Incassable

Elijah Price souffre depuis sa naissance d’une forme d’ostéogenèse. S’il reçoit le moindre choc, ses os cassent comme des brindilles. Depuis son enfance, il n’a de cesse d’admirer les super-héros, des personnages qui sont tout l’opposé de lui-même. Propriétaire d’un magasin spécialisé dans les bandes-dessinées, il épluche pendant son temps libre les vieux articles de journaux à la recherche des plus grands désastres qui ont frappé les Etats-Unis. Il se met alors en quête d’éventuels survivants, mais y parvient rarement.
Au même moment, un terrible accident ferroviaire fait 131 morts. Un seul des passagers en sort indemne…

Couronné du succès international et imprévisible de son Sixième Sens (2ème au box-office mondial en 1999, derrière Star Wars : La Menace Fantôme), le réalisateur M. Night Shyamalan, qui n’avait jusque-là réalisé que deux films dramatiques de seconde zone, se voit propulsé comme l’un des nouveaux maîtres du thriller fantastique hollywoodien, séduisant aussi bien le public que la critique. Attendu, très logiquement, au tournant de la confirmation de son potentiel talent, il enchaîne aussitôt avec son nouveau projet, retrouvant sa tête d’affiche du Sixième Sens : Bruce Willis. À ses côtés, l’interprète iconique de John McClane est rejoint par son compère d’Une Journée en EnferSamuel L. JacksonGrand fan de comic book, M. Night Shyamalan fait d’Incassable, un hommage complet aux célèbres bandes dessinées américaine de super-héros.

Initialement prévu pour être construit selon la structure classique, en trois actes, des comics super-héroïque (naissance du super-héros, lutte contre des méchants lambda, affrontement final contre le super-villain), le cinéaste se ravise pour privilégier une autre approche, en se focalisant essentiellement sur la naissance et la construction de son super-héros. Ainsi, Shyamalan réutilise le même schéma scénaristique et la thématique du Sixième Sens, celle de la quête d’identité du héro qui découvre qu’il est quelqu’un d’extraordinaire. Bien qu’on retrouve dans le dernier tiers du film des éléments du deuxième acte classique d’une structure super-héroïque (la lutte contre des méchants lambdas), cela entre pleinement dans le cadre de la recherche de soi du héros. De cette manière, M. Night Shyamalan se réapproprie intelligemment cette construction classique des bandes dessinées américaine de super-héros. Même le choix du nom de son protagoniste, David Dunn (Bruce Willis), est une évidente référence au monde du comic book, et plus précisément aux personnages créés par Stan Lee chez Marvel, avec une initiale identique pour le prénom et du nom comme outil mnémotechnique, tout comme c’était le cas pour Peter Parker alias Spider-Man, Bruce Banner alias Hulk ou encore Matt Murdock alias Daredevil, etc…

Mais Shyamalan va encore plus loin et ne se contente pas que de « simple » références au monde du comic book dans son processus d’écriture, il l’intègre pleinement dans son récit, jusqu’à en faire la pièce maîtresse de son intrigue et de ses multiples rebondissements, ainsi que de ses nombreux personnages. Chacun d’eux ont, in fine, un lien plus ou moins fort et plus ou moins visible avec ces bandes dessinées, de l’antagoniste au protagoniste qui se construisent tout deux sur ce « super-modèle ». Ce qui est également le cas de la famille de David Dunn, notamment au travers du regard du fils, Joseph Dunn (Spencer Treat Clark), sur son père. Ce dernier allant jusqu’à être un acteur complet de la construction de son père en tant que super-héros. Même l’esthétique et la mise-en-scène respirent l’influence des comics. Les plans sur le protagoniste et l’antagoniste sont régulièrement placés entre différents objets comme pour les faire entrer dans des cases. Que ce soit la séquence d’introduction de David Dunn dans le train, qui est composé entre deux fauteuils de passager, au travers de la vue subjective d’une petite fille, tout comme une simple discussion dans un stade entre David Dunn et Elijah Price (Samuel L. Jackson), qui est composée entre deux barreaux de protection. L’esthétique super-héroïque quant a elle se retrouve d’une part dans l’ambiance ténébreuse dont la ville est baignée, qui en devient de ce fait le lieu propice pour que son héros puisse se dissimuler et de se mouvoir sans se faire repérer par ses ennemis, tel le Batman. Mais également, quand David Dunn affronte un des vilains, ses compétences et ses capacités incassables et la dureté de son corps, cela rappelle un autre personnage bien connu de l’écurie Marvel : Luke Cage alias Power Man. On retrouve aussi cet esthétisme dans l’iconisation de David Dunn quand il ressort vainqueur, avec l’aide de deux enfants, en affrontant sa « kryptonite » : l’eau. Le cadre ne laissant entrevoir que ses pieds, le bas de son imperméable se superposant sur ses jambes comme une cape. Ou encore, le temps d’une séquence sur les pouvoir sensoriels de David Dunn, stylisé comme les comics d’antan, faisant ressortir les différents vilains par leur contraste vestimentaire, en opposition à la foule habillée d’une terne homogénéité.

Surtout, au-delà des multiples références, Incassable est avant tout un film sans artifices, qui réussi à être captivant sans avoir recours à des scènes d’action à outrance pour nous maintenir attentif. Shyamalan nous maintient grâce à son talent de conteur exceptionnel et sa direction d’acteur irréprochable, créant des instants de tension épisodique par un soin habilement porté sur l’ambiance, fruit d’une grande maîtrise. Tous ces ingrédients cumulés font d’Incassable son film le plus abouti, et qui a su donner ses lettres de noblesse à tout un pan de la pop-culture, tout en réalisant respectueusement le meilleur film de super-héros de son temps.

RÉALISATION : M. Night Shyamalan
AVEC : Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Robin Wright, Spencer Treat Clark, Charlayne Woodard, Eamonn Walker, Leslie Stefanson…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Thriller, Fantastique
DATE DE SORTIE : 27 décembre 2007
DURÉE : 1h46
BANDE-ANNONCE

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