Hellboy

RÉALISATION : Guillermo Del Toro
AVEC : Ron Perlman, John Hurt, Selma Blair, Rupert Evans, Jeffrey Tambor, Karel Roden, Doug Jones…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Fantastique, Aventure, Action
DATE DE SORTIE : 11 août 2004
DURÉE : 2h02
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Né dans les flammes de l’enfer, le démon Hellboy est transporté sur Terre lors d’une sombre cérémonie célébrée par les nazis, désireux d’utiliser les forces infernales à des fins de conquête. Sauvé par le docteur Broom, Hellboy est alors élevé pour combattre les forces du Mal. Armé, possédant un bras droit en pierre, il fait équipe avec le télépathe Abe Sapien et Liz Sherman, capable de contrôler le feu…

Bis-cornu

Suite au succès de Blade 2, Guillermo Del Toro se voit proposé de réaliser la suite, Blade Trinity, ainsi que Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban ou encore Alien vs. Predator. Le cinéaste mexicain préfère jeter son dévolu sur l’adaptation d’un autre comic book qu’il apprécie particulièrement : Hellboy de Mike Mignola. Se basant essentiellement sur le premier tome de la série de comics, Les Germes de la Destruction, Guillermo Del Toro s’approprie le travail de Mike Mignola, suivant ainsi les conseils de l’auteur. Par conséquent, il puise dans plusieurs autres tomes de la série pour approfondir ses personnages dès le premier film et proposer ainsi une vision moins lisse que la plupart des productions du genre. Fait assez rare, pendant le tournage du film qui se faisait dans l’ordre chronologique de l’histoire, le scénariste-réalisateur n’hésitait pas à solliciter les fans du comics. Pour d’une part enrichir son film d’avis extérieur, mais surtout pour offrir à ces passionnés une adaptation digne de ce nom. Procédé qui peut se révéler être à double tranchant mais qui, selon les dire du réalisateur, ont été très bénéfique : «L’un des changements majeurs dans le scénario est d’ailleurs venu de quelque chose que j’avais lu sur le web». L’accueil favorable du public était donc assez logique et aujourd’hui encore Hellboy fait parti des meilleurs adaptation de comic book.

De base, l’oeuvre de Mike Mignola ne pouvait qu’aller de pair avec le travail de Guillermo Del Toro, car les deux auteurs partageant de nombreux points communs. Tout d’abord, ils éprouvent un profond amour pour les univers de Poe et Lovecraft, éternelle source d’inspiration pour leurs travaux respectifs. De plus, leurs styles graphiques jouent constamment sur les clairs-obscurs et contraste. Mais surtout leur principal point commun est de partager la même vision du monstre. Celle d’un être marginal certes, mais empli d’émotion et profondément humain. C’est donc avec une évidence certaine que tous ces éléments sont présents dans cette première adaptation du démon à la peau rouge. Car sous ses apparats de divertissement purement jouissif et fidèle à l’ensemble des œuvres de Del Toro, Hellboy est avant tout un film de personnages. Dès la scène d’introduction, on entre dans le vif du sujet avec une séquence mystico-pulp, qui présente aussi bien les antagonistes que la «naissance» du fameux anti-héros. Le cinéaste passe ensuite la majeure partie du temps à présenter sa galerie des monstres et leurs relations entre-eux. Bien entendu qui dit héros, dit super-pouvoir et position de force mis en avant, bien que cet aspect soit montré dans des scènes d’actions particulièrement efficace, Del Toro s’intéresse bien plus à leurs blessures internes, leurs incompréhensions et leurs différentes sensibilités. L’empathie qu’il éprouve pour ces personnages devient totalement communicative et fait qu’on s’attache à eux très rapidement. Leurs relations entre-eux deviennent donc extrêmement fortes, que ce soit entre la relation «père-fils» entre le Professeur Trevor «Broom» Bruttenholm (John Hurt) et Hellboy (Ron Perlman) ou encore via le faux triangle amoureux composé de la pyrokinèse Elizabeth «Liz» Sherman (la bien trop rare Selma Blair), le fade John Thaddeus Myers (Rupert Evans) et la grosse brute au cœur tendre Hellboy. Sans oublier le très intelligent personnage de Abraham «Abe» Sapien (Doug Jones) qui incarne une figure de grand-frère, voir même de protecteur, pour Hellboy et Liz.

Côté antagonistes et leurs bestiaires, nous ne sommes pas non plus en reste. D’autant que pour l’occasion Del Toro à, comme avec les reapers de Blade 2, créer un nouveau monstre inédit au comic book, avec un design particulièrement soigné : Samaël, le cerbère de la résurrection. Un démon qui donne du fil à retordre à Hellboy et l’équipe du BPRD (Bureau de Recherche et de Défense sur le Paranormal) qui avait déjà fort à faire avec le trio Grigori Raspoutine (Karel Roden), Ilsa Haupstein (Bridget Hodson) et leur littéralement bras armé Karl Ruprecht Kroenen (Ladislav Beran). Ce dernier étant une mine d’or pour Del Toro qui, une nouvelle fois, exprime à travers lui sa passion pour les mécanisme d’horlogerie, dont il est équipé pour faire fonctionner ses fameux «outils de travail». Mécanisme qu’on peut retrouver à plus grande échelle dans le décor labyrinthique de la séquence finale. Les nombreux décors nombreux d’Hellboy sont d’ailleurs exploités à merveille et donnent l’occasion au metteur en scène de mettre tout son talent en exergue dans la composition de ses cadres qui sont particulièrement graphiques. A titre d’exemple, la résurrection de Raspoutine qui combine à merveille le contraste des tons froids des décors glacés et les tons chaud du sang. Ou encore, l’excellent travail sur les échelles qui accentue la profondeur de champ sur la scène d’entrée de John Thaddeus Myers dans le bâtiment du BPRD et amplifie sa sensation de manque de repère alors qui s’apprête à découvrir le monde du surnaturel. Mais surtout, les séquences picturales apocalyptiques, qui en plus de faire référence à Lovecraft et ses grands anciens, évoquent notamment les grandes peintures italiennes dantesques de la haute-renaissance. Tous ces éléments mis bout à bout font de Hellboy un divertissement certes simple dans ses enjeux, mais qui trouve sa force en étant peu conventionnel et où l’étrange, l’émotion et les quelques doses d’humour se combinent à merveille.


Guillermo Del Toro se focalise sur ses personnages quitte à laisser l’action au second plan, mais n’oublie pas d’emballer l’ensemble avec l’art, la matière et l’émotion en prime. 

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