Star Wars : Les Derniers Jedi

Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

Après deux ans d’attente, la suite de l’excellent Réveil de la Force vient enfin de sortir sur les écrans. Bien que l’épisode 7, n’ait pas contenté tous les fans de Star Wars, certains puristes qualifiant celui-ci, à tord, de remake d’Un Nouvel Espoir. Même si, celui-ci reprenait les codes de la trilogie originelle (et non d’un seul épisode), il amorçait déjà le virage complet qu’entreprend Rian Johnson dans Les Derniers Jedi. Car le réalisateur du très bon Looper, vient mettre son grain de sel en bouleversant la mythologie Star Wars et en nous éjectant de notre zone de confort, quitte à laisser les fans, les plus réactionnaires, sur la touche. Un bon coup de balais, en plus d’être nécessaire pour renouveler la saga, qui fait énormément de bien.

A l’instar de L’Empire Contre-Attaque ou du spin-off Rogue One, le ton des Derniers Jedi est résolument plus sombre. Tout comme dans Rogue One, la vision manichéenne de la trilogie originelle de Star Wars n’est plus. Tout y est gris ou en tout cas nettement plus nuancé. Les deux camps (le Premier Ordre et la Résistance) font des choix qu’ils payent tous très cher, soit par excès de confiance, soit par désespoir, jusqu’au sacrifice. C’est d’ailleurs pour cette raison que sur la timeline officielle de Star Wars, Rogue One et Les Derniers Jedi sont connectés, en plus d’un détail de l’intrigue qui fait lien entre les deux films. Autre point commun, les deux métrages partagent des visions communes sur notre monde contemporain, mais sur des aspects différents. Rogue One faisait un parallèle avec les conflits actuels et ses dommages collatéraux, là ou Les Derniers Jedi montrent très succinctement que les puissants profitent de ces mêmes conflits pour servir leurs propres intérêts financiers via la vente d’arme. On peut en revanche reprocher que ce propos ne soit pas plus étoffé, ce qui aurait permis de faire une critique du capitalisme qui aurait été intéressante. Mais il ne faut pas se le cacher, cela n’est nullement l’intérêt du studio. Bien que le ton du film soit majoritairement sombre, Les Derniers Jedi, comme à l’habitude de la saga, utilise l’humour pour détendre l’atmosphère. Malheureusement, cela n’est pas toujours à bon escient. Bien que quelques tentatives fassent sourire (voir rire) en faisant mouche, d’autres jouent dans la surenchère, dont une particulièrement gênante en fin de métrage. Fort heureusement, l’humour est loin d’être omniprésent ce qui fait passer ses quelques erreurs comme de vagues essais ratés, qui n’impacte peu les nombreuses bonnes idées présentes.

Car c’est bien dans la mise en scène et sa direction artistique que Rian Johnson vient faire oublier les quelques défauts d’écritures ou de rythmes. L’intrigue du casino de Canto Bight est d’ailleurs celle qui souffre le plus de ce constat, relayant au rang de second couteau ou d’outil scénaristique le personnage de Finn (John Boyega) et les nouveaux venus Rose (Kelly Marie Tran) et DJ (Benicio Del Toro). Que ce soit la scène d’introduction avec sa bataille spatiale très impressionnante (la seule séquence ou la 3D joue bien son rôle), l’intégralité du climax final sur la planète-minérale Crait (avec l’une des meilleurs trouvailles graphiques de la saga), ou encore le temps d’un plan inattendu ou le silence prédomine aussi bien à l’écran qu’en tant que spectateur (instant le plus marquant du film) ; Rian Johnson, prouve encore une fois, qu’il est un cinéaste déjà accompli, et n’est pas là pour faire de la figuration et impose son point de vue d’auteur et de metteur en scène. Preuve en est, une scène pourtant anodine où il joue aussi bien avec les codes de la saga, qu’avec les échelles. Même si l’on a pointé du doigt les quelques défauts d’écriture, qui font parfois office de remplissage, Rian Johnson fait un excellent travail sur l’écriture des personnages au premier plan des Derniers Jedi. Poe Dameron (Oscar Isaac), laissé en arrière plan dans Le Réveil de la Force, est cette fois l’un des protagonistes les plus importants. D’autant que c’est probablement le personnage qui évolue le plus dans ce métrage, subissant le changement radical de ton du métrage ainsi que les éléments déclencheurs d’intrigues, il se remet en question à nombreuses reprises pour mieux rebondir ensuite et devenir l’un des personnages majeurs qu’il est supposé être. Déjà important dans Le Réveil de la Force, les personnages de Kylo Ren (Adam Driver) et Rey (Daisy Ridley) franchissent ici un nouveau palier, en devenant les protagonistes du renouveau de la saga et de ses innovations. Ils deviennent ainsi les icônes de la mutation de cette nouvelle galaxie Star Wars. Parlons-en des icônes, car si Han Solo (Harrison Ford) a eu son heure de gloire en étant un des personnages centraux du Réveil de la Force, cette fois c’est au tour de Luke Skywalker (Mark Hamill) d’être au centre de l’intrigue principal. Et là encore, Rian Johnson nous a réservé de nombreuses surprises, quitte à déchaîner les foudres du côté obscur des puristes. Mark Hamill profitant de l’occasion qui lui est donné pour offrir une bien meilleurs prestation que Harrison Ford dans Le Réveil de la Force. En revanche, concernant Leia on ne peut pas s’empêcher d’être triste quant au destin tragique de Carrie Fisher. Bien que cet épisode VIII, lui réserve une surprise de taille, son personnage est volontairement laissé en arrière plan. D’une part, pour permettre à l’Amiral Holdo (Laura Dern), d’être mis sur le devant de la scène dont la grande douceur apparente cache un personnage rempli de détermination, montrant que la force d’un personnage féminin peut se trouver autrement que par sa prestance physique mais aussi par sa volonté. D’autre part Leia devait avoir, à son tour, l’épisode IX qui lui était dédié. Malheureusement, la vie réel en a voulu autrement, et son personnage n’aura pas l’adieu qu’elle méritait.

Bien décidé à marquer à tout jamais la saga de sa propre vision d’auteur-réalisateur, Rian Johnson prend à contre-pied nos attentes et plusieurs théories avec une grande désinvolture. Là ou le Réveil de la Force proposait une vision nostalgique de la trilogie originelle, Rian Johnson fait tout le contraire, en livrant une copie complètement anti-nostalgique, à l’inverse de la plupart des grosses productions actuelles. On pourrait d’ailleurs qualifier cette épisode 8 de film méta, car il interroge notre propre position de fans et notre rapport aux sacrés que sont les trois premiers Star Wars ainsi que notre idolâtrie pour leurs personnages iconiques. Une des répliques de Kylo Ren, que l’on voyait déjà dans la dernière bande-annonce, va clairement dans ce sens : « Laisse mourir le passé, tue-le s’il faut ». On le sait, les fans de Star Wars que nous sommes tous pour la plupart, sont difficiles à satisfaire. On accepte difficilement le changement : la prélogie (pour le meilleur et pour le pire) et Les Derniers Jedi et qu’on ravive la nostalgie (Le Réveil de la Force), ce qui est assez paradoxal, tout en étant incohérent. Mais cette fois, Rian Johnson à fait le ménage, celui dont on avait besoin en apportant de la nouveauté. Même si cela peut paraître difficile à accepter au début, avec le recul, la direction prise par Rian Johnson était plus que nécessaire et nous devrions l’en remercier. Les Derniers Jedi est la pierre angulaire du renouveau de Star Wars. Bien que décrié par les puristes qui ont cédés au côté obscur de la trilogie originelle, la vision de Rian Johnson vient perturber toutes nos attentes pour amener Star Wars dans une nouvelle direction inattendue. Bien qu’il ne soit pas exempt de tout reproche, Les Derniers Jedi est un bon film et un bon Star Wars. Il est même fort probable qu’une fois cette nouvelle trilogie terminé, il en soit bonifié et qu’il gagne même son statut de film culte avec le temps. L’avenir nous le dira.

RÉALISATION : Rian Johnson
AVEC : Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver, Mark Hamill, Carrie Fisher, Kelly Marie Tran…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Action, Science-fiction
DATE DE SORTIE : 13 décembre 2017
DURÉE : 2h32
BANDE-ANNONCE

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