Zero Theorem

Londres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : Management. Qohen Leth, génie de l’informatique, vit en reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose. Management le fait travailler sur un projet secret visant à décrypter le but de l’Existence – ou son absence de finalité – une bonne fois pour toutes. La solitude de Qohen est interrompue par les visites des émissaires de Management : Bob, le fils prodige de Management et Bainsley, une jeune femme mystérieuse qui tente de le séduire. Malgré toute sa science, ce n’est que lorsqu’il aura éprouvé la force du sentiment amoureux et du désir que Qohen pourra enfin comprendre le sens de la vie…

Chaque film de Terry Gilliam est un événement, que l’on aime ou pas ses films, chaque spectateur et cinéphile sait que le cinéaste propose sans cesse des œuvres hors du commun, ce qui fait d’ailleurs sa marque de fabrique. Bien évidemment Zero Theorem ne déroge pas à la règle, il suffit déjà de jeter un œil sur l’affiche pour s’en rendre compte. Expérience visuelle, personnage haut en couleur, univers distordu, critique acerbe sous-jacente, tous ces ingrédients sont présents dans ce nouveau film de Terry.

A la manière de Brazil, l’action se passe dans un univers dystopique où les humains sont constamment connectés au détriment de véritable relation sociale, jusqu’en soirée, c’est pour dire. Le réalisateur montre ici un véritable portrait de notre société actuelle qui décroche de moins de ses smartphones en oubliant l’essentiel, le contact humain. De plus, Terry Gilliam dépeint également un monde étroitement surveillé et contrôlé par des caméras et via des nouvelles technologies, élément déjà abordé dans Brazil. Les ombres de l’Oncle Sam et des industriels tout-puissants planent étroitement sous les traits du personnage du Management, incarné par Matt Damon, froid et sans état d’âme. On y retrouve également d’autres thèmes chers au réalisateur, comme la fin du monde ou encore la solitude.

C’est donc à travers le personnage de Qohen, remarquablement interprété par Christoph Waltz, que l’on va assister au processus de la déshumanisation d’un personnage. A l’inverse de la pétillante Bainsley, joué avec aisance par Mélanie Thierry, qui elle fait le chemin inverse. Un parallèle émotionnel entre les deux personnages se forme petit à petit et permet à Gilliam de se lâcher totalement dans de véritables explosions visuelles agrémentées de décors sublimes. Hormis l’aspect visuel, le casting n’est pas en reste. Aucun des comédiens n’est laissé-pour-compte, chacun incarne un personnage remarquablement travaillé avec une grande importance dans le récit. De ce fait, ils se donnent tous à cœur joie afin de donner vie à l’identité de leurs personnages et à leurs caractères, tous différents les uns des autres. Mention spéciale à Tilda Swinton en psychiatre déjantée ou David Thewlhis en responsable hiérarchique excentrique, en plus des deux comédiens principaux.

Le seul reproche que l’on pourrait faire à ce Zero Theorem est peut-être que Terry Gilliam explore moins qu’à l’accoutumée la profondeur de son histoire. Il donne par moment une impression de légèreté allant jusqu’à créer quelques longueurs par-ci par-là, comparé à la subtilité et la complexité que pouvaient avoir Brazil ou l’Armée des Douze Singes, en leur temps. Pour faire court, les clés et les enjeux du métrage sont donnés bien plus facilement qu’à son habitude, ce qui pourrait rebuter les fans de la première heure du britannique. Malgré cela, Zero Theorem reste un bon film de Terry Gilliam, nettement supérieur aux Frères Grimm. Terry Gilliam revient à des thèmes qui lui sont chers, déjà exploités dans son Brazil. Certes moins profond et encore moins complexe, mais tout de même séduisant.

RÉALISATION : Terry Gilliam
AVEC : Christoph Waltz, David Thewlis, Mélanie Thierry, Lucas Hedges, Matt Damon, Tilda Swinton, Ben Wishaw…
ORIGINE : Royaume-Uni, États-Unis, Roumanie, France
GENRE : Science-fiction, Drame, Fantastique
DATE DE SORTIE : 25 juin 2014
DURÉE : 1h47
BANDE-ANNONCE

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