Kong : Skull Island

RÉALISATION : Jordan Vogt-Roberts
AVEC : Tom Hiddleston, Samuel L. Jackson, Brie Larson, John C. Reilly, John Goodman, Corey Hawkins, John Ortiz…
ORIGINE : États-Unis, Vietnam
GENRE : Aventure, Fantastique, Action
DATE DE SORTIE : 8 mars 2017
DURÉE : 1h58
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Un groupe d’explorateurs plus différents les uns que les autres s’aventurent au cœur d’une île inconnue du Pacifique, aussi belle que dangereuse. Ils ne savent pas encore qu’ils viennent de pénétrer sur le territoire de Kong…

Kong’N’Roll

Depuis 2014, et le Godzilla de Gareth Edwards, le MonsterVerse est lancé. Après le grand retour du roi des monstres, c’est maintenant au tour du roi des singes, Kong, de subir un sérieux lifting. Le point d’orgue de ce MonsterVerse étant programmé en 2020 avec l’affrontement entre le kaijū eiga japonais et le célèbre monstre du cinéma américain. Bien symbolisé d’ailleurs par la scène d’introduction de Kong : Skull Island, où un GI américain affronte un soldat japonais lors de la seconde guerre mondiale. Même si le remake de Godzilla était très proche de celui d’origine, dans l’approche et ses thèmes en toile de fond, ce n’est pas du tout le cas de Kong : Skull Island. Exit les années 30 et le final dans le rues de New York, place aux années 70, à la fin de la guerre du Vietnam, et aux classiques de la musique rock’n’roll.

Venu tout droit du cinéma indépendant, Jordan Vogt-Roberts à la tache difficile de réaliser une relecture totale du mythe et donc de s’affranchir du film culte de 1933. Kong : Skull Island est à la fois un pari fou, en osant proposer quelque chose de différent de l’histoire originel, mais aussi un vrai défi créatif, pour exactement la même raison. Dès les premières minutes, Kong dévoile sa principale qualité : la beauté de ses images et de ses effets spéciaux. Un visuel fort, dont chaque image imprègne notre rétine. D’une part, par une photographie particulièrement soignée, référence à un tout un pan du cinéma sur le guerre du Vietnam, Apocalypse Now, Platoon ou encore Full Metal Jacket. Et d’autre part, par une composition des cadres habillement choisis, hormis un surdosage de ralenti par moment. Le tout proposant des plans iconiques, mettant souvent en valeur Kong, dans toute sa splendeur et sa force, sans compter le nombre de money-shot. Jordan Vogt-Roberts ne fait pas que revisiter la grammaire de ces films de guerres. Il s’inspire également de films plus contemporains, l’exemple le plus flagrant étant Mad Max : Fury Road, visible dans la séquence de la tempête qui entoure l’île du Crâne et esthétiquement proche de la tempête du désert dans le film de George Miller. Bien que les scènes de combat entre Kong et le vaste bestiaire de l’île renvoie inévitablement à toute l’histoire des films de kaijū eiga, la mise en scène et son découpage fait nettement plus référence à Pacific Rim de Guillermo Del Toro. Pour enfoncer le clou du spectacle, le design sonore n’est pas reste, faisant perdre nos repères auditifs pour mieux rechercher ou sentir la menace de la faune, car elle n’est pas toujours visible à l’écran, voir masqué par la flore. Pour couronner le tout, Kong : Skull Island possède une BO du tonnerre, en plus de la musique composée par Henry Jackman, à base de classique du rock des années 70 (Jefferson Airplane, Black Sabbath, David Bowie, The Stooges, etc…).

Bien qu’axé majoritairement sur le spectaculaire, Kong : Skull Island possède un fond en plus de sa remarquable forme. En tout cas quand on cherche à creuser au delà l’apparat visuel, quoiqu’en disent certaines presses. Certes, ce fond est très peu présent sur la totalité du métrage, mais elle saute relativement aux yeux ou aux oreilles. Jordan Vogt-Roberts en profite pour critiquer la politique interventionniste des États-Unis, se créant eux même leurs ennemis, que ce soit au détour de répliques entre certains personnages ou lorsque que l’armée largue des bombes au napalm sur l’île, sans réfléchir. En plus de cela, Kong : Skull Island prolonge la dimension écologique, mais dans une moindre mesure, amorcé par Godzilla dans ce MonsterVerse. Après la menace nucléaire traité dans le film sur le roi des monstres, il est question ici d’une critique sur la perturbation d’un écosystème, quand on souhaite éradiquer un prédateur et sur les conséquences que cela peut provoquer.

Le principal bémol de Kong : Skull Island, bien que clairement assumé par son auteur, c’est l’humour qui est bien trop présent. Que ce soit via le personnage de Hank Marlow (John C. Reilly) ou pour tourner en dérision l’armée américaine, voir le président Nixon lui même, Jordan Vogt-Roberts repose trop souvent son film sur cet artifice, là ou Godzilla était plus sérieux. Même si celle-ci est crédible la plupart du temps, cela provoque une rupture de ton entre les deux films qui perturbent quelque peu la cohérence du MonsterVerse. On peut également reprocher au film de ne pas vraiment s’attarder suffisamment sur ses personnages, hormis les principaux, la plupart étant relégué à de la vulgaire chair à canon. En revanche, la connexion avec Godzilla (et donc du MonsterVerse) passe la vitesse supérieur, notamment sur la fameuse société Monarch qui est bien plus présente et possède un impact indéniable sur l’histoire, là ou elle faisait bien plus de figuration dans le film de Gareth Edwards. La connexion étant totale lors d’une scène post-générique, teasant de façon jouissive le futur Godzilla : King of Monsters prévu pour mars 2019 et réalisé par Michael Dougherty (Trick ‘r Treat, Krampus). En tout cas, on a hâte de voir la suite !


Bien qu’inférieur à Godzilla, Kong : Skull Island, est un vrai plaisir de spectateur. Jordan Vogt-Roberts fait preuve d’une générosité folle dans sa mise en scène, proposant un film très spectaculaire. Kong reste donc toujours le roi des singes, reste à savoir s’il a la capacité de devenir le roi des monstres face à Godzilla. Mais pour ça, il a encore besoin de grandir !

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