9ème édition des Hallucinations Collectives : Jour 5

Cinquième journée en terre hallucinée avec un programme très riche : la compétition de courts-métrages et quatre longs-métrages (dont deux en compétition).

La journée commence en fin de matinée avec la compétition de courts-métrages (ou le public prend part au vote) plus remplie que d’habitude, ce qui fait bien plaisir. Une sélection de sept films plutôt variés qui permet de viser un public plus large selon les goûts de tout à chacun : The Procedure de Calvin Reeder, The Pride of Strathmoor de Einar Baldvin, Greener Grass de Paul Brigandi, Leshy de Pavel Soukup, Portal to Hell !!! de Vivieno Caldinelli, La Voce de David Uloth et Manoman de Simon Cartwright. Personnellement, mon choix à la sortie de cette séance s’est porté sur le film tchèque Leshy de Pavel Soukup. Un film fantastique basé sur le Léchi, un esprit de la forêt et des arbres, tiré de la mythologie slave. Très proche de l’univers du Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, ce court-métrage de type conte pour adulte bénéficie d’une photographie d’une très grande beauté à l’image de son histoire sous fond écologique. Une vraie merveille.

Après une pause d’une heure en plein soleil, retour dans la salle obscure pour la suite de la compétition de longs-métrages avec le film danois Men & Chicken de Anders Thomas Jensen. Un des films que j’attendais dans cette compétition, notamment par sa bande-annonce qui présageait un film à l’humour noir complètement fou. Ce qui fut totalement le cas. Le pitch raconte l’histoire de deux frères qui partent sur une île pour retrouver leurs parents biologiques suite au décès de leur père adoptif. Porté, entre autres, par un de mes acteurs fétiches Mads Mikkelsen, cette production est une sorte de Freaks (de Tod Browning) complètement déjanté. Derrière les situations tragi-comiques proches de l’absurde (dans le sens non péjoratif du terme), Jensen exploite les thèmes du sens de la famille et la quête de la tendresse. Mention spéciale au travail de maquillage grimant les acteurs d’un bec de lièvre d’une grande crédibilité. Jouissif et divertissant à souhait.

Petite pause dans la compétition avec l’avant-dernier film de la thématique, Les Singulières, avec le long-métrage Créatures Célestes de Peter Jackson. Seul film du réalisateur que je n’avais pas encore eu le plaisir de découvrir. Et quel plaisir, mes amis, quel plaisir. Avec ce film, le célèbre réalisateur néo-zélandais, propose simplement son plus beau film. Tiré d’un fait divers dramatique, Peter Jackson se focalise sur la rencontre de deux jeunes filles au destin tragique en nous racontant leur histoire avec un sens de la dramaturgie et de la poésie déconcertante. Bien aidé par l’excellente prestation de ses comédiennes, le résultat est un quasi chef-d’œuvre. Réalisé en 1994, on retrouve toutes les facettes qui caractérisent le style Jackson. Courte-focale déformante issue de ses premiers films, ainsi que les prémices des grandes envolées de caméra aérienne que l’on retrouvera plusieurs années plus tard dans ses deux trilogies consacrées à l’œuvre de Tolkien. En plus de sa patte de mise en scène, Peter Jackson prend des accents de cinéma anglais, autant dans sa direction d’acteur que dans les séquences fantasmagoriques rappelant l’œuvre de Shakespeare (surtout celui d’Hamlet). Jackson est définitivement un réalisateur de talent.

Retour à la compétition avec le dernier long-métrage que j’attendais le plus dans cette sélection, Green Room de Jeremy Saulnier. Déjà très fan de son long-métrage précédent, Blue Ruin, le synopsis ainsi que la bande-annonce de ce survival, ont définitivement placé ce film parmi mes challengers de la compétition. Le pitch est très simple, un groupe de punks se retrouve pris au piège face à des skins suite à la découverte d’un cadavre. Totalement anxiogène, ce siège rappelant le célèbre Assaut de John Carpenter nous tient en tension pendant ses 95 minutes de violence à l’état brut. Pourtant très premier degré dans son approche, le film fonctionne grâce à une interprétation impeccable et une réalisation efficace, proposant un face à face entre Anton Yelchin et un Patrick Stewart aux allures de Walter «Heisenberg» White de Breaking Bad. Brutal !

Place maintenant au premier film de la carte blanche de l’invitée du festival : Lucile Hadzihalilovic, avec le film russe (URSS pour être précis) Lettres d’un Homme Mort de Konstantin Lopouchansy. Un long-métrage de science-fiction qui raconte l’histoire de survivants après une apocalypse atomique. Une perle rare, surprenante par sa vision réaliste d’un monde post-apocalyptique. Expérimentale dans sa photographie (comme bon nombre de films soviétiques), la narration est totalement nihiliste et ne laisse guère de place à l’espoir. Malgré son scénario minimaliste, Lettres d’un Homme Mort regorge de force dramatique dans la composition de ses plans. Encore aujourd’hui, il est difficile de trouver des scènes aussi marquantes de destructions atomiques et de villes ravagées. Un grand moment de cinéma terriblement glaçant.

On se retrouve demain pour le compte-rendu de l’avant dernier jour du festival avec la suite (et fin, seulement pour l’équipe presse) de la compétition et des films thématiques.

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