12ème édition des Hallucinations Collectives – L’intégrale

Bien que notre première séance des Hallucinations Collectives remonte à 2010 avec La Comtesse de Julie Delpy, cela fait maintenant cinq ans et six éditions, que nous faisons le marathon des séances de cet événement lyonnais qui est pour nous immanquable. Un festival cher à nos cœurs dont la sélection alterne entre les nouveautés, inédits et rétrospectives, en mettant à l’honneur l’autre cinéma. Des propositions filmiques singulières et atypiques qui oscillent entre l’étrange et l’onirique. Un cinéma à sensation forte qui se permet même parfois d’entrer sur le terrain politique. Cette année n’aura d’ailleurs fait aucune exception à cette « règle », au travers de sa thématique Unexploited !, pour ne citer qu’elle.

On avoue que sur le papier, hormis quelques films de la sélection, cette nouvelle édition nous avait un peu moins emballés que d’habitude. Mais la curiosité et l’envie continuelle de sortir de notre zone de confort, conjugué à la confiance que l’on porte à l’équipe du festival, prennent toujours le dessus sur les éventuelles appréhensions d’avant festival. On ne va pas se le cacher, nous aurions eu vraiment tort de ne pas en être cette année, tant les surprises et la quantité de films désormais inoubliables étaient légion ! D’autant plus que la grande satisfaction de cette année était, à notre grand étonnement, la compétition de longs-métrages. En règle générale, ce sont les rétrospectives (et surtout le fameux Cabinet de Curiosités) qui crée notre admiration pour ce festival. Car celles-ci nous font toujours découvrir ou redécouvrir des pépites malheureusement souvent oubliées de l’histoire du cinéma. Évidemment, celle-ci n’a pas fait de tort à son habituel tradition, mais il est vrai que cette année la grande compétition faisait figure de prestige. D’ailleurs, sa petite sœur (la compétition de courts-métrages) n’était pas en reste, avec une pléthore de trouvaille et de cinéastes en herbe qui sont d’ores et déjà pleines de promesses pour la suite de leur carrière. Bref, vous l’aurez compris, cette 12ème édition des Hallucinations Collectives était une nouvelle fois encore, un très grand cru !

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Comme à l’accoutumée, le festival fait monter la température en amont du festival, avec une programmation en off. L’occasion pour eux d’agrandir leur champ d’expérimentation en allant sur un territoire autre que le cinéma (et hors du Comoedia), bien que celui-ci soit toujours présent dans une moindre mesure. Le menu de cet off a commencé par la projection de Within Our Gates d’Oscar Micheaux à la Médiathèque de Vaise, suivi quelques jours plus tard d’une journée complète au Théâtre de l’Élysée. En ce lieu étaient réunies plusieurs activités. Tout d’abord, un salon de la micro-édition mettant à l’honneur plusieurs éditions de fanzine et autres joyeusetés papiers. Puis, une carte-blanche au collectif Météorites pour une séance de projection nommée : Hallucinations Mystiques, qui portait d’ailleurs très bien son nom. Mais encore, une table-ronde sur l’afroféminisme animée par la blogueuse Mrs Roots. Puis, une performance haute en couleur d’Yoko Higashi (membre du jury de la compétition longs-métrages) qui dansait sur des images créées par Bertrand Mandico. Enfin l’off du festival s’est conclu dans la prose, à la veille du festival, avec l’éditeur-défricheur Stéphane Duval qui est venue parler de son travail aux éditions Le Lézard Noir, à la fameuse librairie Le Bal des Ardents.


FILM : Within Our Gates
RÉALISATION
: Oscar Micheaux

AVEC : William Smith, Charles D. Lucas, Bernice Ladd, Evelyn Preer, Flo Clements, E.G. Tatum, Grant Edwards…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Drame, Romance
DATE DE SORTIE : 1920
DURÉE : 1h13
SYNOPSIS : Alors que l’idéaliste Sylvia Landry collecte de l’argent pour une école destinée aux enfants pauvres de la communauté afro-américaine, son passé trouble nous est révélé dans une série de flashbacks époustouflants.

Within Our Gates est le second film d’Oscar Micheaux. Il est, à juste titre,  considéré comme le père du cinéma afro-américain, fondateur du race film ou film ethnique. Cinéaste engagé, son cinéma et le genre qu’il a créé sont des réponses au film tristement célèbre Naissance d’une Nation de D. W. Griffith, long-métrage massif d’une durée de trois heures faisant l’apologie de Ku Kluk Klan conjugué à un discours extrêmement raciste prônant la suprématie blanche. Encore aujourd’hui ce film est malheureusement toujours considéré comme un chef d’œuvre… Pour revenir sur Within Our Gates, le film  a longtemps été considéré comme perdu. C’est en 1993, qu’une copie du film Within Our Gates est finalement retrouvée à la cinémathèque espagnole. Les cartons textes écrits en espagnol, sont retraduit en anglais lors de son processus de restauration. Modernisé, le film jouit maintenant d’un accompagnement musical de DJ Spooky, avec une guitare proéminente. Privilégiant le fond à la forme, Within Our Gates reste très académique dans son approche esthétique ou artistique. Toutefois, c’est dans ce qu’il raconte que réside la force de Within Our Gates. Témoignage historique de la situation raciale aux États-Unis au début du XXe siècle, le film dépeint à la fois la ségrégation des années de lois Jim Crow, la renaissance du Ku Klux Klan suite au film de Griffith, la grande migration afro-américaine vers les villes du Nord et du Midwest et l’émergence du New Negro. Au travers de son film, Oscar Micheaux prend le contre-pied total du film de Griffith, il déconstruit l’idéologie blanche selon laquelle le lynchage visait à punir les hommes noirs pour des agressions sexuelles présumées contre des femmes blanches. Micheaux dépeint les agressions sexuelles plus fréquentes des femmes noires par des hommes blancs, faisant allusion à la pratique historique très répandue selon laquelle les hommes blancs profitent des femmes noires esclaves. De plus, Within Our Gates soustrait le manichéisme de Naissance d’une Nation, en  n’hésitant pas à montrer certains comportements de quelques afro-américains criminels ou laquais des blancs. Dans une démarche tout aussi politique, le cinéaste en profite pour aborder plusieurs thématiques importantes, comme l’importance de l’éducation comme modèle d’intégration sociétal et arme intellectuel ou encore l’émancipation des femmes et leur rôle comme facteur de progrès. Tous ces éléments font de Within Our Gates, une œuvre importante qui devrait effacer et remplacer la trace ou plutôt la « tache » de Naissance d’une Nation de l’histoire du cinéma !


Hallucinations Mystiques

Œuvrant au carrefour du film documentaire hors du commun, en passant par le cinéma expérimental ou autre films méconnus, le collectif Météorites s’est fait une place en un temps records dans le paysage de la cinéphilie lyonnaise. Leur terrain de jeu étant très proche de celui des hallucinations collectives, une collaboration entre eux sonnait comme une évidence et cette invitation le temps d’une carte-blanche était somme toute assez logique. À la sortie de cette séance d’une heure, le terme Hallucinations Mystiques était la meilleure définition possible pour qualifier cette séance dont le jeu de mots : « OFFNI », nous paraît en parfaite adéquation avec ce qu’on a vécu. Au programme de celle-ci sept courts-métrages expérimentaux aux allures fantastico-érotiques.

Scorpio Rising de Kenneth Anger

Cette programmation s’est ouverte à nous avec le court-métrage surprise : Le Diable au Couvent de Georges Mélies. Une satire réligieux-érotique qui parodie la vie ecclésiastique. Une œuvre qui fait incontestablement partie de nos nombreux trésors du cinéma muet francophone. La séance se poursuit avec Scorpio Rising de Kenneth Anger. Court-métrage d’une petite trentaine de minutes, le film de de Kenneth Anger détourne les codes d’icônes cinématographiques de l’époque (James Dean et Marlon Brando en ligne de mire) dans un but fantasmo-contestataire à l’esthétique queer. Subtil jeu de mots pour le court-métrage suivant avec Satan Bouche un Coin de Jean-Pierre Bouyxou et Raphaël Marongiu, qui surfe lui aussi sur le terrain de l’érotisme en détournant les codes religieux dans une scénette fétichiste, morbide et blasphématoire. Un nouvel univers nous est proposé cette fois avec le deuxième court-métrage surprise de cette sélection : Hare Krishna de Jonas Mekas. Cinéaste expérimental qui a popularisé le journal filmé et qui nous emmène dans les rues de New-York sous fond de musique indienne, métamorphosant dans un jeu de montage habile la vie citadine, comme s’il s’agissait d’une transe contemporaine urbaine. On prolonge l’aventure mystique avec le film le plus expérimental de cette sélection, 6/64 Mama und Papa de Kurt Kren, cette suite de plans très courts, de moins d’une seconde, montés entre eux se focalise sur la contorsion de corps nus, maculés de divers liquides et autres substances. L’ensemble transforme cet essai en une bacchanale étrange et hypnotique, qui a fortement dû inspirer Rosa Crux pour sa fameuse performance : Danse de la Terre. Autre expérience, mais tout aussi singulière, avec cette fois 6ème Fraction de Guillaume Mazloum tourné et projeté en 16mm, tout comme le film précédent. Cette fois, il s’agit d’un seul et unique plan tourné en slow-motion, de ce qu’on suppose être l’intro d’un concert, un objet curieux mais néanmoins fascinant et inspirant. On termine cette sélection avec un titre au jeu de mots évocateur : Un Air Défaite d’Yves-Marie Mahé qui achève cette séance dans l’humour absurde avec un clip comico-pornographique qui tourne en dérision le genre et préfigure une des futures séances du « On » avec Un Sexe qui Parle de Claude Mulot.

Satan Bouche un Coin de Jean-Pierre Bouyxou et Raphaël G. Marongiu


La 12ème édition du festival s’est ouvert officiellement et comme à l’accoutumée dans la salle principale, comble et pleine à craquer, du Comoedia. N’ayant pas pu assister à la séance d’ouverture, nous n’avons malheureusement pas pu découvrir le court-métrage d’ouverture : Sous le Cartilage des Côtes de Bruno Tondeur, dont voici le texte introductif du site des Hallucinations Collectives : « La mort fait partie de la vie, c’est un fait. On s’en accommode très bien mais lorsque la mort fait partie de nous, là, c’est autre chose. Bruno Tondeur traite le sujet de la maladie avec beaucoup de légèreté, de couleurs et une approche graphique originale qui mêle animation et stop-motion dans un style moderne et volontairement dépouillé ». En revanche, nous avons pu assister à la projection presse du film d’ouverture en compétition longs-métrages : Freaks de Adam Stein et Zack Lipovsky.


FILM : Freaks
RÉALISATION
: Adam Stein et Zach Lipovsky
AVEC : Emile Hirsch, Lexy Kolker, Bruce Dern, Amanda Crew, Grace Park, Matty Finochio, Michelle Harrison…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Drame, Science-fiction, Thriller
DATE DE SORTIE : Prochainement
DURÉE : 1h44
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : La petite Chloe, maintenue à l’écart du monde extérieur par son père, n’a jamais quitté la maison familiale. Attirée par la musique du marchand de glaces en bas de la rue, elle va braver l’interdit paternel.

Triplement récompensés lors de la dernière édition du PIFFF et prix du public aux dernières Utopiales, Freaks, réalisé par Adam Stein et Zack Lipovsky, se présente en ouverture de cette 12ème édition des Hallucinations Collectives comme le principal challenger de la compétition. Son aura publique des différents festivals où il est passé, le présente comme un impressionnant rouleau compresseur. Démarrant sous la forme d’un quasi-huis-clos dans sa première moitié, Freaks multiplie les pistes de son aura mystérieuse. De nombreuses questions sont posées, sans esquisser ne serait-ce qu’une prémisse de réponse. Un procédé à double tranchant se dessinant comme un thriller qui se révèle très vite à double tranchant pour les spectateurs. Deux options se présentent à nous selon nos degrés de patience, soit on est captivé, soit lassé par ses non-dits. Car il nous faut attendre sa seconde moitié, et son ouverture sur le monde extérieur, pour que le voile mystérieux soit intégralement levé sur ses nombreuses pistes. Celles-ci se fusionnant en elle-même pour former un tout cohérent, grâce à une écriture et un concept parfaitement maîtrisés par ses auteurs. Nourri par tout un pan de la pop culture contemporaine et classique, Adam Stein et Zack Lipovsky se sont imprégnés de leurs multiples références pour servir leur sujet qui bascule vers la science-fiction et le genre. A contrario de nombreuses œuvres actuels, les deux cinéastes n’abusent d’aucun clin d’œil gratuitement ou easter eggs en tombant dans la surenchère de « m’as tu vu ? ». Au contraire, ils en prennent le total contre-pied pour enrichir leur récit. Certes, si nous sommes imprégnés de ces multiples univers, les références sont évidentes, allant des X-Men ou autres Heroes et Superman, en passant par la série à succès Stranger Things ou certains classiques de la littérature comme Carrie et Firestarter de Stephen King. Difficile de ne pas voir en la petite Chloé (Lexy Kolker), la fusion parfaite de Eleven dans Stanger Things et du personnage de Charlie dans l’adaptation de Firestater de Mark L. Lester, incarné avec talent par la toute jeune Drew Barrymore en 1984. Mais la plus belle force de Freaks réside dans son message qui sonne telle une ode à la différence et à l’affranchissement du dictat de la normalité, imposé par notre société. De quoi démarrer cette 12ème édition du festival, sous les meilleurs auspices.


FILM : Next of Kin
RÉALISATION
: Tony Williams
AVEC : Jacki Kerin, John Jarratt, Alex Scott, Gerda Nicolson, Charles McCallum, Bernadette Gibson, Robert Ratti…
ORIGINE : Australie, Nouvelle-Zélande
GENRE : Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : 1982
DURÉE : 1h29
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : En héritant de Montclare, ancienne demeure familiale transformée en résidence pour personnes âgées, Linda se retrouve au cœur d’une série d’événements inquiétants, identiques à ceux décrits par sa défunte mère dans son journal.

Programmé dans le cadre du Cabinet de Curiosités, Next of Kin de Tony Williams est loin d’être une œuvre issue de l’ozploitation, bien qu’il en soit étiqueté à tort. S’éloignant des codes du genre, le cinéaste privilégie un semi-huit-clos dans un pensionnat, plutôt que de placer son histoire dans l’éternel outback australien et ses célèbres grands espaces. Influencé par le cinéma occidental et ses thématiques, le réalisateur fait surgir la peur dans le quotidien d’une ancienne demeure. Très rapidement, la grande bâtisse devient un personnage à part entière et son sombre passé survient épisodiquement, tel un fantôme que l’on a ressorti du placard. Le réalisateur néo-zélandais a bien compris l’importance de son décor au sein du récit et adapte sa mise en scène et selon les lieux et les situations. Certes, on est loin du génie de Kubrick et de son Shining, mais les travellings et plans-séquences au steadycam sont d’une efficacité totale pour transformer les lieux en manoir terrifiant. Privilégiant l’ambiance à l’écriture, quitte à déconcerter son auditoire, l’atmosphère lugubre de Next of Kin jouit des envolées électroniques et envoûtantes du talentueux Klaus Schulze, du groupe Tangerine Dream. Le film s’achève en résonance à l’introduction dans un jeu de miroirs inversés, au final explosif. Prévu prochainement dans sa copie restaurée au Chat qui Fume, Next of Kin devrait satisfaire une poignée d’amateurs du genre.


FILM : Point Noir
RÉALISATION
: Jules Dassin
AVEC : Raymond St. Jacques, Ruby Dee, Frank Silvera, Roscoe Lee Browne, Julian Mayfield, Janet MacLachlan, Max Julien…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Drame, Thriller
DATE DE SORTIE : 1968
DURÉE : 1h44
SYNOPSIS : Avril 1968. Martin Luther King vient d’être assassiné. À Cleveland, un groupe de révolutionnaires noirs décide de cambrioler un stock d’armes. Mais un des compères se dégonfle, et l’affaire tourne mal.

Premier film de la thématique Unexploited !, hommage au cinéma précurseur et influenceur de la blaxploitation, Point Noir est le seul film de cette sélection à être réalisé par un blanc. Il s’agit de Jules Dassin, réalisateur du célèbre Les Forbans de la Nuit. Habitué du film noir (sans mauvais jeu de mots) et fidèle à ses convictions politiques, le cinéaste transforme son œuvre en un quasi-pamphlet du militantisme afro-américain, post-Martin Luther King. Pourtant loin du brûlot politique, Jules Dassin ne fait pas dans la demi-mesure dans sa relecture « révolutionnaire noire » de The Informer de Liam O’Flaherty et remake du Mouchard de John Ford. Les tirades et les séquences fortes sont nombreuses, comme lorsque les flics abattent un chef militant, tandis que les résidents du quartier font pleuvoir des boîtes de conserve et des invectives aux forces de police. Refusant tout manichéisme, Point Noir dessine un portrait des États-Unis tout en nuances de gris. Toutefois, l’engagement politique de l’œuvre est omniprésent et s’insère dans toutes les strates du récit jusque dans les détails et les scènes plus légères, comme la séquence des miroirs déformants. Seul bémol, certains excès de bavardise font que la trame narrative s’égare épisodiquement, allant même jusqu’à réduire l’impact de sa conclusion tragique. Fort heureusement, cela n’enlève aucunement son caractère engagé et artistique intemporel.


FILM : Lords of Chaos
RÉALISATION
: Jonas Åkerlund
AVEC : Rory Culkin, Emory Cohen, Jack Kilmer, Sky Ferreira, Valter Skarsgård, Anthony De La Torre, Sam Coleman…
ORIGINE : Royaume-Uni, Suède
GENRE : Drame, Thriller
DATE DE SORTIE : Prochainement
DURÉE : 1h52
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Au début des années 1990, la Norvège n’est que calme et tranquillité. Les formations de black metal Mayhem et Burzum vont venir secouer la paisible social-démocratie avec leur musique diabolique et une généreuse portion de crime.

Second film de la compétition longs-métrages et première attente du festival : Lords of Chaos est pour nous le film événement de cette 12ème édition. Pourquoi ? Amateur de Black Metal et plus particulièrement des premiers groupes du genre, nés pour la plupart en Norvège, nous étions donc très curieux de découvrir ce film qui « relate » les faits divers qui ont marqué au fer rouge l’histoire de ce pays et de ce courant musical, en « adaptant » le livre polémique Black Metal Satanique : Les Seigneurs du Chaos, dont nous tairons les noms des auteurs volontairement. Initialement confié à Sono Sion, c’est finalement le clipeur Jonas Åkerlund qui se retrouve propulsé derrière la caméra. Un choix que nous apprécions particulièrement, car au-delà de sa carrière de cinéaste, il est surtout le batteur historique du cultissime Bathory, l’un des quatre groupes précurseurs du genre. Bien que maintenant éloignée de la sphère musicale dont il est originaire, son attachement à la musique qui l’a fait « connaître » est une pièce maîtresse pour ne pas se focaliser uniquement sur le sensationnel. Car au-delà du caractère sulfureux du sujet, il était important d’en traiter le parcours personnel et musical des acteurs de cette scène. C’est d’ailleurs avec intelligence que s’ouvre le film sous la mention : « Basé sur les vérités et les mensonges », pied de nez parfait aussi bien au livre qu’aux nombreuses rumeurs qui ont découlé des faits. Mais celle-ci est également à double sens, elle indique également l’intention et la démarche de Jonas Åkerlund, Lords of Chaos n’est pas un documentaire, encore moins un docu-fiction ! Il s’agit bel et bien d’un film, avec tout ce que cela implique, une vision claire et assumée de son auteur. Dès l’introduction, Jonas Åkerlund prend parti et, en toute logique, se range du côté d’Oystein « Euronymous » Aarseth interprété avec brio par Rory Culkin, en lui confiant la narration du film. Durant un peu moins de deux heures, Jonas Åkerlund se focalise principalement sur son histoire, de la naissance de Mayhem (dont Euronymous est le fondateur) jusqu’à sa mort, assassiné par l’antagoniste Varg Vikernes (Emory Cohen). Volontairement, Åkerlund met de côté certains éléments des faits et utilise des raccourcis, quitte à faire (volontairement ?) quelques erreurs, anachronismes, approximations, voir surenchérir certaines actions. Parmi elles, deux importantes sont à relever la non-mention du syndrome de Cotard dont était atteint Per Yngve « Dead » Ohlin (Jack Kilmer) ou encore l’approche sensationnel et exagéré du meurtre d’Euronymous. Hormis ces points, Jonas Åkerlund a fait un travail hallucinant et bien documenté. Il met notamment à profit son expérience de cliper sur certaines scènes, jouant habilement sur les effets de jump-cut. Chose surprenante, il oscille régulièrement entre deux registres opposés, allant de l’humour à la mélancolie, en passant par le drame, avec une aisance déconcertante. On apprécie notamment son point de vue sur le traitement de Varg Vikernes (fondateur de Burzum) qu’il ridiculise à foison, tout autant que ses idéologies nauséabondes. Et rien que pour ça, Lords of Chaos vaut le détour !


FILM : La Nuit de la Mort
RÉALISATION
: Raphaël Delpard
AVEC : Isabelle Goguey, Charlotte de Turckheim , Michel Flavius, Betty Beckers, Jean Ludow, Jeannette Batti, Michel Debrane…
ORIGINE : France
GENRE : Horreur
DATE DE SORTIE : 1981
DURÉE : 1h31
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : En acceptant son nouveau poste d’infirmière-gouvernante dans une maison de retraite, la jeune Martine ne se doute pas de ce qui l’attend. Elle se retrouve rapidement confrontée à l’autorité de la directrice et aux caprices de pensionnaires équivoques.

On retourne au Cabinet de Curiosités avec le premier film français de cette 12ème édition : La Nuit de la Mort de Raphaël Delpart. Production fauchée de 1980, prévu prochainement dans les désormais célèbres combos DVD/Blu-Ray du Chat qui Fume. Projeté en présence de son réalisateur, ce film de série Z au relent nanardesque a tout du plaisir coupable, mais devient malheureusement rapidement ennuyeux. Il est clair que l’envie de vouloir bien faire de cette petite production artisanale est bel et bien présente. On aperçoit de part et d’autre une tentative de vouloir créer une ambiance malsaine qui fonctionne quelques instants. Notamment quand les pensionnaires déambulent la nuit, dans les couloirs de la fameuse maison de retraite, afin de satisfaire leurs étranges besoins culinaires. On note toutefois quelques scènes gores assez réussies pour l’époque, qui n’ont pas beaucoup à rougir de nos voisins transalpins. À souligner également une vaine tentative de discours sociétaux qui auraient pu faire mouche avec plus de moyens derrière, mais surtout devant la caméra. Plus à l’aise avec la plume, Raphaël Delpart ne manque pas d’idée et glisse çà et là quelques retournements de situations appréciables, jusque dans un twist final digne d’un fait divers sordide. Malheureusement, les maigres tentatives intéressantes sont automatiquement désamorcées par des excursions et des situations humoristiques tellement involontaires qu’elles en deviennent gênantes. Dommage !


FILM : Yumeno Kyusaku’s Girl Hell
RÉALISATION
: Masaru Konuma
AVEC : Asami Ogawa, Yûko Asuka, Eimei Esumi, Moeko Ezawa, Shouichi Kuwayama…
ORIGINE : Japon
GENRE : Drame, Érotique
DATE DE SORTIE : 1977
DURÉE : 1h33
SYNOPSIS : Utae et Aiko sont internes dans un pensionnat de jeunes filles particulièrement strict. Mais cette apparente rigueur morale n’est qu’un paravent que le couple d’adolescentes passionnées va bientôt déchirer.

Bien qu’elle puisse évoquer le cinéma classé X, la seconde thématique de cette 12ème édition des Hallucinations Collectives : Roman Porno – Littérature Vénéneuse, ne désigne pourtant aucunement ce genre. Créé au début des années 70 par le célèbre studio Nikkatsu, le Roman Porno ou pinku eiga (cinéma érotique japonais) est jugé comme la seule alternative pour survivre face à l’engouement croissant pour la télévision et continuer d’attirer des spectateurs dans les salles japonaises. En tout et pour tout, le studio produira environ un millier de films dans ce genre. Très encadré, le genre est soumis à plusieurs conditions. La première étant de ne jamais montrer de scènes explicites et de ne jamais montrer les parties génitales. Le tournage doit être resserré et un quota de scènes érotiques doit être présents. Au-delà de ces points, la liberté de création est quasi totale. La recette fonctionne tellement que ce genre devient la porte d’entrée idéale pour certains cinéastes, qui y auront fait leurs armes. Pour cette 12ème édition, les Hallucinations Collectives se sont penchés uniquement sur des adaptations d’œuvres littéraires dites vénéneuses (Sade, Edogawa Rampo et Yumeno Kyusaku), avec des propositions ancrées dans le style ero guro (érotique grotesque). Dès la première séance de cette thématique, Girl Hell sort des carcans du genre. D’une part par son format qui excède d’une dizaine de minutes, le minutage classique de ce type de production et d’autre part par le faible nombre de scènes érotiques. Adapté d’une nouvelle de Yumeno Kyusaku, le film de Masaru Konuma se consacre sur la relation passionnée de deux jeunes femmes, pour emmener son récit sur un terrain inattendu. L’intrigue placée dans un pensionnat catholique se construit autour de la spirale vengeresse des deux héroïnes qui implose la sphère hypocrite de cet internat religieux, pleine de faux-semblants et de perversité. Volontairement transgressif et blasphématoire, Girl Hell ne fait aucune concession en dressant un portrait âpre et douloureux, de la société japonaise patriarcale. Bluffant !


FILM : XTRO
RÉALISATION
: Harry Bromley Davenport
AVEC : Philip Sayer, Bernice Stegers, Maryam d’Abo, Danny Brainin, Simon Nash, Peter Mandell, David Cardy…
ORIGINE : Royaume-Uni
GENRE : Science-fiction, Horreur
DATE DE SORTIE : 1982
DURÉE : 1h20
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Alors qu’il s’amuse avec son fils Tony, Sam disparaît brutalement tandis que le ciel se déchire. Trois ans plus tard, une monstrueuse entité extra-terrestre attaque une femme… et Sam fait sa réapparition.

Film de science-fiction lorgnant sur le terrain horrifique, XTRO ne nous a jamais gardé un souvenir impérissable. Le retrouver au programme des Hallucinations Collectives était possiblement l’occasion parfaite de le redécouvrir, en vue d’une éventuelle réévaluation à la hausse. Mais malheureusement, notre ressenti n’a guère évolué… Pendant inverse du E.T. de Spielberg sorti la même année, XTRO possède toutefois quelques maigres qualités intrinsèques. Réalisé par Harry Bromley Davenport avec un budget dérisoire, le cinéaste livre un scénario qui tente de s’éloigner épisodiquement de sa stature de série B lambda, en surfant sur le drame familial. Une thématique sociale riche à développer qui se retrouve noyé dans un marasme de séquences saugrenues, afin de contenter les désirs horrifiques de la New Line (producteur et distributeur du film). Preuve, s’il en est, que les sabordages des producteurs ne datent pas d’hier… Certes les effets spéciaux cradingues et gores sont inventifs, malgré le manque de moyens évident, mais souffrent beaucoup trop du poids des âges pour provoquer un éventuel écœurement. On se raccroche toutefois à l’épilogue présent uniquement dans la director’s cut qui apporte une touche onirique, loin du non-sens des nombreuses divagations scénaristiques présentes çà et là.


FILM : Tous Les Dieux Du Ciel
RÉALISATION
: Quarxx
AVEC : Jean-Luc Couchard, Thierry Frémont, Mélanie Gaydos, Laurent Borel, Zélie Rixhon, David Salles, Isabelle Côte Willems…
ORIGINE : France
GENRE : Drame, Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : 15 mai 2019
DURÉE : 1h42
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Simon vit dans une ferme isolée avec sa sœur Estelle, alitée dans un état végétatif. Suite à son licenciement, il rompt encore plus le ban avec la société et se replie sur ses obsessions paranoïaques.

On ne va pas y aller par quatre chemins, Tous les Dieux du Ciel est notre premier coup de cœur de cette 12ème édition festival. Troisième film présenté dans le cadre de la compétition, ce premier long-métrage de Quarxx, nous a tapé aussi bien dans l’œil, qu’il nous a marqué l’esprit. Une production française hors du commun, dont la proposition est aussi forte que singulière, porté par un casting absolument incroyable ! Mais, on ne va pas se le cacher, Tous les Dieux du Ciel est un film clivant. Son auteur le reconnaît lui-même et l’assume totalement. Version rallongée de son court-métrage Un Ciel Bleu Presque Parfait, le film avait dès le départ était pensé comme un long-métrage. Le passage par la case court-métrage s’imposant à lui, comme une étape nécessaire pour que la version longue puisse voir le jour. Tragédie familiale à la fois touchante et malsaine, Tous les Dieux du Ciel est un film transgenre et ambivalent. Quarxx ouvre de nombreuses portes qui permettent à loisir, plusieurs interprétations possibles. Ainsi, il convoque au sein d’un seul et même film : métaphysique et réalisme qui cohabitent dans un climat paranoïaque, à la X-Files. Une sensation qui épouse parfaitement la personnalité de Simon (Jean-Luc Couchard), dont le big-bang sentimental et psychologique alterne entre rédemption et culpabilité. Fort de son expérience multi-casquette, Quarxx soigne sa mise en scène et sa direction artistique avec une incroyable efficacité, donnant une crédibilité supplémentaire à sa narration. Respect !


FILM : Le Sexe qui Parle
RÉALISATION
: Claude Mulot
AVEC : Pénélope Lamour, Béatrice Harnois, Sylvia Bourdon, Ellen Earl, Jean-Loup Philippe, Vicky Messica…
ORIGINE : France
GENRE : Comédie, Érotique
DATE DE SORTIE : 1975
DURÉE : 1h28
SYNOPSIS : Au sein d’un couple bourgeois, la libido n’est plus au rendez-vous. Un jour, le sexe de Joëlle prend la parole (en parlant du nez) et entraîne la jeune femme frustrée dans de cocasses situations.

Glissé incognito dans le Cabinet de Curiosités, Le Sexe qui Parle est en réalité le désormais fréquent « film d’amour non simulé ». Habituellement américain, le film X programmé est cette fois-ci français. Considéré comme le plus célèbre porno français, le film de Claude Mulot est une adaptation « libertine » des Bijoux Indiscrets de Denis Diderot. Comme l’indique son titre évocateur met en scène un sexe (féminin) qui parle, surfant sur la vague de la révolution sexuelle, en mettant à l’honneur les désirs de son héroïne délaissé par son mari. Son sexe se faisant porte-parole de cette dernière pour exprimer ses besoins. Particulièrement drôle et décalé, la séance c’est en toute logique transformé en une grosse poilade, avec des répliques rocambolesques, des scènes complètement absurdes et volontairement provocatrices, allant même jusqu’au blasphématoire dans une séquence avec un cureton. Mémorable !


FILM : Grey Gardens
RÉALISATION
: David Maysles, Albert Maysles, Ellen Hovde et Muffie Meyer
AVEC : Edith « Big Edie » Ewing Bouvier Beale, Edith « Little Edie » Bouvier Beale et Brooks Hyers
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Drame, Documentaire
DATE DE SORTIE : 1975
DURÉE : 1h34
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Recluses à Grey Gardens, leur insalubre demeure, « Big Edie » Bouvier Beale (80 ans) et sa fille « Little Edie » (58 ans), tante et cousine de Jackie Kennedy, occupent leurs journées entre disputes et discussions nostalgiques.

Portrait de l’ascenseur social de deux membres d’une famille mondaine américaine, Grey Gardens est un documentaire poisseux et intimiste à la fois. Dans leur processus de création d’un cinéma-vérité, les frères Maysles dessinent, sans le vouloir, les contours du phénomène moderne et voyeuriste qu’est la TV réalité. Devenu un phénomène populaire et culte aux États-Unis, ce documentaire suit le quotidien décadent de la tante et la nièce de Jacky Kennedy. Vivant recluses dans une maison délabrée et insalubre, les deux femmes passent le temps à se chamailler et ressasser leur faste et glorieux passé, aux milieux des chats et… des ordures. Observateurs plutôt qu’acteurs, les réalisateurs se contentent de filmer, avec beaucoup de retenue, les tranches de vies de leurs « personnages », condamnées à l’aigreur et la nostalgie. Classé à juste titre dans la catégorie Cabinet de Curiosités, Grey Gardens est une étrangeté improbable et quelque peu touchante, si toutefois on se laisse surprendre.


FILM : Ganja & Hess
RÉALISATION
: William Gunn
AVEC : Duane Jones, Marlene Clark, Bill Gunn, Sam L. Waymon, Leonard Jackson, Candece Tarpley, Richard Harrow…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Drame, Horreur
DATE DE SORTIE : 1973
DURÉE : 1h43
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Le docteur Hess, anthropologue afro-américain blessé par une dague sacrée, découvre les joies de l’immortalité et les souffrances du manque. Il entraîne avec lui sa maîtresse Ganja dans une inextinguible soif de sang.

Second film de la thématique Unexploited !, Ganja & Hess revisite le mythe vampirique avec une approche expérimentale. Œuvre complexe, intrigante et hallucinatoire, le film de William Gunn mériterait plusieurs visionnages pour en cerner toute son essence labyrinthique, jouant sur la temporalité des événements. Articulée autour des points de vue de trois personnages, la narration mélange en son sein le folklore africain, la religion chrétienne et l’impérialisme blanc (notamment au travers de la bourgeoisie) pour en faire une allégorie de l’addiction au travers du sang. La symbolique du chiffre trois ou du triangle narratif est omniprésente dans toutes les strates du récit, jusqu’au détail le plus anecdotique, comme des éléments de décor. Faut-il y voir une approche blasphématoire de la sainte trinité ? C’est possible. Néanmoins, la conception non conventionnelle de Ganja & Hess, tout énigmatique qu’il soit, nous laisse parfois sur le carreau. Le montage approximatif (?) n’aidant pas vraiment. Toutefois, il est clair pour nous que Ganja & Hess commet quelques erreurs. La principale étant sa conclusion qui semble incohérente avec son propos initial anticlérical. Malgré tout, l’étrangeté du récit a su piquer notre curiosité. Et rien que pour ça, on ne peut que conseiller son visionnage.


Croisement improbable entre programmes pour petits enfants et un cours d’éducation sexuelle en mode porno-trash, Peepoodo & The Super Fuck Friends ne lésine pas sur la vulgarité, tout en jouant la carte ludo-éducatif, et… ça fonctionne ! Certes il ne faut pas être allergique à l’humour corrosif. Sans jamais tomber dans la moquerie crasseuse, la série est in fine dans une démarche tolérante et aux messages plutôt positifs. Détournant tout un pan de la culture populaire (le personnage principal est doublé par Brigitte « Son Goku » Lecordier) Peepoodo & The Super Fuck Friends cache en son sein un défonçage en bonne et due forme des réactionnaires, à l’instar d’un South Park sous acide !

Pilote découvert l’année dernière en introduction de la séance de Mutafukaz aux Hallucinations Collectives, Vermin est un buddy movie ou cop-show insectoïde, où on suit les mésaventures du duo Mantos et Chemou. Polar irrévérencieux et référentiel, la série d’Alexis Beaumont, Balak et Hafid F. Benamar jouit d’une intrigue en fil rouge qui s’étale durant ses dix épisodes jusqu’à son final jubilatoire. Tout comme, Peepoodo & The Super Fuck Friends ne lésine pas dans l’excès vulgaire et gore. Le scénario profite également dans une moindre mesure à diffuser quelques critiques de notre société et à se moquer de la police.

Dernier programme de cette soirée, Crisis Jung est sur le papier la cerise sur le gâteau de cette soirée impertinente, essentiellement pour son caractère inédit. Aussi crue et référentielle que les deux séries précédentes, Crisis Jung nous plonge dans un monde post-apo psychanalytique. À la fois hommage et parodie à Ken le Survivant (pour son doublage WTF), la série se révèle toutefois décevante par l’ultra-répétition narrative de ses épisodes. Pourtant bourrés d’idées visuelles séduisantes (on croirait par moments du Jodorowsky), Crisis Jung nous a trop vite lassés et laissés sur le côté de son périple. Dommage !


Composé de huit films à durée variable, la compétition de courts-métrages cuvée 2019 à l’instar de son aînée, était d’un très haut niveau de qualité. Des propositions uniques et fortes, aussi vastes que variées, qui ont demandé un choix cornélien pour élire le seul vainqueur. La séance s’est ouverte avec un sérieux prétendant, Nursery Rhymes de Thomas Noakes. Un plan-séquence dont la très grande qualité d’exécution laisse entrevoir dans ses ultimes secondes la résolution et le drame, dans une froideur la plus totale. L’excellence se prolonge avec The Sermon de Dean Puckett et son magnifique 35 mm, qui donne une dimension supplémentaire et intemporelle à son propos libertaire anticlérical et féministe. On ne va pas se le cacher c’est celui-ci qui a obtenu notre vote. Premier et seul bémol de cette compétition avec le troisième court-métrage, Kids de Michael Frei. Film d’animation minimaliste, en noir et blanc, où un quiproquo créé la chute (et l’extinction ?) de l’humanité. Quatrième court-métrage est autre ambiance avec Maw de Jasper Vrancken. Film le plus long de cette compétition (20 minutes) racontant le curieux fantasme d’un homme celui d’être dévoré par un animal ou un monstre. Jouant sur l’ambiance et le hors-champ, cette proposition bénéficie essentiellement d’une maîtrise technique plutôt que narrative. Il reste toutefois une bonne surprise. C’est au tour de Limbo réalisé par Daniel Viqueira de tout transporter dans un autre univers, l’un des cercles de l’enfer : les limbes. On y suit la boucle infernale d’un homme qui doit revivre sans cesse son crime impardonnable et violent. Dernier film d’animation de cette compétition avec Coyote de Lorenz Wunderle, un court-métrage au design proche des créations Matt Groening qui raconte la vengeance sanglante d’un coyote, suite au meurtre de sa famille. Avant-dernier film de cette compétition, avec le très bon Blue de Samantha Severin. Un œuvre complexe à l’esthétique irréprochable qui questionne avec intelligence les thématiques du voyeurisme et du doppelgänger dans une étrange mise en abyme. Le temps d’un instant le film met à contribution notre rôle de spectateur-acteur, en brisant le quatrième mur avec subtilité et habileté. La compétition touche à sa fin avec le dernier bijou de cette sélection : The Boogeywoman d’Erica Scoggins. Plaçant son intrigue dans un roller-dance, la proposition de la réalisatrice joue et revisite les codes des légendes urbaines et de l’éveil à la sexualité, en mettant les femmes au premiers plan et au cœur de son histoire. Superbe !

The Sermon de Dean Puckett


FILM : Factory
RÉALISATION
: Yuri Bykov
AVEC : Vladislav Abashin, Andrey Smolyakov, Dmitry Kulichkov, Ivan Yankovskiy, Petr Barancheev, Kirill Polukhin, Denis Shvedov…
ORIGINE : Russie, France, Arménie
GENRE : Thriller, Drame
DATE DE SORTIE : 3 juillet 2019
DURÉE : 1h49
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : La fermeture de leur usine pousse un groupe d’ouvriers à la dernière extrémité : kidnapper leur patron, un oligarque a priori intouchable, pour lui extirper une rançon qui fera office d’indemnités de départ.

Retour au long-métrage et sa compétition avec cette fois un film russe : Factory. À noter que c’est la première fois que ce pays est présent dans l’histoire de la compétition du festival. Une entrée fracassante pour un polar sous tension avec un discours social fort doublé d’une analyse sans langue bois et rugueuse du pays. Les inspirations et les thématiques qui ont fait la force du cinéma sud-coréen sont omniprésents dans ce film réalisé par Yuri Bykov. L’histoire se passant essentiellement dans une usine métallurgique, le bâtiment autant austère que froid devient le théâtre majeur du film, autant qu’il est un témoignage « vivant » de l’histoire russe, en devenant un personnage à part entière. Parfaitement interprété et raconté sans fioritures, il est très difficile de théoriser sur une quelconque issu du récit jusque dans ses ultimes secondes. Les revirements de situation peuvent basculer dans un sens comme dans un autre, à chaque instant. Yuri Bykov à très bien comprit que cet élément important est le point fort de son récit et articule sa narration en faisant de celui-ci la colonne vertébrale de sa narration. En revanche, une approche subversive et radicale supplémentaire n’aurait pas été de refus et aurait pu transformer Factory en chef-d’œuvre !


FILM : Quelli Che Contano
RÉALISATION
: Andrea Bianchi
AVEC : Henry Silva, Barbara Bouchet, Fausto Tozzi, Vittorio Sanipoli, Patrizia Gori, Dada Gallotti, Mario Landi…
ORIGINE : Italie
GENRE : Policier
DATE DE SORTIE : 1974
DURÉE : 1h37
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : De retour des États-Unis, le gangster Tony Aniante débarque en Sicile pour semer la discorde entre deux familles mafieuses locales. Un moyen comme un autre de faire un peu de ménage par le vide.

Premier film de la carte blanche à Hélène Cattet et Bruno Forzani, Quelli Che Contano est un western contemporain dans le milieu de la mafia sicilienne. Empruntant beaucoup d’éléments au poliziottesco (néo-polar bis italien), le film d’Andrea Bianchi nous a été vendu d’entrée de jeu comme l’œuvre la plus violente et jusqu’au-boutiste du genre… Et en effet, la rumeur et l’aura qui aura précédé la séance étaient loin d’être fausse. Cru et sulfureux, Quelli Che Contano ne fait pas dans la dentelle et il vaut mieux sortir la calculette pour compter le nombre de cadavres à la pelle. Pour couronner le tout, la chaleur omniprésente du métrage suinte de chacune des images pour mieux nous abattre par le feu de son ultime séquence en révélation, certes prévisible. Une belle mise en bouche de cette carte blanche riche en émotion !


FILM : In Fabric
RÉALISATION
: Peter Strickland
AVEC : Marianne Jean-Baptiste, Gwendoline Christie, Fatma Mohamed, Hayley Squires, Julian Barratt, Leo Bill, Simon Manyonda…
ORIGINE : Royaume-Uni
GENRE : Thriller, Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : Prochainement
DURÉE : 1h59
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Une superbe robe rouge, fierté de la boutique de prêt-à-porter Dentley & Soper’s, passe de corps en corps et torture ses différent(e)s propriétaires avec un certain raffinement dans la cruauté.

Habitué du festival et de la compétition Peter Strickland est de retour avec son quatrième long-métrage In Fabric. Un des chouchous des festivaliers, mais pas vraiment le nôtre (hormis Berberian Sound Studio), dire que son nouveau film est une des plus grosses attente de cette édition est un doux euphémisme. Mais contre tout attente, celui-ci à très nettement divisé. On ne va pas y aller par quatre chemins, on fait partie de ses plus fervents détracteurs, bien qu’il possède des qualités. Lesquels ? Celles que tout le monde connaît et reconnaît en règle générale, son esthétique et sa mise en scène relève toujours du talent. Une très grande force qui malheureusement ne fait pas la totalité d’un film, surtout face au grand handicap d’In Fabric qui n’est autre que son histoire et sa narration. Bien qu’on en comprenne ses enjeux, en plus de les partager, à savoir l’envie de tordre le cou au culte de l’apparence, de la consommation et plus généralement au monde de la mode, l’exécution tombe dans la caricature et la surenchère à outrance. Sur le même sujet privilégiez plutôt l’imparfait The Neon Demon de Nicolas Winding Refn qui fait bien plus mouche que celui-ci. Pourtant l’idée de véhiculer le message au travers d’une robe maudite en taille 36, (croisement improbable entre Christine de John Carpenter et Rubber de Quentin Dupieux) qui circule tragiquement de personne en personne pour augmenter son tableau de chasse, était excellente. Mais la cassure en plein milieu de métrage pour passer d’un personnage principal à un autre est trop brutale qu’on en décroche instinctivement. D’autant plus quand on s’est attaché et identifié à la première qui nous est présentée, Sheila interprété avec brio par Marianne Jean-Baptiste, et qu’on nous l’arrache sans crier gare ! Surtout pour la remplacer par un autre personnage aussi cliché qu’insupportable, sans nous l’avoir introduit auparavant. Difficile de faire pire pour nous éjecter d’un film… Pour nous achever, Peter Strickland place en fil rouge et continu de son récit l’omniprésence de vendeurs dont l’excentricité et la mécanique répétitive des dialogues sont aussi excessives qu’atroces. À oublier vite, très vite !


FILM : Sweet Sweetback’s Baadassssss Song
RÉALISATION
: Melvin Van Peebles
AVEC : Melvin Van Peebles, Simon Chuckster, Hubert Scales, John Dullaghan, Mario Van Peebles, Niva Rochelle, West Gale, Rhetta Hughes…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Drame, Thriller
DATE DE SORTIE : 1971
DURÉE : 1h38
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Pour avoir donné une correction à deux flics racistes et aidé un jeune militant à s’enfuir, Sweetback devient la cible prioritaire de la police de L.A. Une seule solution pour un homme noir avec « The Man » sur le dos : courir…

Encore un film clivant pour clôturer cette cinquième journée de festival avec le troisième film de la thématique principale Unexploited !. Précurseur et déclencheur de la Blaxploitation, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song en possède déjà tous les codes. Son personnage principal est hypersexualisé et loué par ses prouesses sexuelles (ce qui vaudra son surnom et titre du film). Criminel pour les uns et modèle de vertu pour les autres, il est à fois une menace et un héros, selon les points de vue. Manichéen et/ou portrait d’un certain réalisme sociétal selon les opinions, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song est une pièce maîtresse de l’histoire cinéma américain. Son importance est tel que le film est devenu un manifeste politique pour les militants de la cause noire américaine. C’est donc en toute logique, qu’il est devenu le porte-étendard de la lutte des droits civiques et des Black Panthers. Principalement pour sa séquence dénonciatrice des violences racistes et policières blanches sur le passage à tabac d’un jeune militant noir, « vengé » et défendu par le fameux Sweetback, interprété par le réalisateur lui-même Melvin Van Peebles. Malgré ses qualités dénonciatrices politisées, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song possède toutefois une problématique de taille dans sa scène d’ouverture, avec une scène érotique entre une femme d’une trentaine d’années et un Sweetback encore adolescent, interprété par le très jeune Mario Van Peebles (fils du réalisateur). Réalisé et monté avec une approche psychédélique non conventionnelle (textures multicolores, pellicule surexposée) et rythmé sur la musique funky et survolté d’Earth, Wind and Fire, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song peut surprendre et décontenancer. Les nombreux ressentis d’après-séance l’ont d’ailleurs très bien confirmé. Au-delà de ce sentiment tout à fait légitime, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song reste toutefois un film majeur et populaire fondamental pour la communauté afro-américaine et les militants qui se battent contre l’oppression.


Pour la première séance du dimanche matin, on retrouve Hélène Cattet et Bruno Forzani pour leur carte-blanche avec une projection double programme court-métrage franco-français et couple à la ville, Carne de Gaspar Noé et La Bouche de Jean-Pierre de Lucile Hadzihalilovic.

FILM : Carne
RÉALISATION
: Gaspar Noé
AVEC : Philippe Nahon, Blandine Lenoir, Frankye Pain, Helene Testud, Lucile Hadzihalilovic.
ORIGINE : France
GENRE : Drame
DATE DE SORTIE : 1991
DURÉE : 0h40
SYNOPSIS : Un boucher chevalin de la région parisienne élève seul sa fille. Le jour de ses premières règles, elle panique et va retrouver son père à la boucherie. À la suite d’un malentendu, ce dernier croit qu’elle a été violée en chemin.

Premier film de Gaspar Noé, Carne possède déjà tous les éléments qui définissent son cinéma. Une esthétique brute et agressive, un cinéma volontaire choquant et dérangeant, mais qui peut aussi émouvoir. L’objectif étant, le plus souvent, de nous faire sortir de notre zone de confort, en allant gratter la face sombre de l’humanité pour la confronter à notre regard. Avec Carne, Gaspar Noé joue sur le caractère évolutif de nos émotions au travers du personnage de boucher chevalin, incarné avec brio par Philippe Nahon. On éprouve, tout d’abord de la compassion pour sa situation monoparentale avec sa fille handicapé mentale, puis du dégoût dès que ses désirs incestueux surviennent. La suite du récit ne fera qu’amplifier notre aversion pour ce personnage violent, haineux et raciste qui plonge dans une déchéance la plus totale. Avec sa durée d’une quarantaine de minutes, Carne est le solide prélude et la parfaite mise en bouche de son premier long-métrage jusqu’au-boutiste qu’est Seul Contre Tous.


FILM : La Bouche de Jean-Pierre
RÉALISATION
: Lucile Hadzihalilovic
AVEC : Denise Aron-Schropfer, Sandra Sammartino, Michel Trillot.
ORIGINE : France
GENRE : Drame
DATE DE SORTIE : 1997
DURÉE : 0h53
SYNOPSIS : A la suite de la tentative de suicide de sa mère, Mimi est recueillie par sa tante. L’arrivée du fiancé de celle-ci va troubler la jeune fille, jusqu’à lui faire perdre le sommeil.

Film miroir de Carne dans sa thématique, La Bouche de Jean-Pierre de Lucile Hadzihalilovic traite d’un sujet quelque peu similaire mais avec une approche et une sensibilité différente. Moins brute et agressif que le cinéma de Gaspar Noé, le cinéma de Lucile Hadzihalilovic joue plutôt la carte de l’ambiance, la mélancolie et le symbolisme. Moins cash mais tout aussi anxiogène et révélateur dans ce qu’il dénonce, La Bouche de Jean-Pierre dresse un portrait de la (f)Rance xénophobe, sans concessions. Poisseux, dépressif mais malheureusement réaliste !


Projeté avant la séance de We, le court-métrage Moi Rodrigo : L’Ange de la Mort de Jean-Baptiste Herment nous a été proposé. Un hommage, déguisé en film dramatique, à la série film avec le catcheur titre Santo, filmé dans un très beau noir et blanc. À noter également l’apparition de Lloyd Kaufman et son super-héros culte Toxic Avenger de chez Troma, qui nous à donner le sourire.


FILM : We
RÉALISATION
: Rene Eller
AVEC : Aimé Claeys, Pauline Casteleyn, Gaia Sofia Cozijn, Vincent De Boer.
ORIGINE : Pays-Bas, Belgique
GENRE : Drame
DATE DE SORTIE : Inédit
DURÉE : 1h39
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Les vacances estivales venues, une bande d’ados d’un village de Flandres se lance une série de défis. L’émulation du groupe les pousse à aller toujours plus loin dans la transgression.

On retourne à la compétition avec probablement le film qui nous intéressait le moins et pourtant… quel claque ! We est incontestablement le film qu’aucun des festivaliers n’a vu venir. Version XXIème siècle du Spetters de Paul Verhoeven, We est le film parfait pour illustrer la jeunesse d’aujourd’hui qui tente de créer ses propres repères. Sans tomber dans la moralisation, le premier film de Rene Eller articule son film via quatre chapitres qui ne fait aucune concession. Un puzzle dramatique qui se construit au travers des points de quatre personnages, mais dont on comprend le véritable sens une fois toutes les pièces assemblées. Le cinéaste nous présente une bande d’adolescents innocents et futiles qui, pour se libérer du joug parental et d’une politique rurale austère, vont tomber dans une spirale destructrice totalement incontrôlable. Un engrenage fatal qui détruit peu à peu cette cohésion de groupe et dont les dommages collatéraux vont aller jusqu’à briser l’hypocrisie morale et réactionnaire sur laquelle s’est battit leur ville et ses habitants. Film choc avéré, We prend aux tripe autant par sa mise en scène brillante que par la présence et la prestation ultra convaincante de son casting irréprochable. We est le film coup de poing qui nous a tous mis KO pour le reste de la journée.


Court-métrage surprise en présence de son réalisateur Jean-Charles Mbotti Malolo, Make It Soul est un très bel hommage à James Brown et Solomon Burke, deux géants de la Soul Music. Superbement réalisé à partir des magnifiques dessins de Simon Roussin, ce court-métrage met à l’honneur l’importante portée politique qu’on eut le King of Rock and Soul et le Soul Brother n°1 sur l’Amérique des années 60, au travers de leur musique.


FILM : Top of the Heap
RÉALISATION
: Christopher St John
AVEC : Christopher St. John, Paula Kelly, Florence St. Peter, Leonard Kuras, John Alderson, Patrick McVey, Allen Garfield…
ORIGINE : États-Unis
GENRE : Drame
DATE DE SORTIE : 1972
DURÉE : 1h30
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : George Lattimer est un des rares agents de couleur au sein de la police de Washington. Pression sociale et rêves brisés vont nourrir son amertume et sa colère, lui faisant progressivement perdre pied.

Dernier film de la thématique Unexploited !, Top of the Heep est celui qui nous à le moins convaincu de cette sélection. Pourtant sa plongée dans la psyché de son personnage principal, en pleine crise d’identité sur sa place et son rang social, est loin d’être inintéressant. Les réflexions qu’elles questionnent sont passionnantes, mais peine à convaincre. La faute a un traitement dramaturgique mal exploité, au travers de différents tableaux aussi hallucinatoires qu’improbables, qui dénature la portée du message. Pourtant l’approche tonale corrosive et sarcastique était loin d’être une mauvaise idée, mais l’exécution avant-gardiste et fantasmagorique visuel de Christopher St John est laborieuse et gênante. Dommage !


FILM : 1987 : When The Day Comes
RÉALISATION
: Joon-Hwan Jang
AVEC : Yun-Seok Kim, Ha Jung-Woo, Hae-Jin Yoo, Kim Tae-Ri, Park Hee-Soon, Lee Hee-Joon, Park Kyung-Hye…
ORIGINE : Corée du Sud
GENRE : Drame, Historique
DATE DE SORTIE : Inédit
DURÉE : 2h09
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : La mort accidentelle d’un étudiant pendant un interrogatoire beaucoup trop poussé et le camouflage de la vérité par les instances étatiques exacerbent les tensions socio-politiques en Corée du Sud.

Depuis quelques années maintenant, la Corée du Sud explore son histoire contemporaine avec une profonde envie critique, sans aucune complaisance pour les différentes institutions qui ont gouvernés le pays, d’une main de fer. Dernièrement, A Taxi Driver d’Hun Jang avait frappé fort, très fort. Malheureusement, le film n’est jamais sorti en salles en France. 1987 : When The Day Comes, nouveau film de Joon-hwan Jang à qui l’on doit le très bon Save The Green Planet, en prend le triste même chemin… Étant friand de cinéma coréen et de films engagés, dire que nous attendions beaucoup de ce film est un doux euphémisme. Et il s’en va sans dire que la confiance aveugle que nous lui portions, nous a été rendu au centuple, jusqu’à en devenir pour nous : le top du top de ce que la compétition a pu nous offrir jusqu’à présent. Fresque monumentale et ambitieuse, 1987 : When The Day Comes est un puissant thriller politico-historique qui ne fait pas dans la demi-mesure pour pointer du doigt le dictat étatique militaire de la Corée du Sud dans leur chasse aux sorcières des communistes. D’une fluidité totale, malgré la dizaine de protagonistes principaux, la teneur de l’intrigue et sa narration filmique sont d’une impressionnante efficacité de bout en bout qu’aucune longueur sous-jacente n’existe. Les deux heures de récit passent à une vitesse folle, tant la charge émotionnelle de son histoire et la grande implication de son incroyable casting est absolument captivante. Même la surcharge affective qui va jusqu’aux tires-larmes devient anecdotique, tant la maîtrise du sujet de Joon-hwan Jang est totale. Chef-d’œuvre !


Dernier court-métrage introductif de cette journée, Dreams From The Ocean est une boucle cauchemardesque en stop-motion de cinq meurtres successifs sur la même personne. Le film de Carolina Sandvik est d’une radicale précision formelle et esthétique, bien que trop redondant pour être captivant jusqu’au bout.


FILM : Woods are Wet : Woman’s Hell
RÉALISATION : Tatsumi Kumashiro
AVEC : Hiroko Isayama, Rie Nakagawa, Hatsuo Yamatani, Moeko Ezawa, Akira Takahashi,Yuri Yamashina.
ORIGINE : Japon
GENRE : Drame, Érotique
DATE DE SORTIE : 1h07
DURÉE : 1973
SYNOPSIS : Sachiko, jeune, pure et innocente, trouve refuge chez un couple fortuné dont le caractère déviant des distractions ne va pas tarder à poindre. Elle se voit projetée au cœur d’un théâtre de la cruauté et des plaisirs infernaux.

C’est l’heure de l’avant-dernier film de la seconde thématique Roman Porno, avec Woods Are Wet : Woman’s Hell. Puisant son histoire librement dans la nouvelle Justine du Marquis de Sade, le film de Tatsumi Kumashiro monte crescendo dans la perversité SM avec une approche tragi-comique, qui tourne très vite au WTF complet. Notamment grâce à l’apport de caches noires d’autocensures volontaires sur certaines parties du corps (ou pas) des différents protagonistes, ce qui accentuent grandement le ton grotesque du métrage, en plus d’être un pied-de-nez à la censure. Malgré la faible durée du film (une petite heure), l’aspect mécanique de la narration dans les jeux pervers de ces bourgeois, en quête de sensation forte oppressive sur une classe supposée inférieure, devient rapidement lassant. Woods Are Wet : Woman’s Hell reste toutefois une étrange curiosité à découvrir pour les amateurs du genre, mais qui est très vite oubliable.


FILM : La Maison des Perversités
RÉALISATION
: Noboru Tanaka
AVEC : Junko Miyashita, Renji Ishibashi, Tokuko Watanabe, Aoi Nakajima.
ORIGINE : Japon
GENRE : Érotique
DATE DE SORTIE : 1976
DURÉE : 1h16
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Depuis le grenier, Saburo observe en secret les habitants d’une pension, leurs manies et leurs travers. Jusqu’à ce que la criminelle Minako lui rende son regard, scellant dès lors leur perverse complicité.

La thématique Roman Porno s’achève avec ce troisième et dernier film. Réalisé par Noboru Tanaka, La Maison des Perversités jouit d’une beauté formelle implacable et éthérée. Adaptation fusionné de deux récits littéraires d’Edogawa Ranpole film nous plonge dans le Japon des années 20 en pleine libération culturelle. L’intrigue de Noboru Tanaka s’articule autour d’un jeu pervers et mortifère entre ses deux personnages principaux qui monte crescendo. Jouant sur le terrain de l’exhibitionnisme et du voyeurisme, les deux protagonistes s’abandonnent à toute forme d’excès, se nourrissant l’un de l’autre, jusqu’à défier toutes formes de moralité possibles. Une descente aux enfers progressive et sans possibilités de retour, dont la seule finalité ne peut être autre que la mort. Le film s’achève dans un tremblement de terre punitif (le séisme de Kantō en 1923), dont l’image finale lourde de sens (une femme qui actionne une pompe située dans les décombres tirant du sang au lieu de l’eau du sol) préfigure le basculement militaire et totalitariste japonais au travers de l’ère Showa. Glaçant !


Court-métrage de cinq minutes, Belial’s Dream nous plonge dans la psyché fantasmagorique du personnage culte du film Frère de Sang (Basket Case en VO) de Frank Henenlotter : Belial. Réalisé intégralement en stop-motion par l’animateur Rober Morgan, Belial’s Dream est aussi glauque et dérangeant que la saga culte des années 80.


FILM : Luz
RÉALISATION
: Tilman Singer
AVEC : Luana Vellis, Jan Bluthardt, Julia Riedler, Nadja Stübiger, Johannes Benecke.
ORIGINE : Allemagne
GENRE : Épouvante, Horreur
DATE DE SORTIE : Inédit
DURÉE : 1h10
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Une conductrice de taxi débarque dans un commissariat, de nuit, dans un état a priori second. Poursuivie par un démon épris de ses charmes, elle se pense à l’abri. Déboule alors un médecin spécialiste de l’hypnose.

Dernier film de la compétition long-métrage, Luz de Tilman Singer est encore une fois l’un des nombreux films clivant de cette douzième édition du festival, mais sûrement le plus étrange d’entre eux. Un objet filmique curieux qui ne peut que fasciner ou rebuter. Pour nous, il s’agit clairement du premier choix. Thriller surnaturel construit comme un puzzle narratif expérimental à couper le souffle, ce film de fin d’étude de Tilman Singer est à la fois élégant et audacieux. Bien que son esthétique visuelle soit assez minimaliste, sa dimension atmosphérique, son grain 16 mm d’une grande beauté et son design sonore, confèrent à ses images un pouvoir hypnotique qui donne corps à cette lutte du Bien et du Mal. Une confrontation qui a lieu au travers d’enveloppes charnelles humaines qui s’aventurent et se transmettent de corps en corps. Des humains relégués au simple statut d’objet ou réservoir qui tentent, tant bien que mal, de reprendre le dessus sur ces entités démoniaques dans quelques rares moments de lucidité. Une dimension supplémentaire qui ajoute un illogisme additionnel confondant. Bousculant toutes règles temporelles et narration conventionnelle, ce Scanner ésotérique et blasphématoire est aussi surprenant qu’effrayant, si tant est qu’on se laisse porter par son concept inhabituel et volontairement tordu. En tout cas, nous on a adoré à un point tel qu’on a hâte de le revoir (plusieurs fois) afin d’en décoder et disséquer tous ses différents dégrés de lecture et strates narratives. Avec ce premier film singulier, Tilman Singer frappe fort, très fort !


FILM : Millennium Actress
RÉALISATION
: Satoshi Kon
AVEC : Miyoko Shôji, Mami Koyama, Fumiko Orikasa, Shôzô Iizuka, Hirotaka Suzuoki, Hisako Kyôda, Tomie Kataoka…
ORIGINE : Japon
GENRE : Animation, Drame, Fantastique, Romance
DATE DE SORTIE : 2001
DURÉE : 1h27
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Un journaliste et un cadreur de télévision s’en vont interviewer Chiyoko Fujiwara, célèbre actrice japonaise sans âge d’un cinéma populaire oublié. Recluse dans une retraite paisible, elle raconte sa vie.

Dernier film de la carte blanche à Hélène Cattet et Bruno Forzani, Millenium Actress de Satoshi Kon est un labyrinthe entre réalité et onirisme, qui demande lui aussi plusieurs visionnages pour en cerner tous ses nombreux sens. Au travers de ce film d’animation, on y suit une équipe de documentaire qui cherche à retracer l’histoire et la carrière d’une ancienne gloire du cinéma, Chiyoko Fujiwara, qui vit désormais recluse et à l’écart de la société. Au travers de son histoire riche en émotion où les souvenirs se mêlent à la fiction, dans un terrain propice à l’imagination la plus totale, la madone dévoile le secret de son histoire d’amour perdue, comme une source de regret. La confusion entre ses univers confère une nouvelle source d’espoir hallucinatoire où les deux mondes se rejoignent, et où l’impossible devient finalement possible. Ode au cinéma et l’histoire du Japon, Millenium Actress évoque en son sein la puissance du souvenir comme remède à tous les maux. Sublime ! Et en plus il y a Godzilla, c’est donc forcément un excellent film.


La douzième édition du festival touche à sa fin, et avec elle est venu le temps du film de clôture et de sa traditionnelle séance de remise de prix qui aura vu notamment les deux prix (Grand prix et Prix Jury Lycéen) remis au même court-métrage, pas notre préféré mais incontestablement l’un des meilleurs. On est toutefois bien plus circonspect quant au prix du jury pour la compétition long-métrage qui a récompensé le pire film de la compétition, dont l’excentricité pourtant énervante à du leur taper dans l’œil… La satisfaction est toutefois au rendez-vous une fois le grand prix décerné au meilleur film d’une compétition qui a frisé l’excellence.

Grand Prix de la compétition longs-métrages :

1987 : When The Day Comes de Jang Joon-Hwan

Grand Prix de la compétition courts-métrages :

Nursery Rhymes de Thomas Noakes

Prix du Jury pour la compétition longs-métrages :

In Fabric de Peter Strickland

Prix du Jury Lycéen pour la compétition courts-métrages :

Nursery Rhymes de Thomas Noakes

Nursery Rhymes de Thomas Noakes


FILM : Golden Glove
RÉALISATION
: Fatih Akin
AVEC : Jonas Dassler, Katja Studt, Marc Hosemann, Tristan Göbel, Victoria Trauttmansdorff, Margarete Tiesel, Adam Bousdoukos…
ORIGINE : Allemagne
GENRE : Drame, Thriller
DATE DE SORTIE : Prochainement
DURÉE : 1h50
BANDE-ANNONCE
SYNOPSIS : Fritz a un gros problème de boisson. Et il a un encore plus gros problème avec les femmes, qu’il massacre régulièrement dans son appartement insalubre, empuanti des bouts de corps planqués dans les murs.

Adapté d’un roman, lui même tiré d’un fait réel, Golden Glove de Fatih Akin débarque en tant que film de clôture précédé d’une réputation sulfureuse à la Berlinale, où il a plus que remuer son audience. Fatih Akin relate l’histoire vraie de Fritz Honka, tueur en série allemand des années 1970, dans le quartier de St Pauli à Hambourg. Personnage au physique déformé et repoussant qui attire des vieilles femmes solitaires chez lui pour tenter de coucher avec elle malgré son impuissance. Frustré, il déverse sa colère sur elle en les tuant, avant de les couper en morceaux, puis de cacher les différents membres dans les cloisons de ses murs… Jouant essentiellement sur le hors champs et le design sonore, Fatih Akin ne montre aucune complaisance pour cet abject psychopathe misogyne et alcoolique. Au contraire il préfère, à raison, se moquer constamment de lui, pour souligner son pathétisme. Ainsi il ne rate aucune occasion de ridiculiser son personnage en jouant la carte de l’humour noir à gogo. Golden Glove est donc une plongée crasseuse, où Fatih Akin n’hésite jamais à remuer la merde et nous la faire exploser au visage pour nous rappeler les nombreux travers de l’homme.


Douze éditions plus tard, l’équipe des Hallucinations Collectives a une fois encore mis du cœur à l’ouvrage pour nous sortir une formule encore haute en couleur et riche en émotions. Un très grand cru qui va rester une fois encore, dans les annales du festival. Notamment pour le très haut niveau de ses compétitions qui en a fait une des plus fortes de l’histoire des Hallus. Vivement l’année prochaine pour la treizième édition du festival qui devrait avoir lieu du 7 au 13 avril 2020.


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