Le Rituel

Un groupe d’amis se réunit pour une randonnée en forêt, mais une présence menaçante s’y cache et les suis…

Plus le temps passe, plus les productions Netflix ne cessent de nous épater. Là où les circuits classiques mettent régulièrement des bâtons dans les roues de leurs auteurs, quand ils leurs offrent un peu de chance d’exister, la plateforme semble quant à elle continuer de faire le chemin inverse. Certes cela ne les empêche pas de faire des erreurs (on a encore en travers de la gorge l’annulation de Sense 8) ou de produire quelques bouses : l’adaptation live de Death Note. Mais grâce à eux, quelques pépites n’auraient certainement pas vu le jour sous la forme que l’on connait, Okja étant probablement le meilleur exemple. Premier long-métrage en solo du réalisateur David Bruckner, habitué aux films à segments comme The SignalV/H/S ou encore Southbound (qu’on avait vu aux Hallucinations Collectives de 2016), Le Rituel est l’un des derniers arrivés. Préparez vos bonnes chaussures et votre équipement, le chemin s’annonce semée d’embûches dans les forêts suédoises…

Adaptation du livre éponyme d’Adam Nevill, Le Rituel sort des sentiers battus des DTV habituels pour proposer un film à l’ambiance savoureusement mystérieuse. Au vu du titre et de son décor principal (une forêt), on était en droit de s’attendre à une histoire proche de celle du Projet Blair Witch, sans l’approche documentaire typique de la mode du found footage. Fort heureusement, ce n’est que très peu le cas. Certes les parallèles entre les deux films existent, mais ils sont assez minimes. Les sources d’inspirations étant différentes d’un film à l’autre. Après une introduction plus urbaine et dramatique, les quatre protagonistes partent une année plus tard en randonnée suédoise pour évacuer leur traumatisme commun, dans une démarche commémorative. Très rapidement, cette séance de trekking va connaître un chamboulement qui va déstabiliser leur plan de départ et les obliger à prendre un autre chemin pour retrouver leur logis, à travers une forêt loin d’être amicale. Après une nuit extrêmement déstabilisante, dans une cabane aux allures lugubres, leur fraternité commence à s’effriter peu à peu. L’amitié se confrontant aux non-dits et à la culpabilisation. Au fur et à mesure du récit et alors que les personnages s’aventurent au cœur de cette obscure forêt, ces derniers sont épiées par une menace empreint de mysticisme qui leur joue des tours particulièrement fantasmagoriques. Le recueillement se transforme ainsi en un survival sylvestre. Le terrain forestier naturel et quelques ajouts de décors spécialement dérangeant apportent à cette aura ambiante quelques instants plutôt angoissants, et ce sans avoir recours au parasite cinématographique qu’est le jump-scare. Pour parachever son approche, le metteur en scène américain joue subtilement avec l’indicible, avant de dévoiler totalement sa menace folklorique (au design et aux capacités psychiques lovecraftiennes) dans une conclusion a l’antipode du Village de M. Night Shyamalan.

David Bruckner, au travers de cette histoire fantastico-mystique, livre une copie de très bonne facture sur les sentiers de la rédemption, où la désorientation de ces personnages peut mener à la mort au détour d’un chemin périlleux. Le récit est quant à lui porté par un casting convaincant, sublimé par la très belle photographie de Andrew Shulkind, bonifié par des effets spéciaux originaux qui ont bien mérités leur prix aux British Independent Film Awards. Filmé avec une sobriété très efficace, David Bruckner signe un premier film en solo qui privilégie l’ambiance au sensationnel, ce qui est rare dans le cinéma de genre moderne. Maintenant, vous y réfléchirez à deux fois avant d’envisager un trekking en Suède. Bref, une pépite de plus à mettre au crédit de Netflix, les producteurs et diffuseurs classiques peuvent en prendre de la graine.

RÉALISATION : David Bruckner
AVEC : Rafe Spall, Rob James-Collier, Arsher Ali, Sam Troughton, Paul Reid, Kerri McLean, Jacob James Beswick…
ORIGINE : Royaume-Uni
GENRE : Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : 9 février 2018
DURÉE : 1h34
BANDE-ANNONCE

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