Verónica

RÉALISATION : Paco Plaza
AVEC : Sandra Escacena, Bruna González, Claudia Placer, Iván Chavero, Consuelo Trujillo, Ana Torrent, Ángela Fabián…
ORIGINE : Espagne
GENRE : Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : 24 janvier 2018
DURÉE : 1h45
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : À Madrid, après avoir participé à une séance de spiritisme avec ses amies, une jeune fille est assaillie par des créatures surnaturelles qui menacent de s’en prendre à sa famille.
Le seul cas d’activité paranormale officiellement reconnu par la police espagnole.

L’ombre de la bête

Le cinéma d’horreur ibérique a connu dans son histoire deux périodes aussi prolifiques que qualitatives. La première est située entre la fin des années 60 jusqu’à la fin des années 70 avec des cinéastes comme Jorge Grau (Le Massacre des Morts-Vivants), Narciso Ibañez Serrador (Les Révoltés de l’An 2000), Jess Franco (L’Horrible Docteur Orloff) ou encore Juan Luis Buñuel (Léonor). La deuxième vague a eu lieu plus récemment, des années 90 à la moitié des années 2000, avec notamment Álex de la Iglesia (Le Jour de la Bête), Alejandro Amenábar (Les Autres),  Jaume Balagueró (La Secte sans nom) ou encore Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat). Mais depuis cette période faste, le cinéma de genre espagnole est sur le déclin avec peu d’oeuvre forte ou vraiment marquante, hormis en 2012 avec Insensibles de Juan Carlos MedinaVerónica, dernier film du co-réalisateur de la saga REC : Paco Plaza, ne vient pas inverser ce constat et ne fait que confirmer le mauvais état de forme du cinéma d’horreur hispanique.

Pourtant Verónica démarre sous les meilleurs auspices en commençant par la fin de l’histoire, sans trop en dévoiler. Solution de facilité diront certains, mais qui a le mérite d’attiser notre curiosité tout en nous immergeant dans l’ambiance du film. Malgré le côté tape à l’œil bien trop appuyé, le film explique plusieurs fois dès le début que l’histoire est tirée de faits réels. Un effet de mode relancé par les Conjuring de James Wan et qui font les fruits de tout un pan de la production horrifique bon marché outre-atlantique. A l’image de ces nombreux films, Verónica ne propose pas grand chose de plus que les poncifs et les clichés du genre, tout en déviant aussi rapidement des faits réels. Verónica s’inspire en réalité très peu de l’affaire Vallecas, bien que quelques références soit distillés ça et là. Mais ce qui fait principalement défaut à Verónica c’est l’absence total d’équilibre entre l’aspect épouvante et le registre horrifique. Une mauvaise gestion qui impactait déjà REC 3 Génesis. Mais que Paco Plaza avait contre-balancé par une touche humoristique volontairement second degré, qui faisait de ce troisième chapitre un OVNI divertissant, si on se laissait un tant soit peu séduire par ce changement radical de ton dans la franchise. Dans le cas présent, toute tentative d’installation d’une ambiance propice à l’effroi est quasi systématiquement sabordé par le scénariste-réalisateur, qui éprouve le besoin de montrer «le monstre» plutôt que de jouer sur l’indicible, supprimant ainsi toute la démarche immersive amorcée. Un choix qu’il espère justifier dans son climax en tentant vainement de nous tromper dans le sempiternel fléau qu’est la surenchère d’explication… Toutes les séquences du métrage étant basé sur ce même schéma à répétition, la lassitude vient très rapidement combler le vide laissé par l’absence de peur. Bien que certains aspects des registres de l’épouvante et de l’horreur fonctionne assez bien. Les meilleurs exemples étant les ombres de l’entité sur les murs ou encore la présence dérangeante et potentiellement incestueuse du défunt père nu de Verónica (Sandra Escacena) qui se termine dans le lit de la jeune fille qui est assailli par des mains démoniaques. Une scène fortement inspiré de Jusqu’en Enfer de Sam Raimi. D’ailleurs, tout porte à croire que Paco Plaza est un fan du fameux réalisateur au vu de cette scène et des nombreuses références, sur le fond comme sur la forme, à la saga Evil Dead présent dans REC 3 Génesis.

En revanche, ce que Paco Plaza ne réussi pas dans le registre de l’horreur, il le gère plus facilement dans l’aspect dramatique et dans le quotidien de cette famille monoparentale, dont la mère est quasi absente car monopolisée par son travail. Bien que le fond et le thème de la transition à l’âge adulte n’est qu’une prétexte à faire matérialiser l’horreur sous-jacent, l’empathie et la sympathie pour Verónica et ses frères et sœurs fonctionne. Leurs personnalités et leurs attitudes font que leurs personnages deviennent rapidement tou-te-s attachant-e-s, bien aidé par leurs interprétations particulièrement convaincantes malgré leurs jeunes âges. A contrario, si l’écriture des personnages principaux est réussi ce n’est pas le cas des personnages secondaires. Paco Plaza ne s’embarre pas d’eux et ne les développe qu’à peine. Pire, il les éjecte d’une façon aussi malpropre qu’incohérente. Ce qui est le cas de la meilleure amie supposée de Verónica, Rosa (Ángela Fabián), qui la fuit de façon improbable. Même si on peut admettre que cela accroît la solitude désemparée de Verónica. Par contre, on peut toutefois accorder à Paco Plaza de combler ses errements d’écritures et ses faiblesses de gestion de l’horreur par quelques rares fulgurances de mise en scène (la scène où Verónica se lève de son lit). Mais cela ne permet pas à Verónica de se démarquer nettement des autres films dans le registre du surnaturel et encore moins de le renouveler, ce qui est bien dommage…


Verónica doit plus au talent en devenir de son interprète principale que de son auteur. Si le métrage sera une belle carte de visite pour l’actrice Sandra Escacena, en revanche il ne permettra pas à Paco Plaza de renaître des cendres de la saga REC.

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