10ème édition des Hallucinations Collectives : Jour 6

Déjà l’avant-dernière journée du festival avec un programme chargé cinq longs-métrages : Epidemic de Lars Von Trier, Love Hunters de Ben Young, Le Grand Silence de Sergio Corbucci, The Jane Doe Identity de André Øvredal, La Longue Nuit de l’Exorcisme de Lucio Fulci.

On commence cette journée avec la thématique La Chambre des Merveille et le film Epidemic de Lars Von Trier. Le pitch : Suite à un dérèglement de l’ordinaire, le scénario fraîchement écrit par Lars von Trier et Niels Vørsel disparaît. Devant prochainement soumettre leur travail au conseiller de l’Institut Danois du Film, ils improvisent un nouveau récit qui parle d’une épidémie… Deuxième film du célèbre réalisateur danois, Epidemic est un film expérimental mais surtout improbablement conceptuel qui ferait fuir n’importe quel-le cinéphile lambda et encore moins un novice du fameux réalisateur. Mélange fou entre «fiction» et réalité, où tout fini par se mélanger, on avance dans une intrigue où tout nos repères sont mise à mal par une narration chaotique mais maîtrisé par son auteur, car totalement à son image. A la fois critique du système de production cinématographique et une certaines forme de mise en abîme de Lars Von Trier, lui même. Ce vrai faux suicide artistique est en réalité le film le plus personnel de son auteur qui dévoile totalement son génie créatif et sa provocation totalement assumée.

On changement totalement de registre avec le film Love Hunters de Ben Young dans la compétition longs-métrages. Particulière violent, le film raconte l’histoire de Vicki Maloney qui est enlevée en plein jour dans un quartier résidentiel par un couple de prédateurs. En les observant, elle comprend que sa chance de survie est de comprendre le lien affectif qui lie ses deux ravisseurs, et de profiter de ses failles. Annoncé comme un film choc, Love Hunters l’est bien évidemment. Malheureusement pas dans le bon sens du terme, bien au contraire. Bien que celui-ci possède de nombreuses qualités sur sa forme, mise en scène oppressante, tension et atmosphère pesante, Love Hunters souffre d’un fond beaucoup plus nauséeux. Certes le sujet en lui même est dérangeant, à raison car celui-ci rappelle certaines affaires criminelles, mais celui-ci ne va pas plus loin que son premier degré psychologiquement difficile. Un tel sujet aurait mérité un point de vue sociale ou aller sur un autre terrain pour le transcender. Mais là où le film devient abjecte c’est sur sa vision de la femme cantonné qu’à des stéréotypes patriarcaux, la femme soumise, la victime et la femme qui doit payer de son envie d’indépendance, aucun personnage féminin vient contrebalancer ce point. A noter également un anachronisme scénaristique qui nous fait sortir du film dès l’introduction du film. Énervant ! 

On continue cette journée avec un nouveau film dans la thématique La Chambre des Merveille avec le western spaghetti Le Grand Silence de Sergio Corbucci. L’histoire : Le froid extrême de l’hiver 1898 pousse la population à braver la loi pour survivre. Elle devient alors la proie de chasseurs de primes inhumains. Un homme, muet, nommé Silence, s’oppose bientôt à ces derniers. Rien que pour découvrir Jean-Louis Trintignant en cow-boy muet charismatique, Le Grand Silence vaut le coup d’œil. Bien évidement ce seul acteur n’est pas l’atout majeur de ce western, la musique d’Ennio Morricone et les sublimes décors enneigés y sont pour beaucoup. Mais la principale force du Grand Silence c’est son ton qui porte à la fois un message politique fort, sombre et pessimiste. Tous ces ingrédients font de ce western une pièce rare qui fait rapidement oublier ses longueurs et un Klaus Kinski pas forcément crédible en cow-boy, même s’il était habitué aux rôles de méchants.

Avant-dernier film de la journée et avant-dernier film de la compétition long-métrage avec The Jane Doe Identity de André Øvredal qui raconte l’histoire d’un père et son fils qui travaillent ensemble à la morgue locale. Lorsqu’ils « reçoivent » le corps d’une mystérieuse inconnue, les deux hommes décident de mener l’enquête sur son identité. Si on devait coller une étiquette à Jane Doe Identity, ce serait certainement un revival des séries B de vidéo-club des années 80. Deuxième film du réalisateur du très sympathique Troll Hunter, Jane Doe Identity n’est rien d’autres qu’un pur film de divertissement qui fonctionne plutôt bien grâce à son atmosphère prenante et son excellent travail sonore, ce qui fait pardonner un scénario très simple, voir parfois simpliste. A découvrir en salle puis comme potentiel plaisir coupable, dans quelques années, dans son salon entre potes.

Dernier film de la journée et dernier film de la carte blanche à l’éditeur Le Chat qui Fume avec La Longue Nuit de l’Exorcisme de Lucio Fulci qui se situe dans un village de l’Italie méridionale où un enfant disparaît. Ce qui ressemble d’abord à un kidnapping va engendrer un déluge de violence et mettre en lumière les penchants peu reluisants de la population locale. On ne va pas revenir sur le titre improbable du film pour la distribution française qui n’a strictement rien à voir avec le film. Car dans cet énième métrage de qualité d’un des maîtres italiens, le réalisateur propose une enquête policière lourdement chargé d’une analyse sociologique de la ruralité sud-italienne, et encore bien plus brutal envers le catholicisme et autres superstitions d’un autre âge. Certes, certains effets spéciaux ont (très) mal vieillis, mais ce serait réducteur de s’arrêter à ce détail (finalement mineur) et de ne pas admirer la qualité d’écriture et de mise en scène de Lucio Fulci, certes moins violent et moins gore que ses autres films, mais qui reste pourtant un de ses meilleurs films.

Rendez-vous demain pour la dernière journée du festival qui s’annonce comme l’apothéose du festival avec notamment Soy Cuba de Mikhail Kalatozov ou encore Marketa Lazarová de František Vláčil.

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