Christophe Gans

Comme vous le saviez cette année, nous étions encore présents sur l’excellentissime festival Hallucinations Collectives qui ont offert une carte blanche au réalisateur Christophe Gans que nous avons l’honneur et le plaisir d’interviewer. Et ce qu’il y a de bien quand on interviewe quelqu’un comme lui, c’est qu’on a affaire avec une personne qui est comme un livre ouvert. Un cinéaste et cinéphile passionné, qui pourrait nous parler pendant des heures sans jamais nous lasser. Une source intarissable quand on le lance sur le sujet du cinéma mais également sur des domaines comme le jeu vidéo et la japanime. Un entretien de 45 minutes, extrêmement riche et intense en plus d’être passionnant avec un Homme qui parle sans langue de bois et qui en a même profité pour nous lâcher quelques exclusivités. Un entretien que l’on partage avec vous, avec grand plaisir.


Par rapport à ta carte blanche, qu’évoque pour toi « Hallucinations Collectives » en terme de film ?

Là sans réfléchir, je dirais que ça évoque pour moi le cinéma des années 70 qui a été qualifié de psychédélique à une certaine époque et qui a été aussi un cinéma aussi sous influence de substance (rires). Dans ma carte blanche, il y a un film en particulier qui est Les Frissons de l’Angoisse, dont on sait que Dario l’a tourné la nuit essentiellement et sous influence de champignons hallucinogènes. Ce qui explique sans doute la facture quasiment rock du film, la musique des Goblin et également la façon dont le film explore un univers où tout est absolument lié à la paranoïa puisqu’Argento visiblement, quand il fait des films, a peur de tout. Il a peur des choses même les plus petites qu’il peut y avoir sur une table, il a peur des grandes places vides, il a peur des rues, il a peur des fenêtres, il a peur des coins de porte, il a peur de tout dans le film. Je crois que ça, c’est lié effectivement à cet état qu’on peut décemment traiter d’hallucinatoire et en tout cas, dans le cas d’Argento, il a réussi à nous le communiquer. Les Frissons de l’Angoisse, que j’ai vu au moins 50 fois, et je me fais encore une joie de le revoir demain, parce que cela fait partie de ces expériences totalement étranges au cinéma. Non seulement on voit un film qui est extrêmement formidable, mais, en plus, il nous emmène sur des terrains que nous emmène quasiment aucun autre film. Mais en matière d’hallucinations collectives si on veut être encore plus proche de nous, quand je vois la bande-annonce du prochain Mad Max, j’ai eu ce moment que j’attends toujours qui est le moment du décollage. Ce moment où on regarde l’écran et où on est, en quelque sorte, totalement absorbé par l’écran, et où l’on est totalement absorbé par lui, et où l’on finit par perdre pratiquement la notion du corps. Je pense que le prochain Mad Max, s’il ne nous déçoit pas, sera une vraie hallucination collective.

La Belle et la Bête de Christophe Gans

Concernant ton film La Belle et la Bête, tu avais récemment déclaré avoir fait ce film notamment pour prouver que l’on pouvait faire en France des films avec de grands effets visuels. As-tu eu un écho au niveau international et en France par rapport à cela ?

Ce qui m’intéressait essentiellement c’était de faire un film en extension numérique. J’envisage chacun de mes films comme une sorte de défi par rapport à une donne qui semble pré-établie. C’est vrai que mes films entre eux sont parfois l’inverse des uns et des autres, par exemple Le Pacte des Loups est un film en extérieur alors que La Belle et la Bête est entièrement fait en studio. Donc ça me semblait intéressant de me dire: « Tiens y’a une idée reçu, voyons voir si on peut la remettre en question ». L’idée reçue,  c’est, qu’en France, on ne peut pas faire d’effets spéciaux. Certains n’en démordent pas. On a pourtant d’excellentes firmes françaises d’effets spéciaux. Y’a un truc qui est pré-établi qui est que les américains savent utiliser les effets spéciaux et pas nous. On ne peut pas en faire parce qu’on n’a pas l’argent, parce qu’on n’a pas les compétences, etc… Alors c’est vrai que La Belle et la Bête coûte moins cher qu’un film comme Maléfique, mais on peut néanmoins avec un budget comme pour mon film, qui est un gros budget de film français, faire des effets spéciaux et faire surtout un film qui soit entièrement conçu en effets spéciaux. Tout le film est tourné en fond vert et en extension, et c’était un pari qui était pour moi passionnant à faire. C’est là que tu te rends compte que d’une manière ou d’une autre, les idées reçues peuvent avoir la vie dure, effectivement tu peux démontrer quelques choses. Mais il y aura toujours des gens qui diront non ce n’est pas possible ou ça ne se refera pas ou c’est un accident industriel. Mais je sais en tout cas que, par rapport aux investisseurs du film et notamment comme Pathé, par exemple, ils ont été surpris finalement de se rendre compte qu’un film d’effets spéciaux était fait comme un autre film, mais qu’il y avait simplement trois mois de plus en post-production. Et ce qui m’a fait plaisir, c’est que les acteurs de l’industrie m’ont dit : « on peut en faire, ce n’est pas si compliqué ça ». Depuis que le film a été fait, tu verrais le nombre de producteurs de télévision et de cinéma français qui sont venus me voir en disant, ça serait possible de faire encore un film en extension numérique ? Ce qui veut dire, effectivement, que les gens sont intéressés par ça, parce qu’ils se doutent bien que si on continue à s’enfermer dans nos idées reçues, il va y avoir un moment un gap entre ce qui se fait en France et ce qui se fait à l’étranger et qui va devenir insurmontable. Parce que si le fossé entre nos productions et les productions, par exemple américaines ou anglaises, et pas seulement pour nos effets spéciaux mais également nos écritures, je pense également à nos séries TV, il va y avoir un moment où ça sera insurmontable. On est déjà dépassé mais il y aura un moment où on ne pourra plus les rattraper. Donc je pense qu’il serait intéressant de lancer des passerelles sur ce gap, et de se dire qu’il y a quand même des choses à faire et des défis à relever. Moi personnellement, je me suis toujours mis dans cette position, de tester les limites de l’industrie qui finalement vit beaucoup dans ces idées reçues et que personne ne veut voir changer et ce qui est le plus étonnant, parfois le public lui-même. Il y a un courant conservateur en France contre lequel il faut lutter.

Par rapport à cet écart entre la France et les États-Unis que tu soulignais, as-tu toujours le désir de continuer à travailler en France afin de « fournir » cette production, ou as-tu plutôt envie d’aller travailler aux États-Unis ?

Moi, je suis avant tout français. Même si cela ne m’a pas empêché de faire des films aux États-Unis, d’ailleurs l’expérience américaine s’est toujours bien passée pour moi. On a toujours raconté un tas de choses sur la violence des productions américaines, la façon dont ils contrôlaient les produits. Moi j’ai fait un film là-bas qui s’appelle Silent Hill, ça s’est impeccablement passé. C’est même la Director’s Cut qui est sorti au cinéma, personne ne m’a jamais emmerdé, peut-être parce que j’ai la tchatche, peut-être parce que je sais les prendre. Finalement quand j’y vais, je n’y vais pas avec une sale gueule mais plutôt avec le sourire. Mais en tout cas, je pourrais tourner aux États-Unis, ça ne me gênerais pas. Je pense que c’est les projets eux-mêmes qui te dictent comment faire les films. Par exemple, La Belle et la Bête et Le Pacte des Loups, je ne les voyais pas tournés en anglais. J’avais envie que ce soient des films français. Alors, maintenant je te dirais que Le Pacte des Loups, les gens ont très bien perçu que c’était vraiment un blockbuster français. Le film était vraiment fait pour être l’équivalent des grosses productions que les américains consomment avec appétit. Dans le cas de La Belle et la Bête, ça ne s’est pas passé de la même façon, car dix ans se sont écoulés entre les deux films et que d’une certaine manière, on assiste à une homogénéisation du public et aujourd’hui d’une manière ou d’une autre, surtout avec la nouvelle génération qui préfère voir des films américains que des films locaux. Je le vois aussi dans mes voyages, quand j’ai fait la tournée de La Belle et la Bête dans tous les pays, partout où je vais sauf peut-être le Japon, ont les mêmes films qu’en France. Quand j’arrive, y’a toujours Captain America ou Maléfique. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, on est dans un marché qui s’est globalisé d’une manière totale. Quelqu’un qui l’a très bien compris en France, quoiqu’on pense de lui, c’est évidemment Luc Besson. Quand il fait Lucy, il fait un film français mais qui arrive littéralement comme un produit « Canada Dry », c’est-à-dire avec une actrice américaine, etc… Et lui a très bien perçu ça, on essaye de relever chez Besson ce que l’on n’aime pas, mais il y a en même temps chez lui une certaine lucidité qui est assez pragmatique, qu’on peut parfois prendre pour du cynisme, mais qui néanmoins très affûtée. Il a très bien compris qu’aujourd’hui, les jeunes français préfèrent aller voir un film français qui a l’air d’être américain avec une star américaine plutôt qu’un film français avec une actrice française.

D’une certaine manière, il a réussi une sorte de passerelle avec ce film…

Ah mais, c’est bien plus qu’une passerelle ! Il est déjà parti ! On n’en parle pas assez, mais ça y est : Besson, il est parti là-bas, il n’est plus en France. Ça a été son passeport. Mais surtout, il a pigé qu’à un moment donné, le public français n’allait plus recevoir une tentative de cinéma de genre à gros budget comme ses films ou comme ce que j’ai essayé de faire avec Le Pacte des Loups et avec La Belle et la Bête. Pour le public, ce ne serait plus recevable comme un bonus, mais ils allaient plutôt le recevoir comme quelques choses de moins attirant. Besson a été le premier à avoir sifflé la fin de la partie. Il se dit, aujourd’hui Lucy est vraiment ce que les gens attendent, et les chiffres lui donnent raison. Moi j’ai eu une super expérience avec mon casting franco-allemand sur La Belle et la Bête, j’ai adoré travaillé avec les acteurs sur ce film, mais il est clair qu’aujourd’hui si l’on doit faire un film français fantastique ou de genre à gros budget, il doit être clairement assimilé comme du cinéma anglo-saxon. C’est désormais la règle, c’est comme ça. Les choses ont changés et je ne pense pas qu’il y ait de retour possible en arrière.

Silent Hill 2 : Revelation de Michael J. Bassett

Vu que tu parlais de Silent Hill tout à l’heure, as-tu vu sa suite et qu’en as tu pensé ?

Non, je ne l’ai pas vu, mais je le verrai sans doute un jour. Ce n’est pas par mépris que je ne l’ai pas vu, mais pour moi Silent Hill, c’était quelque chose de très sentimental. C’est-à-dire que je suis un passionné du jeu et même des jeux vidéos en général, et les gens qui ont fait Silent Hill, pour moi étaient des génies. Akira Yamaoka et sa bande ont vraiment créé quelque chose qui m’a stupéfait avec une narration sans borne et j’ai essayé, le mieux possible, de retranscrire cet univers. Quand on m’a dit, on va faire un film plus américain, on va essayer de créer un film qui sera comme une franchise à la Resident Evil, etc…, je leur ai dit que ce serait sans moi. Mais en même temps, ça s’est mal passé avec ce deuxième film. Parce que je pense que d’une manière ou d’une autre, les gens qui aiment Silent Hill, le cœur d’audience, ne voulaient pas d’une marchandisation ou d’une approche mercantiliste de Silent Hill. Ils voulaient quelque chose qui soit respectueux et finalement assez étrange, ce qui est le cas de mon film. Maintenant, l’idée de refaire un film adapté d’un jeu vidéo c’est toujours à l’ordre du jour, j’ai un projet en particulier. On verra, mais ça sera bien évidement différent de Silent Hill. En tout cas, je connais très bien, le producteur (NDLR : Samuel Hadida) de Silent Hill 1 et 2, et c’est vrai qu’il se pose des questions sur comment il va faire rebondir après celui-là. Il est clair que le deuxième l’a un peu mis dans une impasse. Moi, quand il m’a posé la question de faire une suite à mon film, car mon film a très bien marché, et que tout de suite la Columbia a commandé un autre Silent Hill, je lui avais dit:  « si tu n’as pas envie de faire une suite à mon film, que je comprendrais parfaitement, fais un reboot. Ne fais pas de suite, mais plutôt une autre approche, aussi respectueuse mais sur un autre versant du jeu ». A l’époque je lui avais présenté Pascal Laugier, en disant que Pascal pouvait faire autre chose que ce que j’avais fait, en faisant quelque chose de plus organique et moins opératique mais en étant tout aussi fidèle. Mais en fait, ils voulaient (les producteurs) rentrer dans ce cadre formel qui a fait marcher les Resident Evil. Mais simplement, la saga des Resident Evil, ce n’est pas Silent Hill. J’adore les Resident Evil, je suis un fan de la première série de jeu vidéo mais ce n’est pas Silent Hill. Silent Hill est une sorte de poésie macabre et morbide qu’il n’y a pas du tout dans Resident Evil. Il y a une ambiance et c’est inconfortable et on ne sait jamais trop pourquoi c’est comme ça, c’est une espèce de rébus avec des rimes visuels et au bout du compte on se pose plus de questions qu’on reçoit de réponses quand on a fini de jouer à Silent Hill.

On connait aujourd’hui ta passion pour le cinéma asiatique auquel tu as contribué avec le label et les magazines HK. Quelle a été l’origine de cette passion ?

Bruce Lee. C’est très simple, quand j’étais enfant, c’était mon héros et du coup ça m’a ouvert vers l’Asie. A partir du moment où mon héros était asiatique, très naturellement j’ai voulu en savoir plus sur ce cinéma. Au départ c’était le cinéma de Hong-Kong et puis finalement c’est venu sur le cinéma asiatique tout court. Je me suis mis à en consommer; tout ça a été ponctué par des découvertes et des reconnaissances importantes de cinéastes ou d’acteurs qui comptent pour moi. Hideo Gosha fait partie de ces grands repères que j’ai dans ma cinéphilie asiatique. Mais tout ça, c’est grâce à Bruce Lee, dont ma chambre était recouverte de poster.

Et concernant la japanimation ?

La japanimation, soyons francs, j’ai démarré ma carrière avec elle en ligne de mire. Quand j’ai découvert Crying Freeman, j’ai découvert à la fois le manga et l’OAV. De lire le premier tome des aventures de Crying Freeman et puis de voir l‘OAV qui en a été tiré, je me suis dit qu’il y avait un film à faire. J’ai toujours perçu la japanime comme le chainon manquant entre le cinéma et le jeu vidéo. Sans doute parce que c’est un produit de la pop-culture japonaise, il y a quelque chose dans la narration et la dynamique de la mise-en-scène qui se rapporte à la fois au cinéma et au jeu vidéo. J’ai toujours pensé que l’avenir était quelque part par là. Quand j’ai démarré avec mon premier long-métrage, c’était ouvertement avec un film qui visait la pop-culture japonaise mais qui était inspiré par un manga, à l’époque où personne ne parlait encore des mangas. S’il y avait vraiment quelque chose pour renouveler cette vieille dame qu’est le cinéma, c’est de ce côté-là qu’il faudrait aller.

J’ai cru comprendre que tu travaillais sur une adaptation live de l’anime Galaxy Railways de Leiji Matsumoto ?

En fait, j’ai rencontré Leiji Matsumoto lors de la promotion de La Belle et la Bête au Japon. On a dîné ensemble, il a vu La Belle et la Bête, et on a beaucoup parlé d’une de ses passions qui est un cinéaste français qui s’appelle Julien Duvivier, qui se trouve être mon cinéaste français favori, et il se trouve qu’on m’a approché pour faire l’adaptation de Galaxy Railways. Pour l’instant c’est au point mort, ce sont des producteurs français qui ont les droits et ils se posaient la question de faire un space-opera. Donc tout de suite ça m’a plu, car l’idée de faire un space-opera français tiré de la japanime, j’ai trouvé que c’était très culotté. Donc du coup ça m’intéresse mais je n’ai pas eu de nouvelles d’eux, mais ce qu’il faut dire c’est qu’ils ont produit un film qui n’a pas marché et ils sont absorbés par un film qui sort et qui est un très gros budget. Mais ça peut se mettre en place. Ils savent aussi que je travaille sur un film en ce moment et que je suis occupé pour les deux prochaines années donc ça doit correspondre au fait que je n’ai pas de nouvelles. Mais on m’a également approché pour des adaptations de jeu vidéo, comme Project Zero et aussi Remember Me. C’est des choses sur lesquelles je travaille, mais pour l’instant je travaille essentiellement sur un film pour Richard Grandpierre, qui est un gros projet. Et un projet qui pourrait revenir et qui avait été ralenti, c’est Bob Morane. Pour revenir sur la pop-culture japonaise, je crois qu’il faut être curieux de nature et être penché sur les formes d’expressions qui germe dans le jeu vidéo et la japanime. Le dernier jeu vidéo que j’ai fini c’est Dying Light et là je vais me mettre à Bloodborne et le dernier japanime que j’ai regardé c’est l’Attaque des Titans, mais celui que j’ai vraiment trouvé très singulier c’est Ghost Hound de Masamune Shirow, qui est une sorte de trip d’horreur parapsychologique en 26 épisodes (NDLR : 22 en réalité), sorti aux Etats-Unis, et qui tourne autour d’expériences extrasensorielles écrites par le pape du cyber japonais. Alors, qu’il n’y a rien de cyber là-dedans, mais il aborde le paranormal avec la même rectitude pseudo-scientifique qui fonctionnait déjà à plein régime dans Ghost in the Shell. Je suis un gros consommateur de ces choses-là, et je passe beaucoup de temps à réfléchir sur celles qui pourraient éventuellement servir le cinéma.

 

The Chaser de Hong-Jin Na

Concernant le cinéma asiatique, qu’as tu vu ces dernières années, notamment dans le cinéma sud-coréen et qui t’as le plus marqué ?

Il y en a plein, mais je trouve que les films sud-coréens sont de plus en plus intéressants parce qu’ils se sont de plus en plus dégagés de l’influence du cinéma de Hong-Kong. Les premiers films coréens étaient finalement une sorte de produit de remplacement des films de Hong-Kong qui manquait à tout le monde. Maintenant, on voit vraiment des films coréens et moi je trouve qu’il y a vraiment des choses épatantes qui se font. Récemment, j’ai vu Monster Boy de Joon-Hwan Jang, que j’ai trouvé vraiment très étrange. Mais j’aime beaucoup notamment ce qu’a fait Hong-Jin Na avec The Chaser et The Murderer, c’est le cinéaste qui m’a le plus épaté. Ce qui est intéressant chez les cinéastes coréens, c’est à la fois leurs compétences techniques et leur désir de faire valoir leurs particularismes sans se mettre sous la coupe du cinéma anglo-saxon. C’est un cinéma de plus en plus étonnant, que l’on regarde comme le témoignage d’une contrée qui semble presque extraterrestre. La façon dont les personnages se comportent dans leurs films, je pense notamment à Monster Boy, est assez dingue, et je ne pense pas qu’on pourrait intégrer cela dans un film occidental. C’est tellement abrupt et radical, et cela fait partie du charme de ce cinéma-là. Je vais regarder Sea Fog en rentrant du festival car il parait que c’est vraiment très bien. Visiblement ces mecs là ont des choses à dire et ils en ont sous le pied en tout cas.

Pourrait-on considérer du coup que la Corée du Sud domine le cinéma en terme de qualité actuellement ?

C’est difficile à dire, parce qu’il faut le dire honnêtement quand tu vois ce que sort le cinéma américain depuis le début de l’année, il y a quand même de sacrés films. Toutes les semaines, il y a au moins un film américain que tu as vraiment envie de voir. Après c’est vrai que les chiffres et la réception du public te laissent un peu sur le carreau. Quand je vois l’enthousiasme autour d’un machin comme Fast and Furious 7 qui ressemble littéralement à un produit W9, genre les Ch’tis à Miami, ça risque d’être exactement pareil. Je ne veux pas non plus être méchant en disant ça, mais ce ne sont que des jumps-cuts et du rap étalés avec des gens en bikinis qui dansent y compris sur des plages au Moyen-Orient avec des mouvements saccadés ou accélérés, et les gens trouvent ça tout à fait à leurs goûts. Néanmoins toutes les semaines, il y a un film ou deux américains que l’on a envie de voir et qui peut s’avérer parfaitement étonnant. Récemment Inherent Vice, encore un film mal reçu par le public, est un film hors du commun et hallucinant. La façon dont ce film essaye de prolonger le travail d’autrefois de Robert Altman ou de Hal Ashby est quelque chose de passionnant. Le cinéma américain peut encore fournir des choses qui sont stupéfiantes.


Propos recueillis à Lyon le 5 avril 2015. Je tiens à remercier infiniment le festival Hallucinations Collectives et leur équipe de choc ZoneBis ainsi que le cinéma Comoedia qui nous ont permis de réaliser cette interview. Un grand merci également aux journalistes Guillaume Gas du site Courte Focale et Fred Martin de Radio Campus Dijon dont certaines questions ont été reprises ici.

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