage.

S’il y a une qualité irréprochable à saluer pour ce premier long, c’est très clairement un talent dans la mise en scène, qu’elle soit très violente ou non. Notamment dans la construction des plans qui accentue la mise en abime du personnage de Justine. D’autant plus que le jeu est solide de bout en bout pour les interprètes principaux : Garance Marillier, Ella Rumpf (en sœur de Justine manipulatrice et perturbée) et Rabah Naït Oufella (en ami et colocataire protecteur). Aucun écart est à reproché, en restant toujours en adéquation avec le ton du film, fait assez rare dans le cinéma hexagonal. Le reste du casting étant cantonnés à des rôles très secondaires lors de quelques scènettes, voir même à de la figuration. Le seul comédien à qui l’on peu reprocher un manque d’investissement est sans conteste le père de Justine. Ce qui est pourtant fort dommageable, car c’est de lui que vient la révélation importante au cœur de l’intrigue, faisant perdre de l’impact à cette information importante qui aurait dû faire l’effet d’une baffe.

Mais le reproche principal qui ressort de Grave c’est sur certains points du scénario. Même si celui-ci est totalement crédible et fonctionne bien dans les grandes lignes de sa dramaturgie, ainsi que dans les messages qu’ils proposent, il n’est pas suffisamment étoffé. D’autant plus que la réalisatrice propose des ruptures de tons qui sont supposés faire souffler et rire, mais sont totalement hors de propos ou ne fonctionnent pas forcément. Il aurait été bien plus opportun de reporter ces précieuses minutes lors de la révélation finale pour gagner en impact, même si ça ne gène en rien à la compréhension de la chute. Concernant le message du film, celui-ci est loin d’être un pamphlet pour ou contre le végétarisme, même si l’envie de manger de la viande peut s’en retrouver amoindrie au vue de certaines scènes sanglantes. Le végétarisme n’est ici qu’un moteur de l’intrigue et permet une marge de progression de personnage principale sur tout un spectre. Au même titre que Justine est vierge et vie dans un cocon chez ses parents. En revanche, il est clair que le message du film est une critique visée à condamner le bizutage et les effets psychologique que cela engendre chez leurs victimes. On peut également y voir une tribune à l’émancipation vers l’age adulte et tout ce qui y est associés : découverte du corps, de la sexualité, etc…

Grave n’est pas la claque annoncée mais possède des qualités indéniables, ce qui n’en fait pas un film surcoté pour autant. Il est surtout plein de promesses et démontre un potentiel certain pour l’avenir de sa réalisatrice, Julia Ducournau. Il lui faudra toutefois à l’avenir mieux digérer ses influences (David Cronenberg pour le rapport à la chair) qui font surtout offices de vitrine que de références. Une fois cette distance prise, il est certain que Julia Ducournau proposera des films qui lui ressemble, avec leurs propres identités.


Grave est un film, certes imparfait, mais qui fait office de la naissance d’une carrière pour sa réalisatrice qu’on espère pleine de promesse. La mise en lumière de son film, primés dans plusieurs festivals, peut lui donner des ailes (ainsi qu’au cinéma de genre français), si toutefois elle ne les brûlent pas trop vite. Fonce Julia, on veut croire en toi !

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