11ème édition des Hallucinations Collectives : Off

Depuis l’édition 2011, le festival lyonnais Hallucinations Collectives créé en marge du festival plusieurs événements off, pour faire saliver ses fidèles spectateurs. Souvent hors les murs du Comoedia, ces petites mises en bouches sont l’occasion pour la passionnée équipe de Zone Bis d’expérimenter leur savoir-faire dans de nouvelles itérations autres que le cinéma, au travers de concerts, de tables-rondes, conférences, lecture publique, etc… Depuis l’édition anniversaire de l’année dernière, c’est au travers d’un ciné-concert que le festival innove dans sa programmation. A la fois auditive et visuel, ce nouveau théâtre hallucinatoire ne pouvait devenir, qu’avec le temps, une nouvelle expérience absolument sensorielle.

TITRE : Une Page Folle
RÉALISATION
: Teinosuke Kinugasa

AVEC : Masao Inoue, Yoshie Nakagawa, Ayako Lijima, Hiroshi Nemoto, Misao Seki, Eiko Minami…
ORIGINE : Japon
GENRE : Drame, Muet
DATE DE SORTIE : 24 septembre 1926
DURÉE : 1h07
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Un ancien marin se fait embaucher comme concierge dans un asile d’aliénés afin de se rapprocher de son épouse, enfermée à l’hôpital après une tentative de suicide. Un endroit où les heures passent au rythme des routines ordinaires du personnel et des étranges rituels des patients.

Perdu pendant 45 ans, Une Page Folle est aujourd’hui considéré comme un monument du cinéma japonais. Qualifié ainsi à juste titre, tant certaines images reste imprégnées dans notre esprit à la fin de la séance. Bien aidé par l’envoûtant travail musical du Berceau des Volontés Sauvages (groupe composé de Alban Jamin et de Joost Van Der Weerd) dont leur musique oscillant entre post-rock, drone et musique électronique, apporte aux images déjà bien singulières une dimension encore plus obsédante. Et pourtant ce n’était pas facilement gagné, tant l’expérimentation avant-gardiste de Teinosuke Kinugasa est omniprésente. Car là où la majeure partie des films muets possède des intertitres pour aider à la compréhension de l’histoire, Une Page Folle n’en possède aucun. Pour couronner le tout, le cinéaste japonais éclate sa narration en mélangeant passé, présent,  et onirisme. Tout d’abord lâché dans l’inconnu, on devient peu à peu intrigué, puis happé dans cette antre de la folie, où l’atmosphère qui s’en dégage pénètre notre esprit pour mieux nous hanter ensuite. Et ce n’est qu’une fois totalement saisi par les images que l’histoire tragique prend sens. Celle de la perte d’un enfant et de la spirale destructrice qu’elle provoque chez ses proches. Le rêve devenant la seule source d’évasion dans cette enfermement quasi carcéral, déstructurant la réalité pour ses personnages et la notre par la distorsion des images, mixant morphing, surimpression et oblique de cadrage. Mais il est clair que ce n’est pas au travers d’une seule vision qu’Une Page Folle peut nous délivrer tout ses secrets, mais bien plusieurs, quitte à en perdre nous même la raison.

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