11ème édition des Hallucinations Collectives : Jour 3

C’est parti pour la troisième journée du festival, avec toujours quatre films au programme. Tout d’abord l’ouverture du fameux Cabinet de curiosité filmique avec la chronique criminelle : La Panthère Noire de Ian Merrick. Puis on retourne À Travers le Miroir avec le déjanté Forbidden Zone de Richard Elfman. On continue ensuite avec le retour à la compétition avec le thriller Jersey Affair de Michael Pearce. Enfin on termine cette journée avec la thématique centrale du festival Sabbat Matter et l’envoûtant Baba Yaga de Corrado Farina.

TITRE : La Panthère Noire
RÉALISATION
: Ian Merrick

AVEC : Donald Sumpter, Debbie Farrington, Marjorie Yates, Sylvia O’Donnell, Andrew Burt, Alison Key, Ruth Dunning…
ORIGINE : Royaume-Uni
GENRE : Policier, Thriller
DATE DE SORTIE : 1977
DURÉE : 1h42
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Père de famille taciturne, l’ex-soldat Donald Neilson se fantasme en génie criminel. Après une chaotique série de cambriolages meurtriers, il kidnappe une adolescente dont la famille est aisée. Mais à nouveau, les choses ne se passent pas comme prévu.

Tiré d’une histoire vraie, La Panthère Noire relate l’histoire du criminel Donald Neilson, surnommé la panthère noire par les tabloïds anglais et qui choqua l’Angleterre dans le milieu des années 70, jusqu’à en devenir l’ennemi public n°1. Injustement censuré pendant une quarantaine d’année pour sa supposée complaisance, il aura fallu une quarantaine d’année pour pouvoir le découvrir. Là où bons nombres de films soulignent une violence particulièrement crue voir racoleuse, l’approche du cinéaste Ian Merrick prend le total contre-pied. Privilégiant une démarche extrêmement documentée, le réalisateur adopte un ton très épurée, ne montrant que le strict nécessaire. Malgré une préparation physique et tactique rigoureuse issu de son passé militaire, Donald Neilson est bien loin du personnage autoritaire qu’il croit être. Ce que Ian Merrick choisi progressivement de mettre en lumière en soulignant le pathétisme et l’amateurisme de ce malfaiteur de bas étage à l’allure complètement banale. Se sentant pousser des ailes, après quelques braquages dont la plupart ont mal tournés essentiellement par des concours de circonstance et la panique, ce dernier décide de s’attaquer à un plus gros morceaux alors qu’il n’en a pas la carrure. Comble du comble, et fidèle à son inexpérience, le destin tragique de son dernier méfait va dévoiler l’incompétence de la police anglaise tout aussi dépassée que le criminel, mais également l’impact d’une presse racoleuse. Média qui a d’ailleurs préféré censurer le film plutôt que d’assumer leur part de responsabilité dans ce fait divers sordide. A méditer.


TITRE : Forbidden Zone
RÉALISATION
: Richard Elfman

AVEC : Hervé Villechaize, Susan Tyrrell, Gisele Lindley, Jan Stuart Schwartz, Marie-Pascale Elfman, Virginia Rose, Gene Cunningham…
ORIGINE : États-Unis
GENRE
: Comédie, Fantastique, Comédie musicale

DATE DE SORTIE : 25 avril 1984
DURÉE : 1h14
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : La famille Hercule s’installe dans sa nouvelle demeure californienne et découvre dans la cave une porte qui donne accès a la sixième dimension, un univers lubrique peuplé de personnages complètement loufoques: un roi nain, une reine jalouse, des courtisanes en bikini et Satan en personne.

Forbidden Zone est une comédie musicale complètement à part, un projet complètement barré. Une sorte de Rocky Horror Picture Show sous acide qui aurait pu copuler avec les Feebles. Premier film de Richard Elfman (frère du compositeur Danny), le métrage reprend l’esprit totalement déjanté du groupe Mystic Knight of Oingo Boingo, une sorte de cabaret grotesque et burlesque musical. Réalisé sans le sou mais truffé de bonnes idées, Forbidden Zone est un petit bijou irrévérencieux. Les références sont nombreuses allant de la musique, à la littérature en passant par une certaines approches du cinéma artisanale (croisant du Méliès à du Monty Python). Mixant humour potache et système D, ce film de sales gosses ne se donne aucune limite dans le ton et l’excentricité, ainsi que dans les costumes, les effets visuels et les décors en cartons pâtes. Initialement tourné en noir et blanc, ce n’est que très récemment que Forbidden Zone a été relooké en couleur, pour le plus grand plaisir de nos yeux. Riant de tout, jusqu’à se moquer de lui même, Forbidden Zone montre que l’on peut rire « avec » et pas « de », fidèle à la citation d’un certains Desproges : on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. Une preuve qu’on peut délirer et avoir du talent en même temps.


TITRE : Jersey Affair
RÉALISATION
: Michael Pearce

AVEC : Jessie Buckley, Johnny Flynn, Geraldine James, Shannon Tarbet, Trystan Gravelle, Charley Palmer Rothwell, Hattie Gotobed, Emily Taaffe…
ORIGINE : Royaume-Uni
GENRE : Thriller
DATE DE SORTIE : 18 avril 2018
DURÉE : 1h47
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Sur l’île de Jersey, une jeune femme tombe amoureuse d’un homme mystérieux. Cette rencontre la pousse à fuir sa famille tyrannique. Alors que l’homme est soupçonné de plusieurs meurtres, elle le défend aveuglément.

On retourne à la compétition avec le surprenant Jersey Affair, premier film du réalisateur britannique Michael Pearce. Loin d’être le film le plus attendu du festival, le film s’avère être à cet instant le plus surprenant de la compétition. Inspiré de l’affaire de la Bête de Jersey, Jersey Affair bénéficie d’une écriture finement équilibré jouant constamment sur l’ambiguïté jusqu’à un climax à plusieurs étapes. Porté par un casting appliqué et impliqué, le cinéaste instaure très rapidement un climat rigide et étouffant. La population locale conservatrice et assujetti aux traditions religieuses et bourgeoises anglaises favorisent ce sentiment d’oppression quasi constant. Sans tomber dans le manichéisme, le scénariste-réalisateur emprisonne son personnage principale Moll (la brillante Jessie Buckley) dans cette univers sous pression et dans une tension continuelle. Au fur et à mesure du récit, elle va tenter de se libérer de cette prison psychologique au contact du personnage de Pascal (le glaçant Johnny Flynn), suspecté de crimes abominables, dans une spirale amoureuse à la fois dramatique et tragique. Ainsi au travers de cette relation, l’auteur va effriter cette communauté aux apparences irréprochables en dévoilant leurs parts de monstruosités. Opposant deux styles de mise en scène différentes, le réalisateur travaille constamment son image et ses ambiances de façon distinctes pour mieux nous surprendre et utiliser le contre-pied de façon aussi efficace qu’esthétique, basculant du mélodrame à l’horreur sans tomber dans un voyeurisme cru. Pour un premier film, Michael Pearce montre déjà tout son talent, pour un résultat particulièrement brillant. A suivre absolument.


TITRE : Baba Yaga
RÉALISATION
: Corrado Farina

AVEC : Carroll Baker, George Eastman, Isabelle De Funès, Ely Galleani, Daniela Balzaretti, Mario Mattia Giorgetti, Sergio Masieri…
ORIGINE : Italie, France
GENRE : Thriller, Érotique
DATE DE SORTIE : 1973
DURÉE : 1h22
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Valentina, jeune photographe moderne et résolument indépendante, a attiré l’attention d’une mystérieuse dame en noir à l’inquiétant charme suranné : l’envoûtante sorcière Baba Yaga.

Adaptation du fumetto (l’équivalent de la BD en Italie) Valentina et Baba Yaga de Guido Crepax, Baba Yaga est un film qui peut-être difficile à appréhender par son approche très expérimentale. Faisant de multiples références aux matériaux de base, le cinéaste Corrado Farina, qui fait ici son second et dernier film, n’hésite pas à reprendre quelques cases de la BD pour son générique d’introduction. Dans un désir artistique assumé d’aller encore plus loin, il va d’ailleurs jusqu’à faire de certaines séquences, des montages photos habilement animés, qui font lien avec le personnage de photographe qu’est Valentina. On est donc bien loin d’un artiste qui veut faire de l’avant-garde gratuitement, car ici tout est pensé et réfléchit de façon construite et cohérente avec le sujet. Particulièrement lent et contemplatif, le film est un voyage quasi constant oscillant entre réalité, imaginaire et hallucination. Ainsi, on se questionne jusqu’au final aux allures gothique (on croirait voir du Roger Corman) de la véracité de ce que vit Valentina, même une fois terminé on se prend encore à douter. Envoûtant et étrange à la fois, Baba Yaga était donc un choix logique qui colle parfaitement à l’esprit du festival et de sa thématique principale Sabbat Matter.


On se retrouve demain avec la suite de la thématique À Travers le Miroir et le Cabinet de curiosité, mais surtout la fameuse Soirée Chic Corée qu’on attend avec impatience. A demain !

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