11ème édition des Hallucinations Collectives : Jour 6


Place à la sixième et avant-dernière journée du festival composée de cinq longs-métrages. On commence avec la suite du Cabinet de curiosité et l’OFNI Liquid Sky de Slava Tsukerman, suivi du retour à la compétition avec l’artificiel 3 Feet Ball and Souls de Yoshio Kato. Puis le deuxième film de la carte blanche de Fabrice Du Welz avec le magnifique Breaking The Waves de Lars Von Trier, suivi de  l’avant-dernier film de la compétition avec le vérolé The Cured de David Freyne. Et enfin, on termine avec le dernier film de la thématique Sabbat Matter, le poétique Kissed de Lynne Stopkewich.

TITRE : Liquid Sky
RÉALISATION
: Slava Tsukerman

AVEC : Anne Carlisle, Paula E. Sheppard, Susan Doukas, Otto Von Wernherr, Bob Brady, Elaine C. Grove…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Science-fiction
DATE DE SORTIE : 1982
DURÉE : 1h52
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Accrocs aux endorphines sécrétées par le cerveau des êtres humains lors de la prise d’héroïne ou de l’orgasme, des extraterrestres se posent au-dessus d’un loft new-yorkais fréquenté par des artistes punks.

Prenez un peu de David Bowie (période Ziggy Stardust), un peu d’Andy Warholl, une grosse dose du monde de la mode, saupoudré le tout de new wave et cold wave style 8bit et vous obtiendrez cette OFNI (objet filmique non-identifié). Très fortement expérimental, Liquid Sky demande un certain temps d’adaptation pour adhérer à son concept et à son ambiance si particulière. Ce n’est qu’une fois happé par celui-ci que l’on saisit les différents degrés de lecture. Au travers d’une science-fiction minimaliste, mais bourrés d’idées visuelles 80’s, le cinéaste Slava Tsukerman dissèque les turpitudes du monde de la mode new-yorkaise. Brassant une multitude de thème comme la quête d’identité, la sexualité, la drogue ou encore le vide affectif, Liquid Sky est une curiosité à découvrir bien qu’il soit difficile d’accès.


TITRE : 3 Feet Ball and Souls
RÉALISATION
: Yoshio Kato

AVEC : Honoka Murakami, Minehiro Kinomoto, Shinobu Tsuji…
ORIGINE : Japon
GENRE : Comédie, Drame
DATE DE SORTIE : 2017
DURÉE : 1h33
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Quatre inconnus qui se sont rencontrés via Internet décident de mettre fin à leurs vies en utilisant des explosifs. Mais les choses ne tournent pas comme prévu, et les voilà bloqués dans une boucle temporelle, obligés de revivre cette situation indéfiniment.

3 Feet Ball and Souls faisait parti des quelques films les plus intrigants de la compétition. Réutilisant le thème classique de la boucle temporelle, le cinéaste Yoshio Kato souhaite au travers de celui-ci faire un film de personnages, pour parler d’un des principaux fléaux japonais actuels : le suicide. Bien que l’introduction du film soit dans un registre purement comique, 3 Feet Ball and Souls bascule progressivement puis totalement dans un style nette plus dramatique, détaillant au fur et à mesure du récit le background de chacun des personnages. S’inscrivant dans un sujet social exclusivement japonais, il est donc difficile pour un public occidental d’adhérer totalement au film. Ainsi, le spectateur peut ressentir comme un décalage, n’étant pas forcément au fait de la situation que connait depuis quelques années le pays du soleil levant. Pourtant loin d’être inintéressant, 3 Feet Ball and Souls peut paraître moralisateur dans sa démarche. D’autant que le cinéaste s’attarde inutilement sur certains points créant de nombreuses redondances en traitant son sujet de façon poussif, à l’image d’une conclusion par étapes bien trop longue et quasiment interminable. Une approche burlesque et cocasse du sujet aurait probablement eu nettement plus d’impact, dommage…


TITRE : Breaking The Waves
RÉALISATION
: Lars Von Trier

AVEC : Emily Watson, Stellan Skarsgård, Jean-Marc Barr, Katrin Cartlidge, Sandra Voe, Jonathan Hackett, Adrian Rawlins…
ORIGINE : Danemark, Espagne, Norvège, Suède, Islande, Pays-Bas, France
GENRE : Romance, Drame
DATE DE SORTIE : 9 octobre 1996
DURÉE : 2h38
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Au début des années soixante-dix sur la côte nord-ouest de l’Écosse, la communauté d’une petite ville célèbre à contrecœur le mariage de Bess, jeune fille naïve et pieuse, et de Jan, homme d’âge mûr qui travaille sur une plate-forme pétrolière. Leur bonheur va être brisé par un accident qui va paralyser Jan.

Premier film de la trilogie Cœur d’or (suivi des Idiots et Dancer in the Dark), Breaking The Waves est considéré, à juste titre, comme l’un des plus beaux films de son auteur : Lars Von Trier. Porté par l’incroyable prestation d’Emily Watson, dans le rôle de Bess, cette dernière incarne l’Amour Absolu (oui avec des grands A), face aux conformismes religieux et la morale traditionnelle. De façon quasi documentaire, le cinéaste capte chacune des émotions de ses interprètes, parfois un rire, souvent un sourire, et finalement des larmes. D’une poésie sans faille, la longue durée du film parait pourtant bien éphémère face à ces nombreuses vagues d’émotions. Dur et beau à la fois, Breaking The Waves est une expérience houleuse et douloureuse, mais dont la dernière image est aussi apaisante que réconfortante face à la rigidité puritaine.


TITRE : The Cured
RÉALISATION
: David Freyne

AVEC : Ellen Page, Sam Keeley, Tom Vaughan-Lawlor, Stuart Graham, Amy De Bhrún, Natalia Kostrzewa, Paula Malcomson…
ORIGINE : Royaume-Uni, Irlande, France
GENRE : Science-fiction, Drame, Thriller
DATE DE SORTIE : Prochainement
DURÉE : 1h35
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Des années après que l’Europe ait été ravagée par le virus Maze qui transforme les humains en monstres cannibales, un antidote est enfin trouvé. Sean Brown est hanté par ce qu’il a fait. Alors qu’il revient vivre chez sa belle-sœur devenue veuve, la peur et la suspicion risquent de plonger de nouveau le monde dans le chaos.

Avant-dernier film de la compétition et premier long-métrage du réalisateur irlandais David Freyne, The Cured est un énième film de zombie. Choisissant une approche originale, se focalisant sur des infectés qui ont été traités (donc redevenu humains), le cinéaste se concentre sur la reconstruction post-invasion zombie. L’utopie de la réadaptation de ces « traités»  permet à son auteur d’aborder plusieurs thèmes à la fois. Notamment l’acceptation de la différence et le pardon qui est au cœur du récit dans un climat de paranoïa constant. Malheureusement, ces thèmes bien trop nombreux ne permet pas à la plupart d’entre eux d’aller au bout du propos. Constamment survolés, les intentions du réalisateur ne sont donc pas clairement exprimés, créant une confusion permanente. David Freyne doit beaucoup à son casting, notamment Ellen Page et Sam Keeley, dont l’implication permet au récit de ne pas s’éclater totalement. Rarement à la hauteur de ses ambitions, The Cured à donc recours à de nombreux artifices (les jump-scares sonores sont légions), pour tenter de maintenir la pression sur son audience, à défaut de savoir gérer son intrigue convenablement. Il reste toutefois quelques pur moment d’émotions, mais guère plus.


TITRE : Kissed
RÉALISATION
: Lynne Stopkewich

AVEC : Molly Parker, Peter Outerbridge, Jay Brazeau, Natasha Morley, Jessie Winter Mudie, James Timmons, Hamish Wilson…
ORIGINE : Canada
GENRE : Drame
DATE DE SORTIE : 15 avril 1998
DURÉE : 1h18
BANDE-ANNONCE
SYNOPSISIrrésistiblement attirée par la mort, Sandra trouve un travail a l’office des pompes funèbres de sa ville, dirigé par le troublant M. Wallis. Alors qu’elle fait des recherches sur les techniques d’embaumement dans une bibliothèque, elle fait la connaissance d’un étudiant qui tombe amoureux d’elle. Il s’aperçoit que la passion qu’éprouve Sandra pour les morts est plus fort que l’amour qu’elle lui porte…

Si jamais vous vous posiez la question de savoir s’il était possible de traiter de la nécrophilie avec élégance, la réalisatrice Lynne Stopkewich vous réponds par la positive avec cette adaptation de la nouvelle We So Seldom Look On Love de Barbara Gowdy. Mis en scène avec beaucoup de pudeur et de sensibilité, Kissed est une petite pépite bien trop méconnue. Entre belles proses et symboliques métaphysiques, la réalisatrice met en lumière sa merveilleuse comédienne Molly Parker dans la peau de Sandra. Toujours bienveillante avec son personnage, la cinéaste ne juge jamais sa sexualité comme déviante ou sordide, mais plutôt comme étant un acte d’amour naturel et poétique. Sublime.


On se retrouve demain pour la dernière journée du festival avec la fin des rétrospectives et de la compétition, ainsi que la projection d’un film inédit pour la cérémonie de clôture.

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