Thierry Poiraud

Le festival Hallucinations Collectives, en plus d’être une fête cinématographique déjantée, est l’occasion de rencontrer leurs invités au détour d’une interview toujours très sympathique. Pour celle-ci, nous avons eut le plaisir de rencontrer Thierry Poiraud à l’occasion de la compétition de long-métrage, ou son dernier film Alone était projeté. Même si notre ressenti après la séance était plutôt mitigé, l’interview elle était intéressante avec un réalisateur très sympathique. C’est parti !


Quel est l’origine du projet Alone ?

C’est tout d’abord une envie de faire un film sur les adolescents, un peu comme les films de Larry Clark. Et l’idée de l’infection, au centre du film, m’est venu par la suite. On a commencé par écrire ce qui se passait dans le foyer pour adolescents, puis le fantastique est venu se greffer petit à petit. Et du coup on a trouvé l’idée de l’infection en cours de route.

Comment s’est passé le casting ?

Au départ, comme tout réalisateur, on cherche toujours la perle rare et le réalisme. Et en fait la nièce de ma scénariste était dans les foyers. Donc on a rencontré des jeunes gens issues de ce milieu. Mais le problème c’est que sont des personnes souvent timides et très renfermés. Mais c’était difficile pour eux de se livrer car ils n’étaient pas forcément très à l’aise. Par la suite, on a trouvé des jeunes londoniens qui venaient de milieux différents et qui commençaient le métier d’acteurs ou qui voulaient débuter. J’ai donc réécrit le scénario en fonction de leurs backgrounds et de leurs personnalités.

Et en terme de direction d’acteur, vous avez travaillé de quelle manière ?

On a tout d’abord réuni les acteurs quinze jours avant le tournage directement sur l’île des Canaries, où se passe le film. On a fait des ateliers avec le scénario, ou on a pu récrire les dialogues avec eux. La scénariste était avec nous et on a discuté des situations du script, et on les a réadapté avec eux pour qu’ils s’accaparent leurs personnages. Mais on faisait également des ateliers détentes avec du foot, des balades, on a regardé des films le soir. Comme ça j’ai appris à les connaître et j’ai vu le groupe évoluer avec leurs affinités. Je les ai observés et petit à petit et bout de ces deux semaines, j’ai cernés la psychologie de chacun et on s’en est servi dans le film. Au début ça les a dérangé, mais ils ont finalement compris quel était mon objectif ce qui a facilité les choses.

Pourquoi avoir choisir de tourner en langue anglaise ?

Quand on a commencé à travailler sur le film, on l’a tout d’abord écrit en français. Du fait que le film s’inscrivait dans le genre, mes trois producteurs m’ont conseillés de le faire en anglais pour le vendre plus facilement à l’international. Tout simplement car le film de genre est très dur à être accepté en France, ou en tout cas très critiqué et mal aimé et surtout, mal distribué. Et la rencontre avec les acteurs anglais à fini de me séduire, de ce fait la langue anglaise s’est donc imposée.

Quand j’ai vu le film, j’ai remarqué des similitudes avec The Crazies de George Romero. Est-ce que ce film a été une références pour toi ?

Dans l’approche de l’infection oui, mais comme je le disais c’est une idée qui est venu par la suite, on parlait même pendant un moment d’un film de vampires. Un scénario ça se développe sans arrêt, et vu qu’on voulait se débarrasser des adultes rapidement, on s’est dit que cette infection ne toucherait que les adultes. Une fois qu’on a eu cette idée on l’a poussé jusqu’au bout. Je ne voulait pas refaire de film de zombie comme sur Goal of the Dead, j’étais plutôt intéressé par quelque chose de plus réaliste et vu que The Crazies est plus centré sur la folie, sur une autre forme d’infection. Donc oui ce film nous a influencés sur le thème plutôt que sur l’image. Car dans The Crazies, ce n’est pas un virus mais un état de fait. C’est donc la psychologie de l’infection qui m’intéressait le plus.

Dans ton film, j’ai eu l’impression que tu souhaitais parler du cap difficile du passage à l’adulte.

C’est la position de l’adolescence en fait, car tu es en même temps enfant et tu commences à côtoyer des adultes. C’est un entre deux âges qui ne dure pas longtemps et que je souhaitais traiter. Toute la thématique du film s’est basé là dessus, un peu comme Kids de Larry Clark, qui est à la fois violent et qui raconte l’histoire de jeunes adultes et de leurs insouciances.

Quels étaient vos idées pour les décors du film ?

A l’origine, le film devait se passer au Canada dans la neige. Les problèmes de subventions que nous avons rencontrés ont fait que nous n’avons pas pu y tourner. Le producteur est donc venue me rejoindre aux Canaries, car j’y ai trouvé des points communs dans ce que je recherchais avec le Canada. Ce n’était pas vraiment le look des décors qui m’intéressait, car j’ai vu le film comme une fable ou les adultes devenaient comme des «ogres» et les décors eux devenaient des personnages à part entière. L’objectif était de partir de la nature avec la forêt qui ressemble à un cocon et au fur à mesure de l’histoire, les décors changent pour être plus urbain et plus dur.

Entre le fait d’avoir des jeunes acteurs et des décors très chaotique, quelle a été la scène la plus difficile à tourner ?

Bizarrement, les plus difficiles ont été celles du début du film, dans le foyer. Tout ce qui est dans la ville et les séquences d’actions et d’horreur, les acteurs ont adorés les faire parce que pour eux c’était comme un jeu. A contrario des scènes plus intimistes car là ils doivent livrer une partition qui leurs ressemblent. Alors que tout ce qui est scènes violentes, c’est plus drôle à faire car on joue avec le faux sang, avec des flingues, ils conduisent des voitures. Mis à part la scène de la petite fille, qui a été compliqué dans la méthode, car on voulait pas qu’elle regarde la mère. Du coup on la mettait dans les bras de la mère mais de dos pour ne pas qu’elle puisse voir ce qui se passe. Certes, elle savait que c’était un film de monstre, du coup on la préparait en lui disant que des monstres allaient arriver, ce qui lui plaisait. Et on lui a dit qu’à un moment la mère allait la secouer sans trop lui expliquer concrètement ce qui se passait. Après c’est l’art du montage qui fait qu’on croit qu’elle est violenté et que la mère devient folle. Mais ça a tout de même été long à tourner.

Qui a eu l’idée du titre Alone ?

C’est une idée du distributeur. Le titre original Don’t grow up me semblait parfait pour le sujet du film, mais le distributeur considérait que ça ne serait pas suffisamment parlant. Après, je me suis quand même battu pour ce titre, mais le distributeur a voulu accentuer sur le côté Young Adult. Du coup, on a trouvé un juste milieu en gardant notamment un titre anglais et qui parle à davantage de monde. Ce sont les aléas de la sortie et de la distribution d’un film.

Malheureusement Alone ne sortira pas en salle…

Il sort seulement en salle dans des festival ou lors de soirée événement. Par contre une grosse sortie VOD est prévu [NDLR : le 1er avril 2016] avec beaucoup d’affichage. On a eu beaucoup de difficulté pour le sortir en salle même si c’était mon but premier. D’ailleurs mon distributeur m’a demandé si j’allais voir les films de genre français en salle et je lui ai répondu que non, je les voyais toujours en VOD. Et il m’a dit que le public fonctionnait également de la même manière. Même si les distributeurs font des efforts pour changer la donne, mais les exploitants français n’aiment pas trop les mettre dans les salles car c’est beaucoup trop violent pour eux et que ça n’attire pas assez de public au cinéma. On en discutait avec Lucile Hadzihalilovic [NDLR : l’invitée de la carte blanche du festival], ce qu’il faut remettre en place c’est du cinéma de quartier car ça commence à revenir. L’exploitation de film est moins cher maintenant du fait qu’il n’y a plus de pellicule, on peut maintenant projeter des DVD de qualité avec projecteur, car ça ne coûte plus grand chose. L’avenir du cinéma de genre, au delà de la VOD, c’est de réunir les gens dans des salles ou des bars et ou tu fais venir des réalisateurs et ça fera revenir les gens, comme c’était avant. Un peu comme les concerts, la jeunesse s’y déplace de plus en plus et je pense que le cinéma peut faire la même chose. Comme on disait avec Lucile, il faudrait se regrouper avec d’autres réalisateurs pour acheter des cinémas afin de reprojeter des films différents.

Quels sont tes futurs projets ?

J’ai écrit plusieurs projets. Avant de recommencer un film l’année prochaine, j’ai accepté de réaliser des épisodes de série polar fantastique pour la télévision qui s’appelle Zone Blanche et qui sortira l’année prochaine. Y a beaucoup de liberté et d’avenir, qui est déjà bien présent, dans la série, Même si on a beaucoup de retard en France, notamment par rapport à la Suède et l’Angleterre. Du coup, ils appellent beaucoup de réalisateurs de cinéma pour faire de la série. D’autant plus qu’une série, tu la vends elle passe à la télévision de tout façon, ça élimine les problèmes de distribution. Par contre, l’autre challenge c’est de savoir garder le public sur toute la durée de la série. Il faut donc intéresser ce public dès les premières images. Surtout qu’il y a plus d’argent aujourd’hui pour les séries que pour des films de cinéma. Le milieu de la télévision maintenant essaye de faire du cinéma sous forme de série comme on a pu le voir avec True Detective. C’est ni plus ni moins que du cinéma avec une intrigue beaucoup plus longue alors ça n’aurait jamais pu sortir au cinéma. Le cinéma aujourd’hui fait du feuilletonnage comme on à pu le voir avec les Harry Potter ou plus récemment avec Divergente alors que la télévision se batte pour faire des grandes histoires coupés en épisodes mais qui ressemblent à des films. Tout s’inverse énormément.


Interview réalisé à Lyon le 27 mars 2016. Nous remercions toute l’équipe du festival Hallucinations Collectives et leur association ZoneBis,  le cinéma Comoedia, ainsi que les journalistes Guillaume Gas du site Courte Focale et Paul Siry du site Sueurs Froides dont certaines questions ont été reprises.

Partenariat

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire