11ème édition des Hallucinations Collectives : Jour 5


C’est maintenant la cinquième journée des Hallucinations Collectives, l’une des deux plus grosses journées du festival. Au programme de celle-ci des compétitions avec celle des courts-métrages et la suite de celle des longs-métrages, avec l’explosif Mutafukaz de Shojiro Nishimi et Guillaume Renard, et le fantaisiste urbain Tigers are not afraid de Issa López. Bien entendu, la rétrospective sera également présente avec le premier film de la carte blanche de Fabrice Du Welz, le venimeux Péché Mortel de John M. Stahl et pour finir de la meilleur des manière, l’ensorcelant Season of the Witch de George A. Romero.

On commence cette journée par la compétition courts-métrages, avec au programme neuf films (deux de plus que l’année dernière) : Knock Strike de Genis Rigol, Pau Anglada et Marc Torice, Wednesday With Goddard de Nicolas MénardReruns de RostoNocturne de Anne Breymann, Belial’s Dream de Robert Morgan, Min Börda de Niki Lindroth Von BahrIt Began Without Warning de Jessica Curtright et Santiago C. Tapia, Et le diable rit avec moi de Rémy Barbe et État d’alerte sa mère de Sébastien PedrettiUne compétition dans l’ensemble assez homogène avec cette année une supériorité numérique en films d’animations. Notre choix c’est porté sur le délirant : État d’alerte sa mère de Sébastien Pedretti. Un choix étonnant de prime abord, car lors de l’annonce de la programmation de cette compétition, c’était probablement le film le moins tentant sur le papier. Mais la fraîcheur du propos de cette comédie surréaliste a été une vraie surprise. Car en seulement cinq minutes, le réalisateur tourne en dérision les contrôles policiers au faciès de façon efficace et délicieusement drôle. Il faudra maintenant attendre la séance de clôture, ce lundi soir, pour connaître le prix du public et celui du jury lycéen.


Avant d’attaquer Mutafukaz, une petite surprise est proposée par l’équipe du festival. La projection de l’épisode pilote de la série Vermin réalisé par Alexis Beaumont, du studio Bobbypills. Une série d’animation pour jeune adulte dont le genre est un buddy movie au sein du monde des insectes. Malgré un style très minimaliste, c’est bien dans l’humour  que réside la principale force de cette série ultracourte en mode Zootopia trash. Rendez-vous le 9 avril prochain pour découvrir la série d’animation sur l’application VOD Blackpills pour découvrir l’intégralité de la série, car ça promet vraiment beaucoup.


TITRE : Mutafukaz
RÉALISATION
: Shojiro Nishimi et Guillaume Renard

AVEC : Orelsan, Gringe, Pauline Moingeon Vallès, Redouanne Harjane, Féodor Atkine, Kelly Marot, Julien Kramer…
ORIGINE : France, Japon
GENRE : Animation
DATE DE SORTIE : 23 mai 2018
DURÉE : 1h33
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : À la suite d’un accident de scooter provoqué par la vision d’une mystérieuse inconnue, Angelino, un bon à rien comme il y en a des milliers à Dark Meat City, une sordide mégapole de la côte Ouest, commence à avoir de violentes migraines accompagnées d’étranges hallucinations. Avec son fidèle ami Vinz, il tente de découvrir ce qui lui arrive, alors que de menaçants hommes en noir semblent bien déterminés à lui mettre la main dessus…

L’adaptation de la bande-dessinée de Guillaume Renard continue tranquillement sa tournée des festivals et dans le même temps sa promotion. Entouré d’une sorte de buzz et fraîchement auréolé du jury jeune et du prix de la meilleure musique originale à Gérardmer, c’est sans surprise que la séance s’est retrouvé complète. Brassant une multitude de références aux genres et à la pop culture, Mutafukaz possède la qualité indéniable d’avoir une identité graphique visuelle très marqué et de très haute qualité. L’univers du métrage est d’une richesse incroyable et ne demande qu’à être encore plus creusé, tant le monde ouvert qui l’entoure à l’air riche et dense. En revanche, malgré sa durée d’une heure trente, Mutafukaz pèche dans son rythme beaucoup trop lent, alors qu’il aurait mérité une narration beaucoup plus nerveuse. D’autant que l’excellente musique électronique de Toxic Avenger était propice à un rythme plus enlevé. Résultat des courses, on s’ennuie bien trop régulièrement pour réellement accrocher. D’autant plus que les personnages principaux interprété par le tandem Orelsan et Gringe passe l’intégralité du film à lire leurs textes plutôt qu’à donner vie à leurs pendants animés. L’implication pour leurs personnages étant très vite compromise. Dommage, le travail de Guillaume Renard méritait un bien meilleur résultat.


TITRE : Péché Mortel
RÉALISATION
: John M. Stahl

AVEC : Gene Tierney, Chill Wills, Olive Blakeney, Addison Richards, Harry Depp, Grant Mitchell, Milton Parsons…
GENRE : Drame
DATE DE SORTIE : 9 juin 1947
DURÉE : 1h50
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : L’histoire d’amour entre Richard Harland et Ellen Berent avait tout pour être un véritable conte de fée… Hélas, une fois mariés, la belle jeune femme commence à se comporter d’une manière très inquiétante. En effet, elle devient très possessive, irrationnelle et maladivement jalouse, jusqu’à en arriver à commettre l’irréparable.

On attaque la carte blanche de Fabrice Du Welz avec le mélodrame vénéneux Péché Mortel de John M. Stahl. Jouissant d’un technicolor d’une extrême beauté, dont la superbe restauration lui fait honneur, l’adaptation du livre de Ben Ames Williams est un bijou visuel. Il n’y a donc rien de surprenant que le directeur de la photographie ai reçu un oscar pour son travail méticuleux. En revanche, l’intrigue est nettement moins prenante. Dès son introduction en flash forwardJohn M. Stahl donne déjà toutes les clés de son intrigue et de sa conclusion, annihilant ainsi tout potentiel effet de surprise. Pour ne rien arranger, le développement des personnages est loin de faire dans la subtilité et leurs évolutions respectifs se fait à grand coup de sabot en surchargeant inutilement son contenu dans un complexe d’Electre freudien de comptoir. La majeure partie du film se consacre donc à l’évolution des protagonistes principaux, dont l’interprétation repose essentiellement sur leurs qualités physiques. La beauté plastique et hypnotique de la sublime Gene Tierney dans le rôle de Ellen Berent y est pour beaucoup, bien que sa dernière scène soit involontairement drôle (actrice studio). Reste toutefois quelques scènes prenantes et les rares apparitions du toujours excellent Vincent Price, qui en une tirade judiciaire en fin de métrage met tous les autres comédiens à l’amende, bien qu’incohérent en terme de véracité judiciaire. Cependant, on comprend comment un tel film à frappé Fabrice Du Welz, tant l’amour fou présent ici est un thème récurent de sa filmographie.


Programmé avant Tigers are not afraid de Issa LópezLe Jour où Maman est Devenue un Monstre est le film de fin d’étude de la réalisatrice Joséphine Hopkins qui avait fait concourir l’un de ses autres films d’école l’année dernière en compétition : Margaux. Librement adapté du livre pour enfant Maman est un Monstre de Joanna Harrison et très fortement inspiré par La Mouche de David Cronenberg, et au détour d’une scène de l’homme pâle du Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, la jeune réalisatrice se sert du langage du body horror comme figure allégorique pour traiter de la psychologique de ses personnages. Un choix classique mais réalisé avec efficacité. 


TITRE : Tigers are not afraid
RÉALISATION
: Issa López

AVEC : Paola Lara, Hanssel Casillas, Rodrigo Cortes, Ianis Guerrero, Tenoch Huerta, Juan Ramón López…
ORIGINE : Mexique
GENRE : Fantastique, Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : 2017
DURÉE : 1h27
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Après la mort de sa mère, Estrella trouve refuge auprès d’un groupe de cinq garçons également orphelins. Et lorsque le spectre de sa génitrice lui apparaît, la jeune fille se met à douter de sa santé mentale…

C’est notamment auréolé de l’œil d’or du PIFFF que Tigers are not afraid débarque dans la capitale des gaules comme l’un des principaux challengers de la compétition long-métrage. Réalisé par Issa López, ce nouveau métrage est l’occasion pour la cinéaste mexicaine de sortir de ses sentiers battus, en proposant une oeuvre différente du registre de la comédie, auquel elle est très habituée. Après la séance, on est loin d’être surpris que celui-ci soit adoubé par Guillermo Del Toro comme étant l’un de ses films préférés de 2017, tant Tigers are not afraid emprunte d’éléments cher au réalisateur du récent La Forme de l’Eau. Bien que la mise en scène soit ancrée dans un style auteurisant avec une caméra porté non justifié et hors sujet, Tigers are not afraid se rachète du crédit grâce à son propos et son casting particulièrement convaincant. Décalque de L’Échine du DiableTigers are not afraid jouit d’une symbolique forte se servant de la figure du monstre, voir de la dark urban fantasy, pour dénoncer une situation politique particulièrement oppressante. Dans le cas présent, l’autrice critique la crise actuelle que connait les mexicains. Moins à l’aise que son confrère, Issa López à recours à des cartons introductifs pour expliciter son contexte. Au delà de l’allégorie, la réalisatrice va même jusqu’à reproduire le processus narratif et les principales étapes du film de Del Toro, le plan final et ce qu’il évoque étant d’ailleurs totalement identique. Mais au delà de la simple transposition, Tigers are not afraid arrive à nous toucher grâce a ses enfants livrés à eux-mêmes. Parfois drôle mais souvent dramatique, l’empathie de la cinéaste est totalement communicative. Il en est d’ailleurs très difficile de ne pas s’attacher à ses gamins et de ne pas s’identifier à eux, dans leurs multiples épreuves et la découverte du monde qui les entoure. Loin d’être parfait, Tigers are not afraid est une expérience filmique émouvante et attachante qui va trouver son public aisément, ses multiples prix en sont d’ailleurs déjà la preuve.


Et encore une projection d’un court-métrage surprise, les Hallucinations Collectives nous gâtent cette année. Cette fois-ci, on décolle en direction de Sydney avec le film The Witching Hour de Carl Firth. Un conte fantastique, sous fond musical, peuplé de créatures folkloriques et surnaturelles qui se réveillent la nuit pour transformer la capitale australienne en une ville chaotique et mystérieuse où il vaut mieux rester à l’abris si l’on veut rester en vie.


TITRE : Season of the Witch
RÉALISATION
: George A. Romero

AVEC : Jan White, Raymond Laine, Joedda McClain, Bill Thunhurst, Ann Muffly, Neil Fisher, Esther Lapidus…
ORIGINE : États-Unis, Royaume-Uni
GENRE : Drame, Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : 1970
DURÉE : 1h28
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Approchant la quarantaine, Joan Mitchell s’ennuie ferme au foyer. Elle vit dans une petite banlieue pavillonnaire que la famille s’apprête à quitter. Son mari Jack est un homme d’affaires distant, et sa fille Nikki est une jeune fille …distante. Bref, Joan a une vie morose. Après avoir rendu visite à une voyante qui l’encourage à vivre ses propres rêves, Joan se persuade qu’elle a tous les talents requis pour devenir une parfaite sorcière. Cette séance de tarot a déclenché la crise chez la ménagère et l’être démoniaque qui sommeille en elle. Bientôt rêve et réalité se confondent de plus en plus pour elle, et la situation tourne à la tragédie.

Pour clôturer cette journée, on retrouve l’un des maîtres du cinéma d’horreur, le regretté George A. Romero pour une séance hommage et dans le cadre de la thématique Sabbat Matter. Oeuvre bien trop méconnue dans la grande carrière zombiesque du cinéaste, Season of the Witch est à l’image de l’ensemble de sa filmographie une chronique sociale au travers d’une figure fantastique ou horrifique. Fortement inspiré par les mouvements féministes de l’époque, le réalisateur traite de l’émancipation des femmes face à la domination masculine au travers de la sorcellerie. Dès une introduction allégorique qui résume parfaitement la situation d’emprisonnement de Joan Mitchell (Jan White), Romero prend plaisir à égratigner la sacro-sainte réussite américaine (travail, famille, patrie et religion) jusqu’aux ultimes minutes du film. Pendant plus d’une heure, on découvre l’intimité et le quotidien de cette femme au foyer attachante, qui veut retrouver sa liberté. Au travers de la sorcellerie, elle va trouver la force d’échapper à ce quotidien en brisant toutes les conventions sociales qui l’oppresse, et qui vont jusqu’à envahir ses cauchemars. Certes la mise en scène particulièrement lente et les nombreux remontages, qui ont fortement diminués la durée du film en laissant quelques séquelles au passage, peuvent déranger de prime abord. Mais la puissance évocatrice du propos fait de Season of the Witch une oeuvre majeure supplémentaire dans la grande carrière de son auteur.


On se retrouve demain pour l’avant-dernière journée du festival, avec le dernier film de la thématique Sabbat Matter, le deuxième film de la carte blanche de Fabrice Du Welz, la suite de la compétitions longs-métrages et le retour du Cabinet de curiosité. A demain ! 

 

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