10ème édition des Hallucinations Collectives : Jour 2

Deuxième journée du festival avec le début de la compétition long-métrage avec le film de SF Realive de Mateo Gil et trois films dans la thématique La Chambre des Merveilles : Glissements Progressifs du Plaisir de Alain Robbe-Grillet, Litan de Jean-Pierre Mocky et Le Marteau des Sorcières de Otakar Vávra.

La journée commence donc avec la thématique La Chambre des Merveilles et le film Glissements Progressifs du Plaisir de Alain Robbe-Grillet. Le film raconte l’histoire d’Alice, qui entretenait une relation perverse avec Nora, de 15 ans son aînée, est soupçonnée du meurtre de celle-ci. Internée chez les sœurs, elle bascule dans une réalité fantasmée, entre nostalgie de l’enfance et sexualité de jeune femme, causant la perte de ceux qui l’approchent. Au delà du titre, qui au final est assez racoleur et mensonger sur le contenu du film, on pourrait qualifier celui-ci de puzzle mental. Pendant 1h45 notre cerveau est sans cesse malmener d’une part par l’absence assumée et logique d’une vrai chronologie. Celle-ci étant constamment mis à mal afin de mieux brouiller notre esprit, ce qui au delà du style Lynchien, est totalement cohérent avec la psyché du personnage d’Alice qui bouscule une forme d’establishment religieux et de société. Une curiosité française troublante sans être parfaite.

On continue avec la thématique La Chambre des Merveilles et un autre film français, Litan de Jean-Pierre Mocky et son synopsis curieux. Au réveil d’un cauchemar éprouvant, Nora part à la recherche de Jock, son époux, dans les rues de Litan, un mystérieux village montagneux. Commence une course-poursuite au cours de laquelle Nora semble revivre son mauvais rêve. D’autant qu’en plein Carnaval des Morts, la folie va s’emparer du village tout entier. Bien que récompensé, prix de la critique, au regretté festival d’Avoriaz, Litan est malheureusement loin d’être un grand film. Difficile de ne pas tirer sur l’ambulance, mais on a ici affaire à un nanar, car on rit quasi constamment de lui. Bien que la tentative de mettre une ambiance particulière est louable, rien ne fonctionne pour prendre au sérieux l’intrigue. Que ce soit les dialogues, les trognes improbables de la majeure partie des personnages et surtout la narration décousue, rien est réussi et tout respire le film fauché dans le mauvais sens du terme. Dommage !

On change totalement de registre avec le début de la compétition long-métrage et le film de science-fiction Realive de Mateo Gil et son pitch à la Black Mirror. Gravement malade, Marc n’a plus que deux ans à vivre. Se refusant à l’inéluctable, il décide de recourir à la cryogénie avant de se réveiller, soixante ans plus tard, dans un monde qui le dépasse… Bien que prometteur sur le papier Realive est en réalité une vraie désillusion. Au lieu de creuser son concept purement scientifique de cryogénisation ou de traiter d’un fond purement éthique, Realive s’enferme trop longuement sur un questionnement existentialiste de son protagoniste principal. Concept qui devient très vite répétitif, aussi bien dans les souvenirs que dans les questions, qui revient régulièrement quasi à l’identique telle une boucle incessante. Mateo Gil ne creuse jamais son concept et fait preuve de plusieurs faiblesses scénaristiques, notamment dans la crédibilité des relations amoureuses de son personnage principale. Pour tenter de forcer l’émotivité des spectateurs, le scénariste et réalisateur ibérique utilise l’artifice d’une musique pompeuse et tire-larme mais qui se révèle inefficace, nous laissant de marbre. Mais ce qui est encore plus dommageable c’est que Realive s’achève là où il aurait du commencer… Grosse déception !

Pour terminer cette seconde journée du festival, retour à la thématique La Chambre des Merveilles avec le fameux Le Marteau des Sorcières de Otakar Vávra. L’histoire se situe dans la Moravie des années 1670, les membres du clergé et de la haute bourgeoisie, outrés par le comportement hérétique d’une vieille paysanne, qui conserve son hostie pour la donner plus tard à sa vache dont le lait s’est tari, décident de convoquer un inquisiteur… Bien qu’adapté du roman éponyme, la principale force du film de Otakar Vávra tient de sa vision très documentée et réaliste, d’un point de vue historique, qui donne une profondeur et une ampleur supplémentaire au récit. Certes on pourrait reprocher au métrage d’être manichéen, mais ce serait se voiler la face sur la réalité de l’horreur inquisitrice. La réalisation de Otakar Vávra est constamment classieuse. D’ailleurs, les scènes de tortures, pour obtenir des aveux, ne tombent jamais dans du voyeurisme malsain. En revanche, on pourrait reprocher à Otakar Vávra de ne pas pointer du doigt l’Église Catholique, il ne critique que le jugement des humains, en faisant une nette démarcation des deux. Jamais il ne remet en cause la foi. En revanche, il prend plaisir à caricaturer les inquisiteurs en les montrant comme des opportunistes qui profitent de cette situation pour s’enrichir et même s’enivrer. Par contre, Otakar Vávra n’hésite pas à montrer l’oppression aristocratique, notamment en montrant des riches dénigrer des mendiants et des pauvres et les faire envoyer au bûcher en rattachant n’importe quel raison à de la sorcellerie. Il montre ainsi comment la classe dominante assiège sa position de force sur les plus démunis. Il en profite par la même occasion pour montrer la misogynie de cette société qui méprisait les femmes, en les considérant comme des vulgaires tentatrices pour faire succomber les hommes dans le péché. Bref, Le Marteau des Sorcières est clairement un des meilleurs films de l’histoire du cinéma sur l’inquisition.

Rendez-vous pour le troisième jour du festival avec un programme tout aussi chargé avec quatre films au programme.

Partenariat

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire