The Love Witch

RÉALISATION : Anna Biller
AVEC : Samantha Robinson, Elle Evans, Jeffrey Vincent Parise, Robert Michael Anderson, Laura Waddell, Gian Keys, Jared Sanford…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Comédie, Horreur, Érotique
DATE DE SORTIE : Inconnue
DURÉE : 2h00
BANDE-ANNONCE
SYNOPSISElaine, une jeune et belle sorcière, est déterminée à trouver l’homme de sa vie. À l’aide de potions et de formules magiques, elle attire de nombreux hommes… Mais elle semble les rendre tous malheureux.

Ma sorcière bien aimée

Après dix ans d’absence, The Love Witch est le deuxième long-métrage de la réalisatrice Anna Biller (Viva). Une véritable artiste couteau-suisse quant on voit le travail incommensurable qu’elle a réalisé pour ce film : scénariste, réalisatrice, productrice, compositrice, monteuse, directrice artistique, chef décoratrice, chef costumière, accessoiriste. Un travail titanesque pour faire de The Love Witch, une œuvre purement esthétique, qui en fait sans conteste la première qualité apparente. On baigne réellement dans une atmosphère sixties via des sublimes décors victoriens et des costumes d’époques. Mais Anna Biller ne s’arrête pas là et pousse son vice encore plus loin en tournant en pellicule 35mm et en ressuscitant la technologie du Technicolor. Un travail hors norme dont le rendu est absolument bluffant.

Avec The Love Witch, Anna Biller rend un hommage brillant à tout un pan de l’histoire du cinéma, aussi bien dans l’intrigue et la narration que dans la composition des plans. La nostalgie d’une époque de la cinéphilie est ressuscitée avec brio, agrémentée de références nombreuses. Les plus flagrants étant Pas de printemps pour Marnie d’Alfred Hitchcock pour la narration et Le Venin de la Peur de Lucio Fulci pour les décors et les costumes. De ces films, Anna Biller en ingurgite l’essence, les digèrent pour se les approprier et servir son propos. Tous les codes sont repris afin de servir le message de l’autrice dont le fond est profondément féministe. Tous les clichés sur les femmes véhiculés dans de nombreux films sont ici détournés pour en dénoncer le patriarcat. Anna Biller va même jusqu’à caricaturer ses personnages masculins, accentué par l’acting à l’ancienne, en les enfermant dans un carcan volontairement machiste pour les rendre absurde. Rendant par la même occasion la misogynie de nos chers contemporains tout aussi absurde.

De ce fait, The Love Witch pointe du doigt la difficulté des relations sentimentales dans cette même société patriarcale. Le personnage d’Elaine (Samantha Robinson) éprouve des difficultés à trouver l’amour. Étant sorcière, elle utilise ce pouvoir afin de façonner son partenaire idéal par la magie, dont la plupart ne voit qu’en elle un objet de fantasme sexuel et de grande beauté. Malheureusement, cela provoque des dommages collatéraux que ce soit pour ces partenaires, son entourage mais surtout elle-même. Une conclusion fataliste en somme car rien ne fonctionne pour elle, malgré tout ses efforts pour être aimé à sa juste valeur. Et ce bien au delà de la beauté, à savoir être aimée en tant que personne intelligente dotée d’une grande personnalité. Même si l’action du film se passe dans une illusion des années 60, Anna Biller souhaite montrer par là que, même aujourd’hui, rien n’a changé. L’attirance physique domine toujours plutôt que l’attirance pour la personnalité intérieure. Triste constat !

Deux heures durant, Anna Biller joue avec une aisance déconcertante avec le ton de The Love Witch. Un équilibre fragile savamment dosé entre le propos sérieux et un humour caustique, sans jamais tomber dans la moquerie facile. Là où bon nombre aurait miser la carte de la parodie, la réalisatrice préfère jouer de l’ironie pour ne pas perdre ses spectateurs dans une vulgaire farce potache. Malgré tout, on peut reprocher de nombreuses longueurs dans la narration, notamment dans la dernière demi-heure du métrage où notre attention est mise à rude épreuve. A l’image de la séquence de la communauté de sorciers, qui s’amuse dans une reconstitution d’une fête médiévale qui est particulièrement embarrassante en plus d’alourdir inutilement ou presque le dernier acte.


The Love Witch est une curiosité filmique dont la teneur du propos et son esthétique en fait une pièce à part dans le paysage cinématographique à la fois méta et une critique de notre société moderne qui privilégie l’attirance physique plutôt qu’à la personne même.

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