Halloween, la nuit des masques

La nuit d’Halloween 1963. Le jeune Michael Myers se précipite dans la chambre de sa sœur aînée et la poignarde sauvagement. Après son geste, Michael se mure dans le silence et est interné dans un asile psychiatrique. Quinze ans plus tard, il s’échappe de l’hôpital et retourne sur les lieux de son crime. Il s’en prend alors aux adolescents de la ville.

Bien qu’il ne soit pas le premier slasherHalloween de John Carpenter est incontestablement l’une des pierres angulaires de ce sous-genre du cinéma horrifique. Film de commande à l’initiative des producteurs Irwin Yablans et Moustapha Akkad , il est généralement le premier slasher qui nous vient à l’esprit, bien qu’il fasse de nombreuses références ou allusions à l’un de ces prestigieux précurseur, ou proto-slasher le fameux Psychose d’Alfred Hitchcock. Que ce soit au travers du personnage du Dr Loomis (Donald Pleasence) qui est un hommage à Sam Loomis (John Gavin), l’amant de Marion Crane (Janet Leigh). Une autre référence, suite à une suggestion de la co-scénariste Debra Hill, est la présence de la fille de Janet Leigh au générique, Jamie Lee Curtis dans le rôle de Laurie Strode. Janet Leigh a d’ailleurs un rôle dans le film anniversaire, Halloween, 20 ans après de Steve Miner. Ce dernier faisant également de multiples références à Psychose. La boucle est bouclée ! Provisoirement intitulé The Babysitter Murders, la qualité et le succè du rebaptisé Halloween par John Carpenterbénéficie du mouvement du Nouvel Hollywood, qui a commencé à la fin des années 60 jusqu’au début des années 80. Une forme de contre-culture qui se caractérise par la prise de pouvoir des réalisateurs au sein ou en marge des grands studios américains et qui osent représenter des thèmes radicaux et tabous (la violence et la sexualité dans ce cas précis), en les mettant au premier plan de l’intrigue. Même si Halloween ne possède aucune scène gore, il n’hésite pas à montrer une violence crue. Une fois encore, à l’instar du Nouvel Hollywood, John Carpenter renouvelle également les genres classiques du cinéma américain, il s’affranchit des conventions de ceux-ci, tout en les déconstruisant. C’est notamment le cas du western, genre qu’apprécie beaucoup Big John, et qui parsème l’ensemble de sa filmographie. Pour Halloween, on le constate essentiellement par l’omniprésence du format scope, quand il filme les scènes de rue d’Haddonfield. Mais également, par l’arrivée en bord de cadre de Michael Myers en fin de plusieurs travelling ou autre mouvements de caméra. Une figure de style qu’on retrouve dans les westerns pessimistes de Sergio Leone, ou de façon optimiste dans ceux de John Ford.

Dès son plan-séquence d’ouverture, en vue subjective, Halloween marque les esprits, en nous mettant dans la peau du tueur lors de son premier meurtre (celui de sa sœur), avant de démasquer celui-ci, tout en prenant de la hauteur et de la distance avec ce qu’il vient de se passer. Grâce a ce procédé, John Carpenter se met volontairement en retrait des méfaits de son personnage. Pour aller encore plus loin, le choix de montrer un jeune garçon n’est pas anodin. Avec ce parti pris, il brise l’archétype de l’innocence que représente l’enfance. Tout comme placer l’action du récit dans une petite bourgade à l’apparence tranquille, est une décision pleinement assumée. Car au delà d’une critique classique de la classe moyenne américaine, John Carpenter et Debra Hill montrent également que l’horreur et le crime peut-être présent n’importe tout, même dans une petite ville. Une thématique encore une fois régulière dans le cinéma du Nouvel Hollywood. Un concept récurent que bon nombres de cinéastes utilise jusqu’à aujourd’hui, de David Lynch avec Blue Velvet et Twin Peaks jusqu’à David Robert Mitchell et son It Follows et, où le fantôme d’Halloween hante l’ensemble du métrage. D’ailleurs, on peut voir une référence à un autre film d’horreur majeur du Nouvel Hollywood lors de l’arrivée à l’asile, avec les patients qui déambule dans le parc à la manière des zombies de George A. Romero dans La Nuit des Morts-Vivants.

Au delà d’inventer ou réinventer les codes du slasher (tueur masqué, arme blanche, dernière survivante, etc…), Halloween créé un symbole avec son personnage de Michael Myers : l’incarnation du Mal. Pas le mal, dans le sens religieux du terme, bien que la suite de la saga à voulu prendre cette direction ésotérique et religieuse, sans comprendre ou bien approuver le propos du scénario de John Carpenter et Debra Hill. Mais plutôt celui qui ronge notre société, celui de la tradition réactionnaire conservatrice patriarcal qui s’oppose aux différents mouvements progressistes et à la révolution sexuelle. Un mal qui ne possède pas de visage mais plutôt une forme, d’où le choix du masque. C’est pourquoi le nom de Michael Myers n’est que très rarement cité, hormis dans l’introduction. Même au générique celui-ci est mentionné comme étant The Shape (la forme, en français). D’ailleurs le psychiatre de ce dernier, le Dr Loomis, le nomme lui-même le Mal, et ne fait aucunement mention de lui comme étant humain. Dans ce sens, il privilégie le «quoi» plutôt que le «qui», quant il parle de lui avec une infirmière, alors qu’il s’apprête à lui rendre visite à l’asile. Pour continuer dans cette logique, on peut considérer que le personnage de Laurie Strode (Jamie Lee Curtis) qui lui fait opposition et lutte contre lui, est une des première héroïnes féministes de l’histoire du cinéma. Son courage, son intelligence et son look vestimentaire non sexué prédomine et lutte déjà contre les stéréotypes genrés, dans un duel sans fin. Car ce mal, se relève toujours tel un mort-vivant qui revient à la vie pour saborder toute potentielle avancée libertaire. Une recette que bon nombre de slasher n’ont quasiment jamais pris en compte ou compris, hormis le regretté réalisateur Wes Craven avec des personnages comme Nancy Thompson (Heather Langenkamp) dans Les Griffes de la Nuit et Sidney Prescott (Neve Campbell) dans la saga Scream. 40 ans après, Halloween n’a pas pris une ride et ses thématiques intrinsèques combinés au talent de la mise en scène du Big John font de lui un film indémodable et toujours actuel dans ses propos. Il est un des monuments du cinéma d’horreur et même du cinéma tout court !

RÉALISATION : John Carpenter
AVEC : Jamie Lee Curtis, Donald Pleasence, Nancy Kyes, P.J. Soles, Brian Andrews, Kyle Richards, Charles Cyphers…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Horreur
DATE DE SORTIE : 14 mars 1979
DURÉE : 1h31
BANDE-ANNONCE

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