11ème édition des Hallucinations Collectives : Jour 4

Place à la quatrième journée du festival, avec quatre longs-métrages et un court-métrage surprise. On commence tout d’abord avec la suite de la thématique : À Travers le Miroir et le surréaliste Goto, l’Île d’Amour de Walerian Borowczyk, suivi du Cabinet de curiosité et le cheapos Spider de Vasili Mass. Puis, on termine avec la très attendue soirée Chic Corée, composée du sublime Welcome To Dongmakgol de Kwang-Hyun Park, le court-métrage Sweat de Na Hong-Jin et enfin le dépressif The Fake de Kwang-Hyun Park.

TITRE : Goto, l’île d’amour
RÉALISATION
: Walerian Borowczyk

AVEC : Pierre Brasseur, Ginette Leclerc, Jean-Pierre Andreani, Ligia Branice, René Dary, Guy Saint-Jean, Marcel Thomass…
ORIGINE : France
GENRE : Drame
DATE DE SORTIE : 1969
DURÉE : 1h35
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : L’île de Goto est gouvernée par un dictateur sans cœur, Goto III. Sa femme, Glossia, tombe éperdument amoureuse d’un soldat, le lieutenant Gono. Tous deux prévoient de s’échapper afin de vivre enfin leur amour au grand jour. Seulement, Grozo, un esclave épris de Glossia, en décide autrement. Par jalousie, l’homme planifie le meurtre du gouverneur et fait accuser Gono, au grand dam de son amante.

Premier long-métrage en prises de vues réelles du réalisateur et plasticien Walerian BorowczykGoto, l’Île d’Amour est difficile à appréhender par son approche allégorique, bien que son propos soit relativement simple. L’histoire prend place sur une île fictive coupé du monde, suite à un tremblement de terre, avec à sa tête la dynastie des dictateurs Goto. Tel un huit clos à ciel ouvert, Goto est un théâtre grotesque qui parodie toutes les facettes d’un régime totalitaire, au travers de plusieurs « tableaux » magnifiquement éclairés, allant d’une école propagandiste à des combats inégaux, en passant par les mises à morts. Comme toutes dictatures qui « se respectent », il est bien évidemment impossible de penser librement et encore moins de s’échapper de cette « prison », le parallèle avec les pièges à mouches est d’ailleurs particulièrement éloquent. Bien que le propos et l’approche soit très intéressante, combiné à un ton volontairement absurde, Goto est loin d’être parfait. Les longueurs et baisse de rythme sont monnaies courantes, propices à de nombreuses divagations. Goto reste toutefois une curiosité plaisante à découvrir, qui méritait sa place dans la thématique À Travers le Miroir.


TITRE : Spider
RÉALISATION
: Vasili Mass

AVEC : Romualds Ancans, Aurelija Anuzhite, Saulius Balandis, Liubomiras Laucevicius, Mirdza Martinsone, Algirdas Paulavicius…
ORIGINE : Lettonie, URSS
GENRE
: Drame, Horreur

DATE DE SORTIE : 1991
DURÉE : 1h39
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : À la demande d’un prêtre, Vita accepte d’être modèle pour un peintre qui réalise une représentation de l’Annonciation. L’adolescente plonge dès lors dans un monde tourmenté, sensuel et violent.

Retour au Cabinet de curiosité avec le seul film réalisé par Vasili Mass : Spider. Un des films programmés qui vendait le plus de rêve sur le papier, mais qui s’est vite transformé en une totale désillusion. Dès le carton d’introduction, avec une citation du plus surestimé des psychanalystes (alors qu’il en est le fondateur), l’autrichien Sigmund Freud, Spider fait aussitôt grincer des dents et on commence à craindre le pire. Certes quelques idées visuelles sont loin d’être inintéressante, notamment l’animation de tableau apocalyptique et quelques décors à la photographie laiteuse ou jouant entre les tons froids et les tons chauds, mais c’est bien loin d’être suffisant pour sauver le métrage de la catastrophe. Entre la prestation pitoyable de l’intégralité du casting, des effets spéciaux qui flirte souvent entre mauvais goût et nanar, mixant à la fois délire hentaï et sous body horror, sans oublier la musique en clavier midi autant inspirée que l’intégralité de la discographie de David Guetta, le cauchemar était bien présent mais pas là où il fallait. C’est pas l’écriture redondante et bancale de ce Spider qui va nous rendre arachnophobe. 


TITRE : Welcome To Dongmakgol
RÉALISATION
: Kwang-Hyun Park

AVEC : Jae-Yeong Jeong, Shin Ha-Kyun, Kang Hye-Jeong, Ha-Ryong Lim, Jae-Kyeong Seo, Deok-Hwan Ryu, Steve Taschler…
ORIGINE : Corée du Sud
GENRE : Drame, Comédie, Guerre
DATE DE SORTIE : 2005
DURÉE : 2h13
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : En 1950, des troupes sud-coréennes et nord-coréennes se retrouvent à cohabiter dans un village où les habitants ne semblent pas concernés par le conflit qui fait rage autour d’eux. La situation, au départ explosive, va prendre un tour inattendu.

Le moment tant attendu de cette journée est enfin arrivée, la soirée Chic Corée. Pour ouvrir cette soirée thématique, l’équipe des Hallucinations Collectives nous à offert le plus beau des cadeaux, la projection de Welcome To Dongmakgol de Kwang-Hyun Park. On va pas le cacher bien longtemps, on est littéralement tombé sous le charme de l’un des plus beaux films du cinéma coréen et même du cinéma tout court. Injustement jamais sorti en France, que ce soit au cinéma ou même en DTV, bien qu’il soit maintenant disponible sur Netflix, c’est avec plaisir qu’on a pu découvrir cette merveille dans les meilleurs conditions possibles. Traitant de la guerre entre les deux Corées, Welcome To Dongmakgol bénéficie d’une approche tragi-comique totalement maîtrisée à l’antipode du ton de l’excellent J.S.A. du talentueux Park Chan-WookKwang-Hyun Park réussit le pari fou de proposer une oeuvre forte sans tomber dans le larmoyant et l’humour gras. En effet, chaque séquences, chaque situations et chaque minutes sont dosés avec une minutie incroyable et d’une justesse à toute épreuve. Très souvent drôle (essentiellement dans sa première moitié), parfois triste mais d’une beauté extrêmement touchante (dans la seconde moitié), Welcome To Dongmakgol n’est jamais accusateur et encore moins conciliant. Bien que le cinéaste glisse quelques piques ici et là, il le fait toujours intelligemment soulignant essentiellement l’absurdité du conflit, en faisant la plupart du temps faire réfléchir ses personnages sur leurs actions ou leurs obéissances aveugles. D’un bout à l’autre du récit, la bonne humeur domine et fait un bien fou, il en devient libérateur. Pour couronner le tout, la totalité du casting est incroyable, chaque émotions, chaque interprétations est d’une justesse sidérante. Mention spéciale à la comédienne Kang Hye-Jeong qui illumine l’écran à chacune de ses apparitions. Bref, on veut vivre à Dongmakgol !

Surprise inattendue entre les deux longs-métrages, la diffusion d’un des premiers courts-métrages de Na Hong-Jin (The Chaser, The Murderer, The Strangers). Réalisé en noir et blanc, Sweat montre déjà tout le potentiel talent de son auteur, ainsi que ses thèmes fétiches (majoritairement politique), traité cette fois seulement par l’image et le symbolisme, une oeuvre avant-garde et visionnaire sur sa filmographie.


TITRE : The Fake
RÉALISATION
: Sang-Ho Yeon

AVEC : Kim Jae-Rok, Kwon Hae-Hyo, Park Hee-Von, Yang Ik-Joon…
ORIGINE : Corée du Sud
GENRE : Animation, Drame
DATE DE SORTIE : 2013
DURÉE : 1h41
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Les habitants d’un village qui sera bientôt englouti par les flots suite à la construction d’un barrage deviennent les victimes d’un escroc prénommé Choi. Se faisant passer pour un prophète, Choi sermonne ses ouilles à longueur de journée, aidé dans sa tâche par le pasteur Chung, et parvient à convaincre les villageois de verser leurs indemnités de relogement à cette religion d’un nouveau genre. Mais Min-chul, un bon-à-rien méprisé de tous, découvre le pot aux roses…

Le directeur du festival, Cyril Despontin, nous avait prévenu, cette soirée Chic Corée est un ascenseur émotionnel. A la manière de la soirée d’ouverture, la chute de l’ambiance est colossale, avec un film totalement dépressif, The Fake de Sang-Ho Yeon (Dernier Train pour Busan). De prime abord, il est très difficile d’entrer dans ce film d’animation. Certes c’est notamment dû à l’euphorie et l’émotion du métrage précédent qui est encore omniprésent, mais surtout du fait de l’approche graphique et des mouvements rudimentaires des personnages choisi par le cinéaste qui demandent un temps d’adaptation. D’autant plus que l’atmosphère dépressif et son personnage principal extrêmement violent provoquent un blocage empathique complet. Une fois l’intrigue et les enjeux posés notre attention devient en revanche de plus en plus captivé par l’histoire. Et c’est au fur et à mesure que l’on comprend plus facilement la démarche artistique de son auteur, qui devient par la même occasion indéniablement lié au propos de ce dernier. The Fake propose une réflexion acide sur la société sud-coréenne et leur rapport à la religion, vu au travers d’un personnage antipathique mais clairvoyant. Une oeuvre terriblement glaçante.


On se retrouve demain avec entre autre la compétition courts-métrages, la suite de la compétitions longs-métrages et la suite des rétrospectives avec notamment l’ouverture de la carte blanche de Fabrice Du Welz.

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