It Follows

Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et  l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…

Fraîchement primé au Festival de Gérardmer après un tour du monde des festivals, le film débarque en salle avec une certaine hype qui lui colle à la bobine. Hype et cinéma de genre contemporain font pourtant rarement bon ménage, au vu des nombreux métrages de la dernière grosse décennie, qui ne fonctionnent qu’à grand coup de jump scare facile et effet gorasse à la torture porn pour émoustiller l’ado pré-pubère en mal de sensation forte. Difficile pour les fans de cinéma d’horreur et d’épouvante bercés à l’ambiance et l’ingéniosité des grands films de genre des années 70-80 d’y trouver leurs comptes aujourd’hui. A tel point que l’on passe pour des vieux cons aigris auprès de la nouvelle génération, ce qui n’est pas si mal après tout. Mais quand est-il de ce fameux It Follows ?

Le pitch de base est assez simple mais peut y cacher un potentiel concept intéressant. Potentiel confirmé par une intro qui pose les bases d’une menace invisible mais pourtant bien réelle. C’est dans cette même intro que le réalisateur installe une ambiance plus travaillée qu’à l’accoutumée des films de genre actuels : long travelling angoissant et grand panoramique circulaire déstabilisant, pour ne citer qu’eux. Un grand travail de mise en scène très appréciable qui permet de se démarquer aisément du cinéma d’horreur consommable. L’esthétique globale est sans commune mesure le point fort de ce métrage, le travail photographique terne se fait d’ailleurs le reflet d’une ville vieillissante à l’agonie, suite à la crise. L’ambiance termine de s’installer grâce à la musique électronique seventies (merci Disasterpeace) digne d’un film de Carpenter de la grande époque.

Carpenter est clairement une référence indéniable de ce métrage, la plupart des plans et le choix des décors respirent le cinéma du Big John d’antan, Halloween étant l’exemple le plus flagrant. On sent le grand amour pour ce cinéma d’antan de la part David Robert Mitchell à chaque minute qui défile. Cet amour en fait une force pour nous séduire grâce à la nostalgie que nous avons de ces films, mais cela en fait aussi une de ses grandes faiblesses. Car le réalisateur et scénariste reste tellement et constamment figé dans sa note d’intention ultra référencée qu’il en perd toute identité propre jusqu’à en oublier l’essentiel, qui était cher à Alfred Hitchcock : le scénario. Car celui-ci sonne creux à tel point que l’on se perd à s’amuser à trouver toutes les références présentes dans le métrage pour ne pas sombrer dans notre propre menace invisible : l’ennui. Parmi les références on peut citer pêle-mêle : La Féline, Shining, Twin Peaks, Ring et même un mix de cinéma croisé entre Sofia Coppola et Gus Van Sant. L’interprétation passive et lancinante des protagonistes n’aidant pas à se déjouer de l’ennui toujours grandissant.

Le scénario est tellement mis de côté que l’aspect très sexué, qui est pourtant le point central de l’histoire, oscille entre puritanisme maladroit (le sexe c’est mal m’voyez) et sexisme conscient ou inconscient (ah le syndrome de la petite culotte et du queuetard), le spectateur le plus exigeant pourra même y voir une mauvaise pub de prévention pour lutter contre les MST (ici c’est plutôt la Menace Sexuellement Transmissible). Erreur de jeunesse fort dommageable, alors qu’il y avait pourtant matière à construction et à réflexion. Au lieu d’exploiter sa menace qui est pourtant le cœur du récit, David Robert Mitchell se cantonne à jouer avec des cadres, certes astucieux, pour y faire apparaitre sa menace en arrière-plan de façon si prévisible qu’elle en devient habituelle et inoffensive pour le spectateur. David Robert Mitchell reste néanmoins un réalisateur plein de promesses et de potentiel (d’où la note nuancée) tant il sait composer ses plans avec habileté et possède un amour pour l’ambiance. Dorénavant, il lui faudra laisser la plume à quelqu’un d’autre que lui au risque de passer de l’ennui à l’oubli. Sans être un mauvais film, It Follows se perd en sacrifiant le sacro-saint scénario au dépend d’une référence filmique trop marquée. Un réalisateur à surveiller tout de même pour son goût de la mise en scène et de l’image.

RÉALISATION : David Robert Mitchell
AVEC : Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto, Jake Weary, Linda Boston, Olivia Luccardi, Lili Sepe…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : 4 février 2015
DURÉE : 1h40
BANDE-ANNONCE

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