Quelques minutes après minuit

Le merveilleux est certainement le cocon idéal pour se cacher et se rassurer d’un monde ou d’un quotidien douloureux. Cet endroit feutré où l’imaginaire est une source de réconfort intarissable. Un sujet rarement traité au cinéma, mais qui à chaque fois, produit une empathie profonde pour ses spectateurs et un affect immédiat. A titre d’exemple, on pourrait citer L’Histoire sans fin de Wolfgang Petersen, ou plus récemment Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro. C’est d’ailleurs de ce dernier que l’on retrouve le plus de similitude avec Quelques minutes après minuit. La relation de Conor et le Monstre étant très proche de celle d’Ofelia et Pan. Une ressemblance qui se retrouve également dans le cheminement du personnage principal. Celui d’un parcours initiatique, dont le but ultime est de surmonter des épreuves difficiles et ses propres peurs, mais surtout celui de grandir et de mûrir.

Avec Quelques minutes après minuit, le réalisateur Juan Antonio Bayona explore à nouveau un thème qui lui est cher celui la relation mère/fils. Thème qui était déjà au cœur de son premier long-métrage fantastique L’Orphelinat. Il est clair que l’on peut voir entre ces deux films de Bayona un effet miroir, celui d’un reflet inversé. Là où son premier film se focalisait sur le point de vue de Laura pour sauver son fils disparu, ici, le réalisateur espagnol adopte le point de vue de Connor qui se refuse d’être séparé de sa mère. Dans L’OrphelinatLaura fait tout son possible pour réussir à sauver son fils, quitte à se mettre en danger. Alors que dans Quelques minutes après minuitConor se renferme, perd le contrôle de lui même dans des accès de colère, et occulte la réalité en se mentant à lui même.

Afin de porter sur les épaules une histoire aussi émouvante, Juan Antonio Bayona a fait appel à un casting de haute qualité, proposant une partition remarquable : Sigourney WeaverFelicity JonesLiam Neeson et le jeune Lewis MacDougall qui fait figure d’un grand espoir dans son premier grand rôle. La réalisation se focalise essentiellement sur les interprètes, véhiculant une forme de tendresse poétique, plutôt que spectaculaire. Afin de servir son propos, Juan Antonio Bayona utilise des allégories sous forme de plusieurs contes dont la magie de l’animation rend hommage aux plus belles aquarelles. Bayona, en faisant de ses personnages des artistes, en herbe ou non, délivre le message que le dessin (ou la création artistique en général) est le meilleur exutoire et la meilleure forme d’expression pour canaliser ses émotions.

Malgré une issue prévisible, Quelques minutes après minuit, est une œuvre puissante où l’émotion et l’empathie résonne en nous comme étant le fruit de nos propres peurs et angoisses, quant à l’épreuve de la maladie et de la mort d’un être cher. De plus, cette histoire qui nous est comptée est une profonde source de réconfort pour surmonter l’inévitable et fera de Quelques minutes après minuit, le propre «monstre» dont aura besoin au moment opportun. Juan Antonio Bayona dessine, par la puissance de l’imaginaire et du merveilleux, un fantastique conte qui se met au service des plus dures étapes de la vie. Sublime, émouvant et douloureux à la fois.

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Synopsis : Conor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant là qu’il va apprendre le courage, la valeur du chagrin et surtout affronter la vérité…

RÉALISATION : Juan Antonio Bayona
AVEC : Lewis MacDougall, Sigourney Weaver, Felicity Jones, Toby Kebbell, Liam Neeson, James Melville, Dominic Boyle…
ORIGINE : États-Unis, Espagne, Canada, Royaume-Uni
GENRE : Fantastique, Drame
DATE DE SORTIE : 4 janvier 2017
DURÉE : 1h48

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