Insensibles

RÉALISATION : Juan Carlos Medina
AVEC : Alex Brendemühl, Irene Montala, Derek de Lint, Félix Gómez, Tomas Lemarquis, Richard Felix, Juan Diego…
ORIGINE : France, Espagne, Portugal
GENRE : Épouvante, Horreur, Fantastique
DATE DE SORTIE : 10 octobre 2012
DURÉE : 1h45
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : A la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants insensibles à la douleur est interné dans un hôpital au cœur des Pyrénées.
De nos jours, David Martel, brillant neurochirurgien, doit retrouver ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Dans cette quête vitale, il va ranimer les fantômes de son pays et se confronter au funeste destin des enfants insensibles.

Les fleurs du mal

Bien que le cinéma de genre ibérique ait connu son âge d’or vers le milieu des années 90 et la première moitié des années 2000, avec des réalisateurs comme Jaume Balaguero, Alex de la Iglesia, Alejandro Amenabar, celui-ci est loin d’être mort peu après cette décennie de gloire, bien que certaines critiques tendent à nous faire croire le contraire. Même si on peut constater une fâcheuse tendance à recycler des histoires souvent similaires, il arrive parfois que certains réalisateurs arrivent à se servir de ce modèle pour mieux s’en extirper par la suite. Insensibles, premier film de Juan Carlos Medina, en est un des meilleurs exemples. Alors que son origine soit ancrée dans la terrible histoire franquiste espagnole, et en mettant en scène des enfants, le jeune réalisateur s’aventure sur des territoires différents, à la croisée des genres.

Dès l’idée de départ, conforté par la séquence d’introduction, Juan Carlos Medina joue essentiellement sur le terrain de l’émotif et de l’onirisme, plutôt que sur l’horreur frontal. L’utilisation de la suggestion étant bien plus puissante pour nous faire ressentir la non douleur des personnages plutôt que de montrer des effets gores. Bien qu’on se pose la question sur l’origine de cette incroyable «faculté» que possèdent ces enfants, le réalisateur ne s’en sert uniquement que comme simple outil scénaristique pour amener son histoire bien plus loin, entre présent et passé. De ce fait, la narration est volontairement fragmentée en une suite d’allers-retours temporels qui tend à déstructurer le récit, mais qui en réalité sert à distribuer les différentes informations aux compte-gouttes, et où le spectateur prend part à l’enquête de David Martel (Alex Brendemühl) sur ses propres origines. Là où bons nombres de films actuels tend à tout nous expliquer en nous prenant par la main, Juan Carlos Medina a l’intelligence de nous laisser faire la démarche de façon naturelle.

Malgré un sujet plutôt scientiste, Juan Carlos Medina fait d’Insensibles une oeuvre inscrit dans la poésie macabre Baudelairienne. L’exemple le plus flagrant étant le thème de la souffrance. Chez Baudelaire la souffrance est un signe de bénédiction, foncièrement chrétien, de ce fait dans Insensibles certains membres du personnel médical de l’hôpital considèrent les enfants comme des démons, dans leurs pratiques de mutilation auquel ils ne ressentent aucune douleur. Alors que pour ces enfants, les mutilations sont aussi bien un jeu, qu’une découverte de leurs propres corps. La poésie du film se retrouve aussi dans les choix de mise en scène de Juan Carlos Medina. Le réalisateur tend souvent à magnifier la différence ou l’horreur, non pas dans une approche malsaine, mais plutôt par bienveillance de l’innocence. Jamais il ne fait de ces personnages insensibles, des monstres. Il les dépeints toujours comme des êtres fragiles, voir influençables. Quand ceux-ci commettent des souffrances aux autres, c’est en majeure partie soit par l’influence de personnages extérieures néfastes (l’armée franquiste), soit en cas de légitimes défenses. Avec ce premier film, Juan Carlos Medina met, une nouvelle fois, l’Espagne franquiste KO.


Dès son premier film, Juan Carlos Medina frappe un grand coup avec un film aux allures de poésie macabre qui tranche à vif le passé franquiste de l’Espagne, dont la cicatrice n’est pas prêt de se refermer.

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